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Le duo du "Prénom" est de retour: "Notre nouveau film est un hommage à Valérie Benguigui"

Fabrice Luchini et Patrick Bruel dans Le Meilleur reste à venir

Fabrice Luchini et Patrick Bruel dans Le Meilleur reste à venir - Copyright Mika Cotellon-Chapter2

Les scénaristes et réalisateurs du Prénom reviennent avec Le Meilleur reste à venir, un film sur l'amitié, imaginé comme un hommage à leur amie défunte Valérie Benguigui.

Après le succès du Prénom (au théâtre et au cinéma) et celui de Papa ou Maman (au cinéma), le duo Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière revient avec Le Meilleur reste à venir, un film sur l'amitié avec dans les rôles principaux Patrick Bruel et Fabrice Luchini. L’histoire de deux amis, chacun persuadé que l’autre n’a plus que quelques mois à vivre, qui décident de tout plaquer pour rattraper le temps perdu.

Fans de Jean-Loup Dabadie, Sacha Guitry ou encore Woody Allen, et maniant le verbe avec précision, Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière décortiquent pour BFMTV leur nouvelle création et reviennent sur leur conception de l’humour. Ils se souviennent aussi du tournage du Prénom, marqué par la maladie de Valérie Benguigui, et celui de La Jungle, leur premier film où ils ont eu l’occasion de diriger Guy Bedos et Anémone.

Comment est né ce film?

Alexandre de La Patellière: Du Prénom, en partie. On a connu avec Le Prénom une expérience personnelle très intense et très belle. On a vécu un grand succès. C’était notre première pièce. C'était la première fois que l’on réalisait un film ensemble. On s’est constitué une équipe d’amis très forte. On est allé jusqu’aux César [le film a remporté deux récompenses, NDLR]. Et, au milieu de ça, on a vécu la maladie et le décès de Valérie Benguigui, qui était notre actrice et notre amie. En sortant de cette expérience avec ces deux sentiments contradictoires, on a eu envie avec Matthieu d’écrire un film sur le temps qui reste. 

C'est donc un hommage à Valérie Benguigui?

ADLP: C’est évidemment un hommage. Après, nous avons été rattrapés un peu par la vie. La réalité a rattrapé la fiction, d’une certaine manière.
Matthieu Delaporte: En 2014, Alex m’a conseillé un livre, La Méthode Schopenhauer d'Irvin Yalom. C'est l’histoire d’un médecin qui a un cancer de la peau. Il va mourir et se demande ce qu’il va faire de cette année qui lui reste. Dans ce livre, il y a une description très précise d’un mélanome de la peau. En le lisant, je me suis rendu compte que j’avais quelque chose sur la cuisse qui y ressemblait très fortement. Je suis allé voir un dermato: c’en était un. Par chance, il a été découvert très tôt et je suis aujourd’hui guéri. Entre le moment où on a fait les prélèvements et le moment où on m'a donné la réponse, il s'est passé un mois. Un mois où je ne savais pas de quel côté la pièce allait tomber. J’ai fait le choix de ne pas en parler autour de moi. C’est en réfléchissant sur le fait d’avoir une telle info, en se demandant en quoi une parole libère ou condamne, qu'on a eu l'idée du quiproquo.

Le quiproquo, mais aussi le mensonge et la dissimulation, sont au cœur de vos films, du Prénom au Meilleur reste à venir en passant par Papa ou maman.

ADLP: On s’intéresse beaucoup aux problématiques liées à la parole...
MD: ...et notre prochaine pièce est sur la psychanalyse. C’est sur un homme politique qui n’arrive pas à parler [Par le Bout du nez avec François Berléand et François-Xavier Demaison, au théâtre Antoine à partir du 25 février, NDLR].
ADLP: La fondation de notre collaboration, c’est une longue conversation qui dure et qui est d’une certaine manière notre psychanalyse.
MD: Le quiproquo instaure quelque chose d’intéressant puisque dans toute parole il y a ce que je veux dire, ce que tu entends ou veut entendre et ce que j’ai réellement dit. C'est le cœur de notre histoire: en annonçant une mauvaise nouvelle, on se libère, mais est-ce qu'on n'emprisonne pas l'autre aussi?
ADLP: On considère le quiproquo comme quelque chose d'artificiel, or j’ai l’impression que la vie en est faite en permanence. Les gens ont dû mal à se parler. Il y a beaucoup de cacophonie dans les discussions, une forme d’hystérisation du discours. Dans les films, on voit au contraire des gens qui disent réellement ce qu’ils pensent et qui entendent réellement ce qui est dit. C'est rarement le cas dans la vie. 
MD: Le film est l’histoire d’un homme qui n’arrive pas à parler et d’un autre qui n’arrive pas à entendre. Le personnage joué par Fabrice Luchini est un homme brillant qui maîtrise le langage et qui même s’il en a les outils ne sait pas s’en servir. Il n’arrive pas à parler à son meilleur ami, à son ex-femme, à son patron… C’est un homme prisonnier de ses certitudes qui n’arrive pas à s’affranchir de ses angoisses. Il vit à la fois dans le passé et dans le futur, contrairement au personnage joué par Patrick Bruel, qui est sans cesse dans la fuite et refuse les responsabilités.

Les rôles semblent taillés sur mesure. 

ADLP: On n’a pas écrit en pensant à eux. On s’interdit de penser comme ca, avec Matthieu. Comme on a travaillé avec deux grands acteurs, il y a des effets qui peuvent sembler quasiment biographiques. Or Fabrice joue un personnage qui est réellement un contre-emploi, si on décortique. On a choisi pour jouer quelqu’un qui n’arrive pas à s’exprimer Fabrice Luchini. Quand on voit le film, on a l’impression que c’est lui. Or c’est quelqu’un qui bafouille, qui bégaie, qui ne maîtrise pas les mots. Il est beaucoup plus dans la sensibilité que dans la flamboyance. 
MD: Patrick joue un être pathétique, qui fait faillite sur faillite. Il fait semblant de tenir debout, mais il n’a plus une thune. Il se fait plaquer. C’est un costume, mais il n’y a plus rien dedans. On est très loin des deux hommes Fabrice Luchini et Patrick Bruel. Le lien d’amitié entre eux existait réellement. Ils ont tourné il y a plus de 30 ans P.R.O.F.S., à une époque où l’un comme l’autre n’étaient pas connus. Ils étaient restés assez proches. On a assisté à une forme de fusion pendant le tournage. Ils se sont retrouvés comme deux copains de classe qui ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Ça a été un atout formidable. 

Vous avez un exemple?

MD: Ils n’ont jamais mis les pieds dans leur loge. Ils passaient leur temps entre les prises à discuter. Ils avaient une conversation qu’ils reprenaient dès que la prise était terminée. Il y a une scène où Patrick demande dix balles à Fabrice pour acheter un cintre. C’est un plan séquence où on les suit dans la rue. Au moment de payer, Fabrice avait dépensé l’argent, parce qu’ils s’étaient achetés des crêpes!
ADLP: Ils disparaissaient de temps en temps. C’était assez génial. On n’a pas pu en profiter assez, mais ils avaient leurs micros sur eux et on avait tout le temps envie d’enregistrer leurs conversations privées, parce qu’elles sont géniales à entendre. Malheureusement - ou heureusement - on avait un ingénieur du son très délicat qui coupait leur micro dès qu’ils quittaient le plateau.

C’était la même ambiance sur Le Prénom?

ADLP: C’était un peu différent. C’était un huis-clos, un cocon. On était enfermé. C’était une troupe qui était déjà constituée. Ils se connaissaient par cœur. Il y avait juste Charles Berling qui était [le petit nouveau]. 
MD: Et Valérie était malade. Elle sortait de l’hôpital. 
ADLP: On l’entourait. C’était particulier. On est devenu très proche de Guillaume de Tonquédec et de Judith El Zein. Ils prenaient soin de Valérie. C’était une ambiance très familiale.

Quels souvenirs avez-vous de La Jungle, votre premier film où vous avez dirigé Guillaume Galliene, Guy Bedos et surtout Anémone, disparue en début d’année?

MD: J’en ai un souvenir très ému. C’était un premier film. 
ADLP: On était des bébés. On a beaucoup appris. 
MD: On a appris énormément, parce que c’est un film qui n’avait absolument pas d’argent. C’était la débrouille. On avait deux acteurs inexpérimentés [Patrick Mille et Guillaume Gallienne, NDLR] qui étaient ultra bienveillants. Guy Bedos a été délicieux avec nous. Il était venu sur le plateau très longtemps avant de tourner.
ADLP: Il venait à la cantine! C’était génial! 
MD: Il venait même les jours où il ne travaillait pas pour se fondre dans le groupe. 

Et Anémone?

MD: Une femme complètement dans son monde. C’était très drôle. Elle avait un truc: elle était très bavarde et pouvait enchaîner trois conversations avec des personnes différentes sans problème. Elle avait un grand imaginaire. On sentait une grande fragilité en elle. 
ADLP: On est très contents d’avoir pu travailler avec Bedos et Anémone. Ils sont attachés à une forme d’histoire du cinéma des années 1970 et 1980. Nous ne sommes pas des nostalgiques maniaques, mais nous sommes en 1971 et il y a un moment dans une vie où nous revenons à nos premières amours. Ils avaient l’âge de nos parents et c’était nos parents de comédie. Avec Le Meilleur reste à venir, on renoue avec ces traditions de films, comme Nous irons tous au paradis.

Jérôme Lachasse