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Ramzy Bédia: "Avec Éric, on se manque, on a envie de redéconner ensemble"

Ramzy Bédia dans Terminal Sud

Ramzy Bédia dans Terminal Sud - Copyright Potemkine Films

Ramzy Bédia dévoile dans Terminal Sud une facette plus sombre de sa personnalité. Il raconte comment ce film sur la montée de l’extrême-droite l’a bouleversé, et évoque aussi ses relations avec Éric Judor et Christian Clavier.

"Je suis dans une période cheloue de ma vie où je me rends compte que tout le monde me vouvoie et m’appelle monsieur. Il faut que je retourne au rire." Et pour cause: Ramzy Bédia, 47 ans, joue ce mercredi 20 novembre un de ses rôles les plus exigeants et les plus sombres de sa carrière.Dans Terminal Sud, il incarne un médecin emporté malgré lui dans la guerre civile d’un pays fictif qui ressemble, selon lui, autant à l’Algérie des années 1990 qu’à la France de demain.

Loin des facéties de La Tour Montparnasse infernale (2001), l’humoriste dévoile l’étendue de son talent dramatique, déjà entraperçu ces dernières années dans Lola et ses frères de Jean-Paul Rouve. Rencontré à l'hôtel Parister, à Paris, il raconte comment ce film sur la montée de l’extrême-droite l’a bouleversé, et évoque aussi ses relations avec Éric Judor et Christian Clavier.

Dans Terminus Sud, vous apparaissez comme on ne vous a jamais vu: l’air grave, avec une présence lourde, une voix différente. 

C’est la première fois que j’ai autant réfléchi à un personnage. J’avais le temps. J’étais un peu tout seul à Nîmes, où on a tourné. Le scénario était bien écrit. On sentait ce climat pesant, où on peut se faire enlever et torturer à tout moment - où on peut mourir à tout moment. J’ai compris avec ce film l’ambiance terrorisante qui devait y avoir [dans les années 1990 en Algérie]. J’ai senti que je touchais quelque chose de lié à mon histoire, à l’histoire de mes parents, de mon pays d’origine. Je me suis caché derrière ce personnage de médecin. À force de lire et de relire le scénario, je le sentais gros. Je ne me suis pas gêné de manger chez McDo. Il fallait que je sois lourd pour qu’il soit ancré dans le sol, pour pouvoir tenir au milieu de tout ce chaos. 

C’est un film rude, qui culmine avec une longue scène où vous êtes torturé.

Ça fait mal, en vrai. Je ne m’attendais pas à me faire claquer. Le matin, je m’étais levé pour tourner une scène d’interrogatoire. J’ai été surpris qu’elle se transforme en scène de torture. Ce n’était pas prévu. Je pensais devoir jouer, et je n’ai rien eu à jouer. Je l’ai vécu. C’était dur. C’était des vraies claques. On a tourné dans une prison désaffectée, à Grasse. Il faisait si froid. J’étais pieds nus. On y a passé toute la journée. On était une petite équipe: cinq-six personnes. J’étais tout seul toute la journée. C’était bien pour le rôle, du coup. J’avais vraiment l’impression d’être un prisonnier dans une geôle froide.

D’habitude c’est vous qui torturez dans les comédies avec Éric ou Franck Gastambide.

Oui! C’est drôle, normalement, la torture. Là, j’ai rencontré la vraie torture. On m’a rappelé que ce n’était pas drôle. Je ne pensais même pas à faire une vanne. J’étais pressé que ça finisse. 

Terminal Sud est une dystopie: on pense au début à la guerre civile en Algérie dans les années 1990, puis on comprend que le film parle surtout de la France de demain.

C’est comme ça que je l’ai vu. Quand j’ai reçu le scénario, je me suis dit que c’était un film d’action avec un médecin dans un pays en guerre. Je n’ai pas vu l’Algérie. Bien sûr, on est obligé d’y penser, mais j’ai l’impression que ce que raconte le film pourrait se passer n’importe où. Quand tu vois qu’aux Etats-Unis, le Patriot Act leur permet de t’arrêter et de t’interroger sans justification… On y est presque.

Ça pourrait arriver en France? 

Ça pourrait arriver si on continue à glisser à droite et populiste comme on le fait. On va y être. Bientôt, on va attraper les femmes voilées dans la rue. Dès qu’on en verra une, ils l’attraperont et ils l’enfermeront. Ça sera peut-être la première étape. 
Ramzy Bédia dans Terminal Sud
Ramzy Bédia dans Terminal Sud © Copyright Potemkine Films

Il y a des films récents, comme La Vie scolaire et Les Misérables, qui essayent d’apporter un regard nouveau. 

Et c’est super. Heureusement que ces gens font ce travail-là. C’est bien quand le cinéma rencontre son époque et fait avancer les choses. Si on reste à regarder la TV, on ne voit que des Arabes avec des capuches et des barrettes de shit dans la poche qui sont arrêtés par la police. 

Vous avez l’impression d’avoir un peu cassé ces clichés avec Éric?

Je ne m’en rends pas compte. Avec Éric, quand on a commencé, on s’est fait un point d’honneur de ne pas parler de banlieues, de cités, d’arabes. On voulait faire rire les gens et qu’ils se disent: "Ah, putain, on a bien ri. Ah, c’est des Arabes." On voulait que ça vienne après. Je ne pense pas que ça arrivera, mais ce serait sympa qu’on nous dise à la fin de notre carrière qu’on a fait avancer les choses. Mais je ne vois pas comment on aurait fait. Je n’y crois pas trop. En tout cas, à chaque fois qu’on fait un film, on essaye que ce soit différent.

Après vingt ans de carrière, de quel film êtes-vous le plus fier? 

La Tour Montparnasse infernale. C’est là où Éric et moi on s’est dit qu’on voulait faire ce cinéma-là. On était tout seul à faire les teubés à ce point-là, à creuser le sillon de l’absurde. Seuls Two a été important aussi. C’était notre vision à 100%. On en est très fier de ce film. Avec La Tour 2 contrôle, on a été trop loin dans l’absurde. Le film est bien, mais ce n’est pas ce que les gens attendaient. On a peut-être trop laissé la place aux personnages secondaires. C’était par humilité. On ne voulait pas trop saouler les gens. Je pense qu’on aurait dû les saouler. Parce que La Tour Montparnasse, c’est un film saoulant. On s’est trop pris la tête. Les gens veulent un gâteau à la crème.

Comment sera la saison 3 de Platane, diffusée le 9 décembre sur Canal Plus?

C’est super, c’est drôle… Ça me dégoûte qu’on ne l’ait pas fait tous les deux. Parce que, vraiment, qu’est-ce que c’est drôle! On réfléchit avec Éric à des choses. On a plusieurs projets TV et cinéma sur le feu. On se manque. On a envie de redéconner.

Vous serez le 25 décembre à l’affiche de Rendez-vous chez les Malawa… Vous retrouvez Christian Clavier après Spirou et Fantasio.

Je suis un fan inconditionnel de Christian Clavier. C’est un exemple d’acteur comique. Si aujourd’hui tu me dis que je serai comme lui à son âge, je signe tout de suite. Je respecte tellement qu’il soit un pur acteur de comédies, qu’il ne fasse que ça: faire rire depuis des années et être encore aujourd’hui l’acteur le plus bankable.

Il est comment sur un tournage? 

Très exigeant. Il est très, très exigeant. Avec tout le monde. Les comédiens, le réalisateur. Tout le monde. Si tu es là en dilettante pour déconner, ça va très mal se passer. Si t’es là pour taffer, ça se passe extrêmement bien. 

En 2020, vous poursuivez le grand écart, entre la comédie Brutus vs. César de Kheiron et le film d’action Balle perdue pour Netflix.

Je ne connaissais pas Kheiron. Ça faisait très longtemps que je n’avais pas éclaté de rire à la lecture [d’un scénario]. C’est rare d’éclater de rire en lisant un scénar. J’ai aussitôt pris mon téléphone pour accepter. Kheiron a mis une super ambiance sur le tournage. Balle perdue, c’est sur une brigade anti go fast. Je suis sorti de ma voiture avec un flingue et j’ai braqué le mec en disant au premier degré: "Fini de rire l’amigo." C’est un film d’action pure. J’ai conduit à 300 km/h sur l’autoroute. J’ai adoré. 
Jérôme Lachasse