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Grâce à Dieu de François Ozon récompensé à Berlin avant des décisions de justice

Image du film de François Ozon, "Grâce à dieu"

Image du film de François Ozon, "Grâce à dieu" - Mars Films

Le film de François Ozon sur les scandales de pédophilie dans l'Eglise catholique a reçu le Grand Prix du Jury à quelques jours d'une décision de justice sur un éventuel report de sa sortie.

Grâce à Dieu, un film de François Ozon sur les scandales de pédophilie dans l'Eglise catholique, a reçu le Grand Prix du Jury samedi soir à Berlin, à quelques jours d'une décision de justice sur un éventuel report de sa sortie.

"Ce film essaie de rompre le silence d'institutions puissantes" sur ces affaires d'abus sexuels d'enfants, a déclaré le réalisateur en recevant sa récompense. "Je veux partager ce prix avec les hommes libres qui m'ont inspiré" qui "ont été victimes d'un prêtre pédophile", a-t-il ajouté, ému, "Alexandre, François et Pierre-Emmanuel, vous êtes mes héros".

Tourné en secret l'année dernière, Grâce à Dieu raconte la naissance de l'association de victimes La Parole libérée, fondée à Lyon en 2015 par d'anciens scouts abusés par un prêtre pédophile, Bernard Preynat. Au total, l'association recense près de 85 victimes de ce prêtre. Le film suit trois d'entre elles, incarnées à l'écran par les acteurs Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud.

Le sujet est en pleine actualité en France, alors que s'est tenu début janvier à Lyon le procès du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de cinq autres personnes pour non dénonciation d'agressions sexuelles pédophiles dans cette affaire, dite affaire Barbarin. Le jugement est attendu le 7 mars. Mis en examen pour agressions sexuelles depuis janvier 2016, le père Preynat pourrait quant à lui être jugé cette année. 

Tourmente judiciaire

François Ozon est lui-même au cœur d'une tourmente judiciaire liée à ce film, alors qu'il a été assigné en référé par l'un des avocats du père Preynat pour obtenir un report de la sortie de son film en France, prévue mercredi prochain. L'audience s'est tenue vendredi, et le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris donnera sa décision lundi.

Une ex-membre du diocèse de Lyon, Régine Maire, représentée sous son nom dans le film, a de son côté assigné François Ozon pour qu'il retire son nom du film. L'audience aura lieu lundi matin au tribunal de grande instance de Lyon.

"Je ne sais pas si le film va pouvoir être projeté en France. Nous faisons face à de grosses résistances", a indiqué François Ozon, précise que le film risquait d'être suspendu de projection jusqu'à la tenue du procès du père Preynat, fin 2019 ou en 2020. Dans ce cas, "ce serait une sorte de censure", a-t-il lancé.

Avec cette "fiction basée sur des faits réels", dans laquelle il utilise seulement les prénoms des victimes mais cite nommément le cardinal Barbarin, le père Preynat et Régine Maire - dont les noms, dit-il, "étaient déjà dans la presse" -, François Ozon voulait faire "un film citoyen" qui "pose des questions". Mais ce n'est pas "un film sur l'actualité", ni "à charge contre l'Eglise", insiste-t-il: "Mon film ne se place pas sur un aspect judiciaire, il se place sur l'aspect humain et sur la souffrance des victimes."

"Nous avons besoin d'artistes qui donnent du sens à l'Histoire"

Le festival du film de Berlin a également décerné son Ours d'or à Synonymes de l'Israélien Nadav Lapid, dont le personnage principal est un jeune qui s'expatrie en France et refuse de parler hébreu. "Le film aborde le problème de l'âme collective israélienne" contemporaine qui "est incarnée par un mélange d'hommes forts, violents et fidèles à leur pays, sans ressentir de doutes, sans réserve", a dit le metteur en scène. 

La Chine a été aussi mise à l'honneur à la Berlinale. Les prix d'interprétation sont revenus aux deux acteurs du film chinois So Long, My Son de Wang Xiaoshuai, long métrage sur l'impact de la politique de l'enfant unique dans le pays. La Chinoise Yong Mei et le Chinois Wang Jingchun y incarnent un couple marqué par la perte d'un enfant, dont le film raconte l'histoire sur trois décennies après la Révolution culturelle, des années 1980 aux années 2010.

La présidente du jury, l'actrice française Juliette Binoche, a "regretté", au nom du jury, qu'un autre film chinois, One Second du vétéran Zhang Yimou - Ours d'or à Berlin en 1988 pour Le Sorgho Rouge - ait été retiré au dernier moment de la compétition, officiellement pour des "raisons techniques", mais officieusement en raison de la censure dans son pays. "Nous avons besoin d'artistes qui donnent du sens à l'Histoire", a-t-elle ajouté.

Le prix du scénario a lui été décerné à l'italien Piranhas de Claudio Giovannesi, sur les gangs de jeunes à Naples. L'écrivain anti-mafia Roberto Saviano, qui a co-écrit ce film, tiré d'un de ses livres, a dédié ce prix aux "ONG qui sauvent des vies en Méditerranée". "Dire la vérité dans notre pays est devenu très complexe, donc merci", a-t-il déclaré.

Jérôme Lachasse avec AFP