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Da 5 Bloods: tourner dans la jungle avec Spike Lee, un véritable défi pour Mélanie Thierry et Jean Reno

Mélanie Thierry et Jonathan Majors dans "Da 5 Bloods" de Spike Lee

Mélanie Thierry et Jonathan Majors dans "Da 5 Bloods" de Spike Lee - Neflix

Les deux acteurs français ont décroché un rôle dans le nouveau film de Spike Lee, disponible à partir de ce vendredi sur Netflix. Ils partagent leur expérience.

Deux ans après le succès de Blackkklansman, Spike Lee revient avec un nouveau film qui éclaire le grand public sur une page méconnue de l'histoire des Etats-Unis. Vendredi sort sur Netflix Da 5 Bloods, film qui rend hommage aux soldats noirs américains qui ont combattu au Vietnam - et dont le destin a été éclipsé, dans l'imaginaire collectif, par des figures comme John Rambo.

Dans Da 5 Bloods, Spike Lee évoque l'importance du devoir de mémoire et l'impact de ce conflit sur une génération de noirs américains contraints d'aller combattre dans une guerre qui n'était pas la leur. Le réalisateur, qui fait aussi référence dans son nouveau film aux violences policières, a fait appel à plusieurs de ses acteurs fétiches (dont Clarke Peeters, vu aussi dans The Wire), et à deux "frenchies", Jean Reno et Mélanie Thierry, dont le rôle est plus complexe qu'il n'y paraît.

Ceux-ci incarnent des Français qui croisent le chemin des "5 Bloods", les frères de sang du titre, des vétérans du Vietnam qui cherchent à récupérer le corps d'un des leurs mort au combat et un coffre rempli de lingots d'or. La présence de ces deux acteurs français, dans des rôles troubles, s'explique par l'envie de Spike Lee de rappeler qu'avant d'être un conflit américain, le Vietnam a été, du temps de l'Indochine, une guerre française.

"Spike Lee ne parle pas beaucoup"

Jean Reno et Mélanie Thierry n'ont pas parlé de tout cela avec Spike Lee, réalisateur aussi véhément dans la presse que taciturne sur un plateau de tournage:

"Il ne parle pas beaucoup sur un plateau. Il ne rentre pas trop dans les détails. Les acteurs qui ont tourné plusieurs fois avec lui diront tous qu'ils ne le connaissent pas si bien que ça. Il reste toujours aussi mystérieux pour eux", confirme l'actrice, qui joue Hedy, membre des LAMB, dont le slogan est "l'amour contre les mines et les bombes".

Il y avait aussi, sur le plateau, la barrière de la langue: "Peut-être que je n’ai pas osé m’aventurer sur ce terrain où je sentais que j’aurais vite perdu mes moyens. Je n’aurais pas réussi à m’exprimer comme j’en aurais eu envie", confirme l'actrice. Avec Jean Reno ils ont cependant pu découvrir l'existence de Milton Olive, soldat noir qui fut en 1965 un des premiers morts du bourbier vietnamien en étouffant avec son corps une grenade. Il avait 18 ans.

"On était 300, 400 personnes à danser"

Malgré la dimension mémorielle du film, l'ambiance sur le tournage fut souvent décontractée. Mélanie Thierry se souvient encore du premier jour de tournage. Réunis dans une grande halle, des centaines de figurants attendaient les consignes du réalisateur:

"Il y avait d’énormes enceintes de chaque côté de la halle. Je me suis demandée ce qu’était ce bazar. On avait l’impression d’être dans une discothèque. Spike a présenté tout le monde et à la fin de son petit speech, il a lancé la musique et c’était Jungle Boogie de Kool and the Gang! Il a demandé à ce que tout le monde danse! On était 300, 400 personnes à danser. Il était six heures du matin. Il faisait déjà une chaleur du diable. C'était une belle manière de tous nous réunir avant le premier clap."

Le tournage s'est déroulé dans l'urgence, comme si Spike Lee, tout juste récompensé aux Oscars pour Blackkklansman, retrouvait un second souffle après des années 2010 mitigées: "Je ne savais jamais quand il me filmait", se souvient Mélanie Thierry. "Il fallait toujours être prêt." D'autant que Spike Lee fait rarement plus d'une prise: "Tu n’as pas le temps de dire ouf qu’on passe déjà à quelque chose d'autre! D’ailleurs, c’est la première fois de ma vie que je termine un tournage quinze jours en avance."

"Il y a des gens qui se sont évanouis"

Tourner en Thaïlande fut un véritable défi pour eux: "Les conditions étaient très dures", confie Jean Reno. "Il faisait moite, très chaud. On était transpirant, dégoulinant", renchérit Mélanie Thierry. "Le degré d’humidité dans la jungle était assez élevé", complète la star des Visiteurs. "Le matin ça allait, mais l’après-midi, c'était très, très lourd. Je sais qu’il y a des gens qui se sont évanouis pendant le travail."

Mais ce vieux briscard du 7e Art sait comment gérer ce genre de situation - d'autant qu'il a dû réaliser certaines de ses cascades lui-même: "Je me connais. Je sais me préserver. Il faut savoir ne pas trop manger, boire et dormir suffisamment. On n’était pas aux Champs Elysées!" "Ce qui était le plus chiant, c'était les moustiques", s'amuse Mélanie Thierry. "Ça grouillait de bestioles dans la jungle. Faut pas croire. On avait beau faire du boucan, il y avait des serpents partout!"

L'actrice, qui a moins souffert de la chaleur que son confrère français, avait des raisons d'être aussi sereine sur le plateau: "On a béni un temple qu’on voit à la fin du film. Juste avant le début du tournage, on a béni cet endroit par des moines bouddhistes. Franchement, c’était un peu bidon - je ne sais où ils ont été les chercher, ces moines bouddhistes -, mais c’était quand même sympa et émouvant. Ça a duré pendant des heures, mais on était tous très consciencieux dans le recueillement." 

Jérôme Lachasse