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BlaKkKlansman: Spike Lee de retour avec un pamphlet anti-raciste récompensé à Cannes

Adam Driver et John David Washington dans BlacKkKlansman

Adam Driver et John David Washington dans BlacKkKlansman - Copyright Universal Pictures International France

Le réalisateur de Do The Right Thing a obtenu le Grand Prix lors du dernier festival de Cannes pour son film sur un policier noir qui infiltre le Ku Klux Klan.

Spike Lee revient plus en colère que jamais. Avec BlacKkKlansman, en salles ce mercredi 22 août, le cinéaste américain livre un brûlot contre le racisme, l'extrême droite et Donald Trump.

A Cannes, où il a été projeté en compétition officielle, il a reçu le Grand Prix. Un geste fort qui vient récompenser ce film qui oscille sans cesse entre polar et comédie tout en multipliant les clins d’œil, plus ou moins appuyés, à l’actualité.

Inspiré de faits réels, BlacKkKlansman raconte comment Ron Stallworth (John David Washington), un jeune policier noir de Colorado Springs, a infiltré dans les années 1970 le Ku Klux Klan.

Comme celui-ci ne peut pas rencontrer physiquement les membres locaux du Klan, il demande à son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver), blanc et juif, d’être sa couverture.

"Je ne me souviens pas avoir vu ce pays aussi raciste"

Si BlacKkKlansman s’apparente à une comédie, le propos de Spike Lee est profondément politique. Un des personnages se demande ainsi: "Y a-t-il quelque chose de plus important que la politique?".

Rien, semble répondre le réalisateur de Do The Right Rhing, qui dresse un parallèle entre le leader du Klan David Duke (Topher Grace) et Donald Trump. Difficile en effet de ne pas penser au slogan de campagne du président américain lorsque Duke s’exclame vouloir "rendre sa grandeur à l'Amérique".

Si ces rapprochements ont pu gêner certains journalistes, le chanteur et acteur Harry Belafonte, qui apparaît dans une scène poignante du film, n’est pas de cet avis: "De ma vie, je ne me souviens pas avoir vu ce pays aussi raciste. C’est le mérite de Spike Lee d’attirer l’attention là-dessus", a-t-il déclaré au Monde.

Le temps d'une courte séquence, ce dernier raconte l'histoire d’un adolescent noir pendu et brûlé par la foule en 1916. En parallèle, Spike Lee montre des membres du Ku Klux Klan se gaussant devant Naissance d'une nation, film ouvertement raciste de D. W. Griffith sorti en 1915.

"Ces conneries d'extrême droite, c'est partout dans le monde"

Pour souligner que rien n’a changé en quarante ans, Spike Lee choisit de terminer son film sur une dénonciation des événements de Charlottesville, où un membre d’un groupuscule d'extrême droite a tué le 12 août 2017 une femme de 32 ans, Heather Heyer. La mort de cette dernière "est un meurtre", avait accusé Spike Lee devant la presse à Cannes en mai dernier:

"Et nous avons un type à la Maison Blanche, je ne prononcerai même pas son putain de nom, qui, à ce moment décisif, aurait pu choisir l'amour contre la haine. Mais ce fils de pute n'a pas dénoncé le putain de Klan, l'alt-right et ces fils de pute de nazis".

"Ces conneries d'extrême droite, ce n'est pas seulement aux Etats-Unis, c'est partout dans le monde, et nous ne pouvons pas rester silencieux", avait renchéri le réalisateur, qui assure avoir conçu son film pour "nous faire tous sortir de notre état de torpeur mentale, et de nous ramener vers la vérité, la bonté, l'amour, et pas la haine".

La lutte continue

BlacKkKlansman n’est pas l’unique film récent à dénoncer le racisme aux Etats-Unis. Sorti au début de l’été, American Nightmare: Les Origines, quatrième volet d’une série imaginée par le producteur Jason Blum, raconte comment le gouvernement décide de créer une nuit où toutes les pulsions (meurtre, vol, etc.) sont autorisées.

Cette "purge" est testée dans une ville où vivent principalement des immigrants et des Noirs. Au cours du film, les héros, tous originaires de cette ville, découvrent que le gouvernement se sert de cette nuit comme d'un prétexte pour mener des épurations ethniques. Comme dans BlacKkKlansman, le film culmine dans une scène où les héros (noirs) affrontent les institutions (blanches).

Une fois celles-ci défaites, les héros d’American Nightmare 4 se regardent: "On fait quoi?" "On se bat." Puis ils s’éloignent alors que retentit en fond Alright, l’hymne de Kendrick Lamar: "Nous irons bien / Vous m'entendez? Vous me comprenez? Nous irons bien" ("We gon' be alright / Do you hear me, do you feel me, we gon' be alright"). Quelques mois après Black Panther, le cinéma hollywoodien continue de se faire de plus en plus attentif aux débats qui cristallisent la société américaine.

Jérôme Lachasse avec AFP