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Avec Black Panther, Marvel signe son film le plus politique

Black Panther

Black Panther - Marvel / Disney

Black Panther, le nouveau blockbuster des studios Marvel, sort en salles ce mercredi 14 février.

La réplique est aussi brève que percutante: "Salut, le colon!". Lorsque Shuri (Letitia Wright), la sœur de T'Challa (alias Black Panther) salue l'agent de la CIA incarné par Martin Freeman, ce dernier est déstabilisé par autant d'honnêteté. Allié de Black Panther face à la folie meurtrière du méchant Erik Killmonger, il n'en reste pas moins un étranger au Wakanda, le royaume imaginaire gouverné par T'Challa/Black Panther et préservé pendant des années de l'influence de l'homme (blanc).

"Salut, le colon!". Si cette réplique est sans doute l'une des plus politiques de la saga cinématographique Marvel, Black Panther, réalisé par Ryan Coogler (Fruitvale Station, Creed), est truffé de moments similaires. L'action du film débute en 1992, lors des émeutes de Los Angeles. Dans un appartement, le roi du Wakanda, T'Chaka, s'oppose à son frère N'Jobu. Le premier souhaite que le Wakanda reste un secret, le second non. Des années plus tard, leurs fils T'Challa/Black Panther et Erik Killmonger rejouent leur conflit. 

Le projet d'Erik Killmonger est simple: s'emparer des armes du Wakanda et du Vibranium, le métal précieux qui assure la richesse et l'avancée technologique du royaume, puis les distribuer à ses "frères" du monde entier pour qu'ils se libèrent de leurs oppresseurs. Les parallèles avec l'esclavage, la traite des noirs et la spoliation du continent africain par les colons blancs sont assez transparents - et détonnent dans une franchise aussi contrôlée que Marvel.

Un casting féminin libéré des clichés du genre

Pour jouer Black Panther, un personnage créé en 1966 en plein mouvement des droits civiques, Chadwick Boseman a insisté pour adopter un accent xhosa, une langue d'Afrique du Sud. Une manière pour lui de lutter contre le suprémacisme blanc, comme il l'a expliqué dans une interview récente avec Collider. Selon lui, puisque le Wakanda est un pays inconnu de l'homme blanc, Black Panther n'a jamais eu besoin d'étudier à Oxford pour apprendre la langue du colon: "C'est pourquoi il devait parler avec un accent africain", a indiqué le comédien, qui a réutilisé l'accent xhosa qu'il avait déjà dans le film noir Message from the King.

Black Panther se distingue également par un casting féminin libéré des clichés du genre. Souvent sexualisées dans les comic books Black Panther, les héroïnes jouées par Lupita Nyong’o, Danai Gurira et Letitia Wright sont des guerrières qui livrent dans le film des combats aussi impressionnants que dans Le Seigneur des Anneaux. La dernière demi-heure de Black Panther offre ainsi des scènes inédites dans l'histoire de Hollywood: de la heroic fantasy avec des comédiens noirs.

Les guerrières de Black Panther
Les guerrières de Black Panther © Marvel Studios 2018

Interrogé en décembre dernier par Vulture sur l'impact qu'aurait eu Black Panther sur lui s'il avait vu le film à l'âge de dix ans, Ryan Coogler a répondu, très ému:

"Pour être honnête, c'est impossible [...] A 10 ans, je n'aurais jamais cru qu'on aurait un président noir. Je fais ce film pour moi à 10 ans et pour moi à 31 ans [...] Voir un film avec quelqu'un qui me ressemble, qui est un roi et qui connaît ses ancêtres au début du film et possède une armée d'incroyables personnes qui croient en lui? C'est impossible de savoir l'impact que cela aurait eu sur moi à l'âge de 10 ans".

42 ans après sa première apparition dans une histoire des Quatre Fantastiques (qu'il avait battu!), Black Panther pourrait bien connaître un succès retentissant au box-office. Et convaincre les sceptiques que Marvel n'est pas là uniquement pour divertir, mais aussi pour faire réfléchir et changer le monde. 

Black Panther en mauvaise situation.
Black Panther en mauvaise situation. © Copyright Walt Disney / Marvel
Jérôme Lachasse