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Benoît Poelvoorde: "Je me suis toujours dit qu’un jour j’aurais un César si j'étais totalement muet"

Benoît Poelvoorde dans Raoul Taburin

Benoît Poelvoorde dans Raoul Taburin - Copyright Pan-Européenne - Kris Dewitte

L’acteur belge revient au cinéma en tête d’affiche de Raoul Taburin a un secret, adaptation du célèbre livre de Sempé, son idole. L’occasion de parler avec lui de son amour pour le dessinateur, de sa vision de la comédie et de sa carrière.

Avec Raoul Taburin a un secret, en salles mercredi 17 avril, Benoît Poelvoorde renoue avec la veine des Émotifs anonymes. Habitué aux rôles exubérants, l’acteur belge incarne un personnage quasi muet dans une adaptation du célèbre livre de Sempé, son idole.

Situé dans un village imaginaire, à une époque qui ressemble aux années 1950, le film met en scène le mal-être d’un réparateur de vélos qui n’a jamais su en faire de sa vie. "Le personnage aspire à une certaine discrétion", raconte l’acteur. "C’est comme ça que je l’ai joué dans le film. L'exubérance de ses échecs l’a aidé à cacher son mensonge."

À l’occasion de la sortie au cinéma de Raoul Taburin a un secret, Benoît Poelvoorde confie son amour pour le dessinateur, évoque sa vision de la comédie et sa carrière.

On a souvent l’habitude de vous voir parler tout le temps au cinéma. Dans Raoul Taburin, vous ne parlez pas ou peu.

Je suis à la limite de la pantomime. Je me suis demandé pourquoi il m’a proposé le rôle, parce que je suis tout le contraire. Je ne suis pas du tout discret, je suis très exubérant, je n’arrête pas de parler. Et en dehors du fait qu’il ne savait pas que j’adorais Sempé, pourquoi me l’avoir proposé? Je n’arrive pas à comprendre. Personnellement, je ne penserais pas à moi pour le faire. Peut-être que je l’ai accepté en me disant: "tiens, ça me fera du bien de fermer ma gueule." Je me suis toujours dit qu’un jour j’aurais un César si j'étais totalement muet.

Vous aimez la pantomime?

Non. Et en plus je ne suis pas très bon. Ici, c’était facile, parce que j’adore Sempé. Ça ne me demandait aucun effort. Mais je n’aime pas la pantomime, parce que j’adore le verbe, je me réfugie beaucoup dans le bla-bla.

Qu’est-ce qu’a représenté pour vous la découverte de Sempé?

C’est ce qui m’a donné envie de dessiner. C’est mon côté maniaque. J’adorais les trucs dessinés tout petit. Je pensais qu’il dessinait au format du folio. Donc j’ai voulu absolument dessiner comme ça. Mes premiers personnages étaient tous petits. Après j’ai compris que ça n’avait rien à voir. Je me souviens, j’avais acheté des rotrings pour avoir un trait très fin. À l’époque, ça coûtait très cher: 320 francs belges. Sempé ne fait pas de la ligne claire, ça n’a rien à voir. Ce que j’aime le plus dans son dessin, c’est quand il décide de dessiner tous les détails. Quand il n’a pas envie de le faire, il ne le fait pas et ça veut dire la même chose: il a la même poésie dans le dessin. Mes dessins n’avaient aucun sens. J’étais fou de dessinateurs complètement tarés qui ont poussé la ligne claire jusqu’à l’absurde comme Yves Chaland et Joost Swarte: ils arrivaient à une épure! Ça tournait à la maniaquerie et pour moi c’était fascinant. Le dessin servait davantage comme un exutoire maniaque que comme expression.

En 2002, vous êtes la star du Boulet. Pourquoi ce genre de comédies d’aventures a-t-il disparu?

Parce qu’on a perdu Francis Veber. Le Boulet, à mes yeux, était un ersatz de Veber - qui est le plus grand scénariste de la comédie en France. Prends L’Emmerdeur. Ça reste un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma. Le nombre de films qu’il a écrits où on s’est dit: "Putain, c’est une bête." Prend Coup de tête. Tu restes médusé. Je ne sais pas pourquoi ça a disparu. Pourtant la France a une tradition de comédie. C’est quand même ce qu’ils font de mieux. Je ne sais pas pourquoi. Malheureusement, je ne regarde pas assez la nouvelle génération. Je regarde très peu de cinéma, en fait.

José Garcia a récemment dit à BFMTV qu’il avait souvent accepté des films aux scénarios pas aboutis et qu’il en avait pâti à la sortie.

Tout à fait. Et le pire truc - c’est là qu’il faut partir en courant - c’est quand ils disent que tu peux le mettre à ta main. Ça, il faut foutre le camp immédiatement. Ça veut dire que le mec va être paresseux comme une pine d’ours et qu’il n’a rien à dire.

On vous a souvent fait ce coup-là?

Je l’ai eu beaucoup, mais je ne fais plus ça. D’abord, ce qui est très inquiétant, c’est quand un réalisateur vient et qu’il n’a rien écrit. Tu commences déjà à faire gicler, parce que tu te dis: “je ne comprends pas très bien, c’est une mise en images, c’est ça?” Et à ce moment-là, on se repose beaucoup sur toi, ce qui est très fatigant pour les acteurs. Souvent, c’est relativement bien payé, mais tu n’es pas regardé. C’est pour ça que c’est très fatigant. Tu n’as personne derrière le combo. Je ne me regarde pas. Tu es obligé d’avoir quelqu’un en qui tu peux avoir confiance. Si le type a déjà peur de toi et te dit de le mettre à ta sauce, ce n’est pas bon. C’est vrai que je l’ai fait pas mal de fois. Tu te dis que c’est mal écrit et que tu peux le refaire à ta sauce, mais ce n’est pas un service que je me rends et que je rends au public. Ça, c’est quand j’étais plus jeune. On t’en propose pas mal, des merdes comme ça. Mais il vaut mieux laisser ça aux jeunes.

C’est pour cette raison que vous n’avez pas fait Cinéman de Yann Moix?

Cinéman, c’est parce que c’était mal écrit. Le sujet était génial. La bible qu’avait fait Yann était extraordinaire. Il avait fait une bible d’à peu près 300 pages. Le problème, c’est qu’une bible ne fait pas un scénario. J’ai eu beaucoup de discussions avec Yann et Pathé. Je leur disais: "Le cinéma appartient à tout le monde, ce n’est pas la même chose que Claude François. Claude François appartient aux fans de Claude François, mais avec le cinéma tu vas t’attaquer à des trucs qui appartiennent à tout le monde. Tu veux reprendre Taxi Driver, mais tu ne te rends pas compte que tu vas te tirer une balle. Tu t’imagines que tu vas aller bombarder l’histoire du cinéma avec deux gags pourris?" Il n’a pas voulu entendre. Il m’a traité de fou et on m’a remplacé. Dieu m’a préservé de Cinéman! J’avais raison: ça ne tenait pas debout. Ça lui a servi de leçon. C’est de sa faute, il n’avait qu’à travailler. Si tu te reposes sur tes acquis… Pour moi, il refaisait Podium, mais avec un sujet autrement plus sérieux que Claude François. Le problème, c’est que les gens sont souvent paresseux et les producteurs et les distributeurs n’ont pas beaucoup d’idées.

À quel moment avez-vous compris que vous deviez lever le pied?

J’ai refusé pas mal de films pour des raisons basiques. On m’a proposé Intouchables. C’est une raison bête, mais je serais incapable de rester assis tout un film dans une chaise roulante. Ce qu’a fait Cluzet, j’en suis incapable.

Dans Le Grand Bain, vous êtes resté tout un film dans une piscine.

Si j’avais su ce que c'était, je ne l’aurais pas fait. En dehors de mon amitié pour Gilles, si j’avais su ce que ça allait demander comme effort, j’aurais dit non. Dieu merci, je lis mal les scénarios. Quand arrive l’effort, je me dis: "Et merde, j’aurais dû mieux lire le scénario".

Le résultat n’est pas mal.

Oui, mais je suis d’une nature paresseuse. Étant de nature paresseuse, je suis presque tenté de faire un dogme, une charte de ce que je ne veux plus faire: je ne veux plus tourner de nuit, je ne veux plus tourner dans les pays chauds, je ne veux pas tourner dans les pays où il fait trop froid, je ne veux plus faire de scènes dans les voitures, je ne veux plus faire de films sur des mecs qui font du sport… En vieillissant, je commence à en avoir… Alors je vais finir en FaceTime. Je vais faire des films en Facetime! Comme ça, je serai chez moi. Personnellement, je pense que c’est l’avenir en ce qui me concerne.

Raoul Taburin a dû être plus simple.

Je me suis beaucoup amusé, parce qu’on était dans une très belle région. Les gens étaient très gentils et je ne devais pas faire de vélo! Cela dit, la seule fois où je suis monté dessus, je suis tombé.
Jérôme Lachasse