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Accusations d'Adèle Haenel: la fin de l'omerta dans le cinéma français?

L'actrice Adèle Haenel ce lundi 4 novembre à Médiapart.

L'actrice Adèle Haenel ce lundi 4 novembre à Médiapart. - Capture d'écran Médiapart

L'actrice Eva Darlan et la réalisatrice Coline Serreau louent la prise de parole d'Adèle Haenel et espèrent la fin de l'omerta dans le cinéma français.

L'actrice Adèle Haenel a raconté en début de semaine à Mediapart avoir été victime lorsqu'elle était adolescente d'"attouchements" et de "harcèlement" de la part du réalisateur Christophe Ruggia. Depuis son témoignage, très fort, la comédienne doublement césarisée a reçu le soutien de grands noms du cinéma français, de Marion Cotillard à Omar Sy

La Société des réalisateurs de films (SRF), association professionnelle comptant quelque 300 adhérents, a elle annoncé dès lundi avoir décidé de radier Christophe Ruggia, et "exprimé son soutien total" à Adèle Haenel. Mardi, c'est Unifrance, l'organisme chargé de la promotion du cinéma français à l'étranger, qui lui a apporté à son tour son soutien.

Ce témoignage, aussi puissant et clair soit-il, peut-il pour autant permettre de lever l'omerta qui existe dans le milieu? La comédienne Eva Darlan, interrogée ce jeudi sur BFMTV, l'espère:

"Offrir sa parole aux autres femmes, pour que les autres femmes puissent parler: ce qu'elle est en train de faire va beaucoup changer l'écoute de la parole des femmes."

"Elle dénonce le système patriarcal général"

La réalisatrice Coline Serreau (Trois hommes et un couffin) ajoute: "Ce qui est très beau dans le témoignage d'Adèle, c'est qu'elle n'incrimine pas seulement une seule personne, elle n'est pas dans une problématique de vengeance personnelle, elle dénonce [...] le système patriarcal général dans lequel nous sommes nous les femmes."

La cinéaste "espère" que le témoignage d'Adèle Haenel incitera d'autres actrices à parler: "Je ne veux pas critiquer les femmes qui ne parlent pas", souligne-t-elle cependant. "C'est un métier difficile."

Plaintes classées sans suite

Le témoignage d'Adèle est d'autant plus important qu'il est rare dans le milieu du cinéma. Avant elle, il y a eu celui de Sand Van Roy, dont la plainte contre Luc Besson a été classée sans suite par le parquet de Paris en février dernier (l'affaire n'est cependant pas close, la jeune femme s'étant constituée partie civile). Tout comme la plainte contre Gérard Depardieu en juin dernier, et celle contre Philippe Caubère en février.

Un Tumblr a par ailleurs été lancé, intitulé PayeTonTournage, qui recense des réflexions sexistes essuyées par des femmes travaillant dans le milieu du cinéma, mais qui témoignent toutes de façon anonyme.

Car, comme le souligne sur notre antenne Véronique Le Bris, rédactrice en chef de Ciné Woman, "#Metoo n'a pas changé grand chose. Les langues se sont un petit peu déliées, mais sans nommer quoi que ce soit. Et les premières qui ont pris la parole ont été attaquées en diffamation, donc ça a entretenu une certaines loi du silence. Ce que fait-là Adèle Haenel est quelque chose d'extraordinaire".

Pour la journaliste, la prise de parole de l'actrice "pourrait être un cas d'école. Peut-être que d'autres, voyant qu'elle a fait ça, vont avoir l'audace de le faire". 

Ne plus accepter l'inacceptable

D'autres actrices ont déjà salué le geste d'Adèle Haenel. Marion Cotillard lui a ainsi apporté son soutien sur Instagram: "Adèle, ton courage est un cadeau d’une générosité sans pareil pour les femmes et les hommes, pour les jeunes actrices et acteurs, pour tous les être abîmés qui savent maintenant grâce à toi qu’ils n’ont pas à subir cette violence. Et pour ceux qui l’ont subie, qu’ils peuvent parler, ils seront écoutés et entendus."

Julie Gayet, à l'origine du mouvement #Maintenant on agit, contre les violences à l'égard des femmes, a manifesté sont "admiration" pour Adèle Haenel, "qui parle pour celles qui sont dans l’ombre". Ajoutant: "Ne plus accepter l’inacceptable. Libérer la parole." 

Jérôme Lachasse et Magali Rangin