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Trois hommes et un couffin débarque au théâtre: "en 1984, tous les acteurs français ont refusé le film!"

Trois hommes et un couffin

Trois hommes et un couffin - Editions Montparnasse

Exit Roland Giraud, Michel Boujenah et André Dussolier: place à Ben, Bruno Sanches et Alex Vizorek dans une version remise au goût du jour, adaptée au théâtre, et mise en scène par Coline Serreau.

Sorti en 1985, Trois hommes et un couffin est un des plus gros succès du cinéma français. Après deux adaptations hollywoodiennes, un remake indien et une suite réalisée 18 ans après, le film de Coline Serreau triplement césarisé (meilleur film, meilleur scénario et meilleur acteur dans un second rôle) débarque à Paris au Théâtre du Gymnase pour sept représentations du 11 au 18 septembre, avant d’être rediffusé en direct sur France 2 le mardi 18.

"Il semblerait que ce soit un mythe assez puissant", raconte Coline Serreau, interrogée sur le fabuleux destin de Trois hommes et un couffin. L’histoire de Jacques, Pierre, Michel et de la petite Marie, un mythe? "Oui, quand ça atteint ce degré-là, ce n’est plus seulement une histoire." 

Un an après l’affaire Weinstein, cette comédie qui dynamite le patriarcat tombe à pic en présentant un trio de mâles, pas seulement désemparé face à la paternité, mais surtout en plein apprentissage de la vie, symbolisée par le bébé. "C’est de l’écologie: prendre soin d’un bébé, cela symbolise prendre soin de la Terre, de ce qui va nous succéder", analyse la réalisatrice de La Belle verte.

Coline Serreau, Alex Vizorek, Bruno Sanches et Ben.
Coline Serreau, Alex Vizorek, Bruno Sanches et Ben. © Calt Production - Nicolas Auproux

Des scènes inédites

Elle a retravaillé le scénario original avec l’auteur Samuel Tasinaje: "On a beaucoup actualisé les dialogues avec la manière de parler d’aujourd’hui. Évidemment, avec les portables, les choses ont changé, mais le fond de l’affaire est le même." On retrouve donc l’appartement du trio. Mais celui-ci est plus épuré que dans le film: "Je ne supporte plus les choses inutiles", dit la réalisatrice.

Dans le nouveau décor, gris, subsiste deux meubles et le couffin, rose. "C’était plus chargé dans le film, c’était très beau, c’était des tableaux, tout était composé. Là, c’est un autre genre de beauté. La lumière ne sera pas la même. C’est une évolution dans mon esthétique, qui se dépouille." Pour le bébé, des images filmées et des trucages sonores ont été employés: "C’est un challenge: il faut que le public y croit." L’humour reste inchangé ("Les blagues qui marchent, elles marchent toujours"), mais Coline Serreau a pu ajouter des scènes retirées du montage du film.

"Elles avaient été coupées, parce qu’elles n’avaient pas marché au tournage. Je les ai ramenées et ajoutées au texte. On verra si elles marchent. C’est un processus vivant, le théâtre. C’est ça qui est agréable. C’est plus vivant que le film: une fois que c‘est sorti, on ne peut pas corriger. Au théâtre, on peut."

Coline Serreau, qui a derrière elle une longue carrière au théâtre, est ravie d’avoir pu monter cette adaptation de Trois hommes et un couffin après avoir eu quelques réticences: "Maintenant, le texte de théâtre existe. Le film ne peut pas être repris, contrairement à la pièce qui peut l’être ad vitam aeternam. Il y a déjà eu 155 productions en Allemagne de ma pièce Lapin, Lapin, que je vais remonter en janvier au Schillertheater de Berlin. C’est le texte qui fait que les choses perdurent."

Une chorégraphie dans le style de Bollywood

Pour interpréter Jacques, Pierre et Michel, Coline Serreau a choisi un trio de comédiens aux antipodes d’André Dussolier, Roland Giraud et Michel Boujenah: les humoristes Alex Vizorek, Ben et Bruno Sanches. "Il faut des gens qui aient de l’humour pour jouer ça. Sinon ce n’est pas drôle… Il faut rendre hommage à la production et à France 2. On ne m’a pas imposé des vedettes et en même temps je suis consciente qu’il faut des gens qui tiennent la route." Et qui savent chanter Au clair de la Lune, une scène culte où les trois papas entonnent le célèbre air pour endormir la petite Marie.

"Il y a beaucoup de répétitions, mais on y arrivera peut-être. C’est de la musique à trois voix, ce n’est pas évident", glisse la cinéaste, qui utilise également une musique originale pour la pièce, composée par Grégoire Michaud: "C’est de la très bonne musique. Ce n’est pas de la musique de boulevard."

"Ils pensaient que cette histoire de bébé n’intéresserait personne"

A cela, Coline Serreau a ajouté une chorégraphie dans le style de Bollywood: "C’est inattendu. Les gens vont être un peu scotché. Je pense qu’on va me demander de la couper, mais pour l’instant je ne la coupe pas!", explique cette admiratrice du cinéma bollywoodien. "Je trouve ça très drôle. Ils vont danser et chanter". Une ambiance bien différente du film d’origine, dont le casting n’a été constitué qu’une semaine avant le premier coup de manivelle!

"Tous les acteurs français qui étaient vivants en 1984 ont été contactés et tous ont refusés: Perrin, Bedos, Brialy, Depardieu… Ils pensaient que cette histoire de bébé n’intéresserait personne", se souvient Coline Serreau. "Boujenah a toujours voulu le faire. Giraud aussi, mais je n’ai pas voulu de lui au début. Je pensais qu’il n’avait pas la sensibilité du personnage. J’avais tort: il est génial. Il a insisté et m’a fait changer d’avis. Dussolier s’est agrippé au rideau une semaine avant le tournage, parce qu’il avait envie de faire une comédie. Ce n’était pas sa tasse de thé au départ..."

Depuis, Trois hommes et un couffin reste dans l’air du temps: "la société évolue dans un certain sens et je l’avais pigé dès le départ. Il y a aussi le fait que la colocation est encore plus d’actualité maintenant qu’en 1984. C’est mon boulot de faire des choses qui durent." Et ce n’est pas près de s’arrêter: la pièce reviendra à l’affiche en 2019 et tournera dans toute la France.

Trois hommes et un couffin
Trois hommes et un couffin © Calt Productions
Jérôme Lachasse