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"Il m'a détruite": le témoignage bouleversant d'Adèle Haenel, qui accuse Christophe Ruggia de violences sexuelles

L'actrice Adèle Haenel ce lundi 4 novembre à Médiapart.

L'actrice Adèle Haenel ce lundi 4 novembre à Médiapart. - Capture d'écran Médiapart

L'actrice, qui accuse le réalisateur Christophe Ruggia de "harcèlement sexuel" et d'"attouchements", livre un témoignage bouleversant sur Mediapart.

"Je dois le fait de pouvoir parler à celles qui ont parlé avant dans le cadre de #MeToo." L'actrice Adèle Haenel a évoqué en détails ce lundi soir dans une interview accordée en direct à Mediapart les faits de "harcèlement sexuel" et d'"attouchements" dont elle accuse Christophe Ruggia, le réalisateur de son premier film, Les Diables (2002).

La comédienne doublement césarisée est revenue sur les faits, qui se seraient produits au début de sa carrière, entre 2001 et 2004. Des actes présumés répétés au domicile du réalisateur et lors de festivals pendant la promotion du long-métrage, alors qu'elle était encore mineure. Elle était âgée entre 12 et 15 ans, lui avait entre 36 et 39 ans.

Connue pour son engagement politique et féministe, Adèle Haenel dit avoir été inspirée à parler après avoir découvert Leaving Neverland, le documentaire sorti en début d'année qui accuse Michael Jackson de pédophilie. L'annonce que Christophe Ruggia préparait un nouveau film sur l'enfance a aussi été très importante dans sa décision de révéler l'affaire. Jusqu'à présent, la comédienne en avait parler avec seulement quelques personnes de son entourage, dont la cinéaste Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu).

Une démarche pacifiste

"Le silence est la meilleure façon de maintenir en place un ordre lié à l'oppression. Les gens qui n'ont pas accès à la parole sont les opprimés. C'est pour ça que c'est crucial de parler!", a martelé la comédienne en précisant à plusieurs reprises que sa démarche était "pacifiste".

"Certains pensent qu'on a inventé les violences faites aux femmes avec #MeToo. Mais, c'est juste qu'on a tellement encaissé! C'est possible de faire autrement société. C'est bien pour les victimes, pour les bourreaux aussi, qu'ils se regardent en face. C'est ça être humain." Elle ajoute: "Les monstres, ça n'existe pas. C'est notre société. C'est nous, nos amis, nos pères. Il faut regarder ça. On n'est pas là pour les éliminer, mais pour les faire changer."

Désormais "plus puissante" socialement que le réalisateur, Adèle Haenel déclare vouloir parler "pour protéger [ses] sœurs plus précaires": "Je dois le fait de pouvoir parler à celles qui ont parlé avant dans le cadre de #MeToo. C'est une responsabilité pour moi, aujourd'hui je ne suis pas dans la même précarité que la plupart des gens à qui ça arrive. Je voulais leur parler à eux. Leur dire qu'ils ne sont pas seuls", a-t-elle souligné, en ajoutant qu'en France une femme sur cinq est victime de violences sexuelles.

"Il m'a détruite"

L'actrice a expliqué pour quelles raisons elle n'a pas voulu contacter la justice et a préféré parler à Mediapart: "Je n'ai jamais pensé à la justice car il y a une violence systémique qui est faite aux femmes dans le système judiciaire. C'est aussi de ça dont il faut parler. [...] Je crois en la justice mais elle doit se remettre en question pour être représentative de la société.

Contacté par Mediapart, Christophe Ruggia a fait savoir par le biais de ses avocats qu'il réfute "catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineure" et refusé de répondre à leurs questions, tout en précisant avoir découvert celle qui est devenue une figure incontournable du cinéma:

"Je suis encore plus choquée par le fait qu'il dise qu'il m'a 'découverte', parce qu'en fait, il m'a surtout détruite", a réagi Adèle Haenel. "J'étais coupée en deux. Je passais mon temps à mentir." 

La Société des réalisateurs de films, dont Christophe Ruggia a été le co-président pendant quelques années, a apporté cet après-midi son "soutien total" à Adèle Haenel. La SRF a annoncé dans la foulée avoir lancé la procédure de radiation du cinéaste et vouloir questionner le pouvoir et les pratiques des réalisateurs. 

Jérôme Lachasse