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Adèle Haenel accuse le réalisateur Christophe Ruggia d'"attouchements" quand elle était mineure

L'actrice Adèle Haenel au festival d’Angoulême, le 22 août 2019

L'actrice Adèle Haenel au festival d’Angoulême, le 22 août 2019 - Yohan Bonnet - AFP

L'actrice couronnée de deux César a affirmé à Mediapart avoir été victime de "harcèlement sexuel" et d'"attouchements" durant trois ans lors du tournage de "Les Diables" en 2001. C'était son premier film et elle était mineure. Des propos appuyés par de nombreux témoignages recueillis par nos confrères.

Dans une enquête de Mediapart dévoilée ce dimanche soir, l'actrice Adèle Haenel accuse de "harcèlement sexuel" et d'"attouchements" le réalisateur Christophe Ruggia, qui l'a découverte pour le film Les diables sorti en 2002.

Les faits dénoncés par la comédienne doublement césarisée et rapportés par le site d'investigations se seraient produits au tout début de sa carrière, entre 2001 et 2004. Des actes présumés répétés, soit au domicile du réalisateur ou lors de festivals pendant la promotion du long-métrage, alors qu'elle était encore mineure. Elle était âgée entre 12 et 15 ans, lui en avait entre 36 et 39 ans.

Elle ne souhaite pas porter plainte

Un "harcèlement sexuel permanent" comme le détaille la jeune femme auprès de nos confrères, qui comporte des "attouchements" sur les "cuisses", le "torse", des "baisers forcés dans le cou". Des violences sexuelles non prescrites, mais pour lesquelles l'actrice ne souhaite pas porter plainte. La faute, selon elle, à une justice qui "condamne si peu les agresseurs" et "un viol sur cent".

Contacté par Mediapart, Christophe Ruggia a fait savoir par le biais de ses avocats qu'il réfute "catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d’attouchement sur cette jeune fille alors mineure" et refusé de répondre à leurs questions.

De nombreuses personnes savaient

Pour appuyer les accusations d'Adèle Haenel, l'enquête menée par le site d'investigations s'appuie sur de nombreux documents et témoignages. Parmi ceux-ci, celui de Céline Sciamma. C'est avec elle que la jeune prodige du cinéma, tout juste trentenaire aujourd'hui, fera son retour devant la caméra pour Naissance des pieuvres. Cinq ans se sont écoulés depuis son premier tournage, et Adèle Haenel n'osait plus exercer son métier après cette expérience traumatisante. C'est à ce moment-là qu'elle se confie pour la première fois sur les attouchements dont elle se dit victime:

"Elle me dit qu'elle a envie de faire le film, mais qu'elle veut être protégée, car il lui est arrivé quelque chose sur son film précédent, que le metteur en scène ne s'est pas bien comporté" se remémore auprès de nos confrères la réalisatrice, qui deviendra plus tard la compagne de l'actrice.

Deux ans après #MeToo

L'article de Mediapart souligne également qu'Adèle Haenel et les proches dans la confidence ne sont jamais restés silencieux dans le monde très cloisonné du cinéma. Beaucoup de personnes du milieu étaient au courant, les alertes ont été multipliées. En vain. Puis il y a eu l'émergence du mouvement #MeToo il y a deux ans. L'occasion de prendre la parole publiquement?

"Je ne savais pas comment en parler, et le fait que cela se rapproche d’une affaire de pédophilie rendait la chose plus compliquée qu'une affaire de harcèlement", justifie aujourd'hui l'actrice.

C'est finalement le scandale autour du documentaire sur Michael Jackson et les accusations de pédophilie qui le visent, sorti au printemps dernier, qui sera le véritable déclencheur pour Adèle Haenel. Et qui conduira aux accusations dévoilées ce dimanche soir.

De quoi donner encore un peu plus de poids au coup de gueule de l'artiste, poussé la voix tremblante et émue, contre Roman Polanski et la projection de son dernier film lors d'un festival il y a quelques semaines, et dont l'enregistrement a connu un certain retentissement sur les réseaux sociaux. Il trouve aujourd'hui une résonance toute particulière.

Jérémy Maccaud