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Adèle Haenel veut encadrer le nouveau film de Roman Polanski d'un "débat sur la culture du viol"

J'accuse de Roman Polanski

J'accuse de Roman Polanski - Gaumont

L'actrice, surprise par la programmation de J'accuse dans un festival, a demandé à encadrer de débats les projections du nouveau film de Polanski.

Invitée cette semaine au Festival International du Film de La Roche-sur-Yon (Vendée), Adèle Haenel s'est lancée dans un plaidoyer pour encadrer le nouveau film de Roman Polanski, J'accuse, d’un "débat sur la culture du viol".

"J’étais un peu surprise de voir, dans la programmation, - et nous avons eu l’occasion d’en parler avec Paolo (Moretti, délégué général du festival, NDLR) - que le film de Roman Polanski était projeté", a indiqué l'actrice vue récemment dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma.

"Je pense que dans le contexte actuel, ce ne serait pas mal d’encadrer ce film d'un débat sur 'qu’est-ce que la différence entre l'homme et l'artiste' ainsi que sur la violence faite aux femmes", poursuit la comédienne, en faisant référence au réalisateur qui a été accusé à plusieurs reprises d'agressions sexuelles sur mineures.

Visiblement émue, Adèle Haene estime qu'il "est vraiment souhaitable pour tout le monde" de questionner "la liberté de la création de l'artiste":

"C'est une question complexe et dont on a besoin de tous discuter. On ne peut pas se contenter de 'ça c’est la liberté de création'. On est dans une structure où l’on est tous plus ou moins informés de ce que signifie la culture du viol. On parle d’une femme sur cinq, concernée directement par la question du viol. On peut en parler de manière structurelle et au moins ouvrir le débat pour que ça change. Car ce n’est pas naturel, c’est un fait social."

"C’est un catalyseur de nos sensibilités"

Pablo Moretti a répondu à la demande de l'actrice en organisant vendredi un débat avant la projection du film de Roman Polanski, qui retrace l'affaire Dreyfus.

"C’est un film problématique en 2019, dans cet état des choses, pas forcément pour un film, mais qui représente un vecteur de cette discussion. C’est un catalyseur de nos sensibilités dans l’esprit commun et dans l’esprit du temps aussi", a-t-il expliqué à Allociné.

Et le programmateur de conclure: "Évidemment on peut critiquer, en discuter. Pour moi, c’est une façon de mettre en perspective, mettre en contexte et ouvrir un espace de parole. Si cette parole n’était pas là, elle pourrait être interprétée comme un manque de sensibilité, faire semblant de rien, alors qu’on reconnaît la problématique." Une autre projection est prévue en clôture du festival dimanche 20 octobre.

La sélection de J'accuse de Roman Polanski à la Mostra de Venise avait suscité une polémique similaire. Alberto Barbera, directeur du festival, avait estimé de son côté qu'il faut "toujours faire une distinction entre l'homme et l'artiste".

Jérôme Lachasse