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Le directeur de la Mostra de Venise défend la présence polémique de Roman Polanski en sélection officielle

Roman Polanski à Cannes le 17 mai 2014

Roman Polanski à Cannes le 17 mai 2014 - Valery Hache - AFP

Le réalisateur franco-polonais sera en compétition avec J'accuse, un long-métrage sur l'affaire Dreyfus avec Jean Dujardin. Mais au regard des accusations qui visent le réalisateur, sa présence crée la polémique.

Il sera en compétition aux côtés d'Ad Astra, de James Gray, de Joker, de Todd Philips, de The Laundromat, de Steven Soderbergh, ou encore de Wasp Network, d'Olivier Assayas. J'accuse, de Roman Polanski, a été annoncé jeudi en sélection officielle de la 76e Mostra de Venise, qui se tiendra du 29 août au 8 septembre prochains.

Un choix qui fait déjà polémique, au regard des affaires et des accusations qui entourent le réalisateur de 85 ans. En 1977, il avait notamment été reconnu coupable de détournement de mineure pour avoir eu des relations sexuelles illégales avec Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans. Le cinéaste a depuis été accusé de plusieurs autres viols et agressions sexuelles sur mineures.

Des arguments qui risquent de faire débat

Interrogé par The Hollywood Reporter, Alberto Barbera, critique de cinéma italien et directeur de la Mostra de Venise, a malgré tout défendu le choix d'inclure le long-métrage de Roman Polanski en sélection officielle, vantant notamment les qualités de J'accuse:

"C'est un grand film. Il (Roman Polanski, NDLR) a fait un très, très bon travail pour reconstruire une version historique et avérée de cette affaire. Il y a un très bon casting et le scénario est incroyable. (...) C'est une expression politique forte qui ne concerne pas seulement le passé, mais qui est une exposition très contemporaine sur le racisme et d'autres types de problèmes", a-t-il déclaré.

Le directeur du festival estime également qu'il convient, dans ce genre de situation, de "distinguer l'homme de l'artiste".

"Il est l'un des derniers grand cinéastes européens, l'un des derniers vrais artistes du cinéma du XXe siècle, a jugé Alberto Barbera. Je pense qu'il faudrait toujours faire une distinction entre l'homme et l'artiste. L'histoire de l'art est pleine d'artistes qui étaient des assassins, des criminels, qui avaient un très mauvais comportement. Mais ils étaient de grands artistes et leurs œuvres perdurent. Si quelqu'un commet un crime, il faut le mettre en prison. (...) Mais cela ne signifie pas qu'il faille oublier qu'il est un artiste et qu'il a créé des œuvres d'art qui font partie de notre héritage cinématographique et culturel."

Un argument particulièrement clivant qui risque bien de susciter une nouvelle fois la controverse dans cette "affaire Polanski". Visé par les accusations de viols et d'agressions sexuelles dans le sillage de l'affaire Weinstein, le réalisateur du Pianiste a été exclu de l'Académie des Oscars en 2018.

Prévu pour une sortie en salle le 13 novembre prochain, J'accuse retrace la célèbre affaire Dreyfus. Ce dernier est incarné par Jean Dujardin, épaulé de Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Melvil Poupaud ou encore Mathieu Amalric.

Juliette Mitoyen