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Polanski: "La plupart des gens qui me harcèlent ne me connaissent pas et ne savent rien sur l'affaire"

J'accuse de Roman Polanski

J'accuse de Roman Polanski - Gaumont

Le réalisateur présente son nouveau film sur l'Affaire Dreyfus à Venise. Dans une interview au romancier Pascal Bruckner, il répond à ses détracteurs.

Malgré la polémique qui fait rage sur sa sélection en compétition, Roman Polanski dévoile ce vendredi à la Mostra son film sur l'Affaire Dreyfus, J'Accuse, dans lequel il voit un parallèle avec sa situation, s'estimant "harcelé".

Toujours poursuivi par la justice américaine pour le viol en 1977 d'une adolescente, Roman Polanski ne se rendra pas à Venise en raison d'un accord d'extradition entre l'Italie et les Etats-Unis. Le réalisateur sera cependant représenté au festival par ses comédiens Jean Dujardin et Emmanuelle Seigner.

Thriller sur fond d'espionnage, J'Accuse raconte l'Affaire Dreyfus du point de vue du lieutenant-colonel Georges Picquart (Jean Dujardin), chef des services de renseignement et personnage clé du dénouement de l'affaire.

Il avait diffusé les preuves permettant d'innocenter le capitaine Dreyfus, français d'origine alsacienne et de confession juive accusé de trahison, mettant fin à ce scandale majeur de la IIIe République en France qui a duré douze ans (1894-1906). 

"Je trouve parfois des choses que j'ai moi-même connues"

"Faire un film comme cela m'aide beaucoup", a expliqué Roman Polanski dans une interview accordée au romancier Pascal Bruckner dans le dossier de presse.

"Dans l'histoire, je trouve parfois des choses que j'ai moi-même connues, je peux voir la même détermination à nier les faits et me condamner pour des choses que je n'ai pas faites. La plupart des gens qui me harcèlent ne me connaissent pas et ne savent rien sur l'affaire."

Interrogé ensuite sur la "persécution" qu'il a subie depuis l'assassinat de sa femme Sharon Tate en 1969, le cinéaste souligne que "c'est comme une boule de neige". "Chaque saison ajoute une nouvelle couche", ajoute-t-il, avec des "histoires absurdes racontées par des femmes que je n'ai jamais vues de ma vie, qui m'accusent de choses qui se seraient soi-disant passées il y a plus d'un demi-siècle".

Des accusations "sans fondement"

Trois nouvelles femmes ont lancé des accusations contre lui ces dernières années. En 2010, l'actrice britannique Charlotte Lewis l'a accusé de l'avoir "abusée sexuellement" à 16 ans en 1983. Une seconde femme l'a accusé en 2017 d'agression sexuelle lorsqu'elle avait 16 ans, en 1973, et une troisième a déposé en 2017 une plainte pour viol, pour des faits remontant à 1972 alors qu'elle avait 15 ans. Des accusations "sans fondement", selon son avocat.

La présence de J'Accuse en lice pour le Lion d'or a suscité ces dernières semaines de vives critiques des féministes, comme la fondatrice du groupe de pression Women and Hollywood, Melissa Silverstein, pour qui le Festival "est complètement sourd aux questions liées à #MeToo".

La présidente du jury Lucrecia Martel a elle-même affirmé mercredi être "très gênée" par la sélection du film, et indiqué qu'elle "n'assisterait pas" à la projection officielle. Elle est ensuite revenue sur ses propos, indiquant n'être "en aucune façon opposée" à sa présence en compétition et n'avoir "aucun préjugé" sur cette œuvre.

Jérôme Lachasse avec AFP