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Ukraine: pourquoi il ne faut pas s'inquiéter (à ce stade) de la coupure d'électricité à Tchernobyl

L'alimentation électrique du site nucléaire a été complètement coupée en raisons d'actions militaires russes, selon l'opérateur ukrainien Ukrenergo. L'Agence internationale de l'énergie atomique a néanmoins affirmé qu'il n'y a pas de risque majeur sur la sécurité.

Une situation qualifiée d'"anormale", mais pas préoccupante. Quelques heures seulement après l'annonce de la coupure d'électricite au site nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, l'Agence internationale de l'énergie atomique s'est montrée plutôt rassurante (AIEA).

Selon l'agence onusienne, l'incident qui s'est produit tôt ce mercredi matin ne présente "pas d'impact majeur sur la sécurité".

Plus aucun réacteur en activité sur le site

Un ton trop rassuriste du gendarme du nucléaire? Loin de là. Si le nom reste aujourd'hui synonyme d'inquiétude pour les Européens, Tchernobyl n'est plus le site nucléaire du temps la catastrophe de 1986.

"La situation est anormale effectivement", reconnaît sur BFMTV Ludovic Dupin. Le porte-parole de la Société française d'énergie nucléaire rejoint toutefois l'avis de l'AIEA en ce sens qu'il estime qu'"il n'y a pas de danger immédiat puisqu'il n'y a plus de réacteurs en activité à Tchernobyl".

Le dernier réacteur de la centrale a effectivement été démantelé en 2000, celle-ci n'est donc plus totalement fonctonnielle depuis cette date. "Il ne faut pas appeler ça une centrale, il faut appeler ça une ancienne centrale", juge en conséquence Dominique Greneche sur notre antenne. Pour le docteur en physique nucléaire et expert international, "le risque dû à une coupure électrique est nul".

Vigilance sur la piscine de stockage de combustible

L'opérateur Ukrenergo a indiqué que la poursuite des hostilités rend impossible à ce stade le rétablissement de la ligne. Conséquence: les générateurs diesel de secours ont pris le relais afin "d'assurer l'activité vitale du site pendant un maximum de 48 heures".

"Après cela, les systèmes de refroidissement du combustible entreposé vont s'arrêter", a averti le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba.

"Il y a en revanche une installation de surveillance qui est une piscine de combustibles usés et qui elle doit être refroidie", indique Ludovic Dupin, "donc il faut un système électrique pour la refroidir."

Le dégagement de particules radioactives jugé "peu probable"

Actuellement, 20.000 assemblages combustibles sont stockés dans la piscine d'entreposage du site. Toutefois, compte tenu du temps qui s'est écoulé depuis l'accident de 1986, "la charge thermique de la piscine et le volume de l'eau de refroidissement sont suffisants pour assurer une évacuation efficace de chaleur sans électricité", a estimé l'Agence internationale de l'énergie atomique.

"La perte d'électricité à Tchernobyl est préoccupante mais il est extrêmement peu probable que les piscines se vident à cause de l'évaporation", explique sur Twitter James Acton, codirecteur du programme de politique nucléaire du Carnegie Endowment for International Peace. "Ce processus est lent et les mesures d'atténuation devraient être simples [...] de manière générale les risques dans les centrales nucléaires ukrainiennes en activité sont beaucoup plus élevées qu'à Tchernobyl".

"Même si les diesels de secours n'ont plus de carburant, l'eau suffit à refroidir le combustible usé pour qu'il ne dépasse pas les 70°C", soutient aussi Ludovic Dupin, rejetant tout risque de dégagement de particules radioactives. "Si elle s'évapore, le combustible ne dépasserait pas les 300°C or il faudrait qu'il soit à 1000 degrés pour qu'il commence à fondre", ajoute-t-il enfin.

Hugues Garnier avec AFP Journaliste BFMTV