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Ukraine: la Russie accusée d'"invasion" militaire dans l'Est 

Un combattant pro-russe à Troitsko-Khartsyzk, à 30 kilomètres de Donetsk, le 28 août 2014. (photo d'illustration)

Un combattant pro-russe à Troitsko-Khartsyzk, à 30 kilomètres de Donetsk, le 28 août 2014. (photo d'illustration) - Francisco Leong - AFP

Plusieurs voix se sont élevées, ce jeudi, pour dénoncer l'intrusion de troupes russes dans l'Est de l'Ukraine. Face à ces accusations, appuyées par l'Otan, Moscou dément.

Des troupes russes ont-elles appuyé l'action des séparatistes dans l'Est de l'Ukraine? En quelques heures ce jeudi, plusieurs voix se sont élevées en Ukraine, mais aussi à l'Otan, accusant la Russie d'ingérence directe dans la crise ukrainienne. Ces déclarations ont poussé l'OSCE à tenir une réunion spéciale sur la question et le Conseil de sécurité de l'ONU à se réunir en urgence, jeudi à New York. De son côté, Moscou dément tout franchissement de la frontière par ses troupes. BFMTV.com fait le point.

• Moscou directement accusé d'intrusion en Ukraine

Ce jeudi, l'ambassadeur américain en Ukraine, Geoffrey Pyatt, a accusé la Russie d'être "directement impliquée" dans les affrontements entre rebelles pro-russes et forces gouvernementales dans l'Est du pays. Selon lui, "un nombre croissant de troupes russes" y interviennent.

Kiev avait affirmé un peu plus tôt dans la matinée que des "troupes russes" ont pris le contrôle de la frontière stratégique de Novoazovsk, située à 100 kilomètres au sud du bastion rebelle de Donetsk. Les deux ambassadeurs ukrainiens auprès de l'Union européenne et de l'OSCE ont pour leur part dénoncé une "invasion russe", et demandé à Bruxelles une "aide militaire d'envergure".

• Plus de 1.000 militaires russes en Ukraine, selon l'Otan

Un haut responsable militaire de l'Otan a donné ce jeudi une indication chiffrée pour appuyer ces affirmations. Selon lui, plus de mille soldats de nationalité russe combattent depuis mi-août sur le territoire ukrainien, notamment dans la région de Novoazovsk. "Bien plus d'un millier de soldats russes combattent actuellement en Ukraine. Ils soutiennent les séparatistes, se battent avec eux" contre les forces armées ukrainiennes, a ainsi affirmé le général Nico Tak, disant se baser sur "une estimation très prudente". Pour ce responsable, cette escalade récente de la part des militaires russes est "liée aux succès des opérations militaires ukrainiennes" contre les insurgés pro-russes.

En parallèle, l'Otan a dévoilé dans la journée des images satellites capturées après le 20 août près de Krasnodon, dans l'oblast (région, NDLR) de Lougansk, dans l'Est de l'Ukraine, qui montreraient des forces russes se prêter à des opérations militaires. On peut notamment y voir des unités d'artillerie se déplacer en convoi et se positionner (voir ci-dessous). 

Une image satellite capturée le 21 août montre, selon l'Otan, un convoi de blindés russes dans la région de Krasnodon, dans l'Est de l'Ukraine.
Une image satellite capturée le 21 août montre, selon l'Otan, un convoi de blindés russes dans la région de Krasnodon, dans l'Est de l'Ukraine. © Digital Globe
Une image satellite capturée le 23 août près de Krasnodon, dans l'Est de l'Ukraine, montre, selon l'Otan, des unités d'artillerie russes en positions de tir.
Une image satellite capturée le 23 août près de Krasnodon, dans l'Est de l'Ukraine, montre, selon l'Otan, des unités d'artillerie russes en positions de tir. © Digital Globe

Pour l'Otan, ces images satellites - sur lesquelles les soldats russes, qui ne portent pas d'insigne, seraient reconnaissables à "leur conduite", celle de "militaires professionnels" - prouvent que la Russie mène des activités militaires directes en Ukraine, en plus de transférer "de grandes quantités d'armes de pointe, notamment des systèmes de défense anti-aérienne, de l'artillerie, des tanks et des blindés" aux forces séparatistes.

• Des soldats russes en "vacances"?

Le chef des séparatistes de Donetsk, Alexandre Zakhartchenko, a tenu mercredi, auprès de la télévision Russia Today, des propos laissant peu de place à l'ambiguïté, affirmant que 3.000 à 4.000 soldats russes combattaient aux côtés des rebelles, avant de préciser qu'il s'agissait de volontaires en permission. "Beaucoup de soldats russes nous ont rejoints, préférant passer leurs vacances non à la plage mais aux côtés de leurs frères luttant pour la liberté du Donbass", a-t-il ainsi temporisé. 

• La Russie dément toute présence sur le sol ukrainien

Face aux accusations de l'Occident, Moscou a démenti, par la voix de son ministère de la Défense, toute présence de troupes russes sur le sol ukrainien. Ces accusations "n'ont aucun rapport avec la réalité", a ainsi affirmé un porte-parole. "Nous avons pris note de ces fausses informations et nous sommes dans l'obligation de décevoir leurs auteurs outre-Atlantique et leurs quelques soutiens en Russie, il s'agit d'un front uni dans la diffamation du ministère russe de la Défense", a-t-il accusé. Plus tôt dans la journée, l'ambassadeur russe à l'OSCE avait assuré, à l'issue d'une réunion à Vienne, qu'il n'y a "pas de soldats russes" en Ukraine.

• L'Occident hausse le ton

Les réactions des puissances occidentales ne se sont pas fait attendre. L'Union européenne s'est dite "extrêmement préoccupée" par les informations de ces dernières heures faisant état d'une incursion des forces russes. De son côté, François Hollande a déclaré qu'une éventuelle présence de soldats russes dans l'Est de l'Ukraine serait "intolérable et inacceptable, demandant à Moscou de "respecter la souveraineté" de son voisin et de "cesser son soutien aux séparatistes", lors d'un discours devant les ambassadeurs français, à Paris.

Le Premier ministre britannique David Cameron a mis en garde la Russie contre de "nouvelles conséquences" si elle ne prend pas un "cap différent" en Ukraine, et la chancelière allemande Angela Merkel a d'ores et déjà évoqué l'éventualité de nouvelles sanctions européennes contre Moscou. Au cours d'une conférence de presse, Barack Obama a jugé qu'il était "évident aux yeux du monde entier" que des forces russes ont pénétré le territoire ukrainien, menaçant à son tour de sanctions supplémentaires. Le président américain a par ailleurs indiqué qu'il recevrait son homologue ukrainien Petro Porochenko à la Maison Blanche, en septembre. Enfin, après la réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, ce jeudi, à New-York, les ambassadeurs auprès de l'Otan feront de même vendredi matin, à Bruxelles.

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