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Syrie: Lavrov et Fabius admettent des "différences d'approche"

Laurent Fabius à Moscou le 17 septembre.

Laurent Fabius à Moscou le 17 septembre. - -

Les chefs des diplomaties française et russe ont reconnu, ce mardi, à Moscou, des désaccords persistants sur le dossier syrien, au lendemain de la publication du rapport de l'ONU.

La France et la Russie ont fait ce mardi à Moscou le constat de désaccords persistants sur la Syrie, tant sur la responsabilité du régime dans l'attaque chimique du 21 août que sur l'adoption d'une résolution contraignante pour Bachar Al-assad.

"Nous avons les raisons les plus sérieuses de penser que c'était une provocation", a rétorqué le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, à son homologue français Laurent Fabius qui venait d'affirmer que le rapport publié la veille par l'ONU ne laissait "aucun doute sur la responsabilité du régime de Damas".

Quant à la résolution "forte et contraignante" que Paris a dit lundi vouloir faire adopter d'ici la fin de la semaine au Conseil de sécurité de l'ONU, Sergueï Lavrov a de facto écarté qu'elle puisse prévoir le recours à la force.

"La résolution ne sera pas sous chapitre 7"

"La résolution qui devra approuver la décision de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques ne sera pas sous chapitre 7", le chapitre de la charte de l'ONU qui prévoit des sanctions et jusqu'au recours à la force, a déclaré Sergueï Lavrov.

"Nous l'avons dit clairement à Genève, et il n'y a rien de tel dans le document que nous avons adopté ", a-t-il ajouté, évoquant l'accord conclu samedi avec le secrétaire d'Etat américain John Kerry sur la mise en oeuvre d'un plan de démantèlement des armes chimiques syriennes.

Ce n'est que dans un deuxième temps, si l'une ou l'autre des parties enfreint les engagements pris, que le Conseil de sécurité pourra envisager une action, a-t-il souligné. Le ministre russe et son homologue français, venu à Moscou, après Pékin dimanche, pour tenter d'infléchir la position de la Russie sur la manière de mettre en oeuvre l'accord de Genève, ont souligné avoir l'objectif commun de trouver une solution politique afin de mettre fin au bain de sang en Syrie, mais ont admis leurs divergences "sur la façon d'atteindre" ce but, a déclaré Sergueï Lavrov.

"Des différences d'approche"

Laurent Fabius a, lui, évoqué des "différences d'approche sur les méthodes". Les désaccords avaient éclaté dès lundi sur les suites à donner à l'accord conclu samedi à Genève entre Russes et Américains sur un plan de démantèlement des armes chimiques syriennes.

Moscou, indéfectible allié du régime syrien, affirme que l'accord conclu à Genève avec le secrétaire d'Etat John Kerry, dont le texte est imprécis sur ce point, ne prévoit pas dans l'immédiat de menacer Damas. Concernant le rapport des inspecteurs de l'ONU sur l'attaque à l'arme chimique qui a fait près de 1.500 morts selon Washington le 21 août près de Damas, Moscou n'avait cessé d'exprimer ses doutes quant aux accusations portées contre le régime.

Sergueï Lavrov avait estimé samedi que le dossier syrien était pétri de "mensonges et falsifications".

"Crime de guerre"

Le présentant lundi aux 15 membres du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a décrit un rapport dont "la lecture donne le frisson", et a qualifié l'attaque de "crime de guerre".

Ses rédacteurs sont des inspecteurs onusiens qui ont enquêté sur le terrain. Sans désigner explicitement les autorités syriennes, le texte dresse des "preuves flagrantes et convaincantes" sur le recours au gaz sarin.

Ban Ki-moon a lui-même demandé au Conseil de sécurité de prévoir des "conséquences" dans "une résolution claire" si Damas ne respecte pas le plan de démantèlement de son arsenal chimique mis au point samedi à Genève par John Kerry et Serueï Lavrov. Le secrétaire général n'a toutefois pas parlé de frappes militaires.

D.N. et A.S. avec AFP