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Libres et lourdement armés, où vont aller les jihadistes qui ont pu fuir Raqqa?

Des membres des Forces démocratiques syriennes à Raqqa, le 28 octobre, après que la ville a été reprise aux mains des jihadistes.

Des membres des Forces démocratiques syriennes à Raqqa, le 28 octobre, après que la ville a été reprise aux mains des jihadistes. - Delil Souleiman - AFP

Une enquête de la BBC révèle que 250 jihadistes de Daesh ont pu fuir Raqqa dans des convois de véhicules, en octobre dernier, avant que la ville ne soit reprise. Ces jihadistes se trouvent désormais en liberté. Parmi eux, des Français.

Des centaines de jihadistes, lâchés dans la nature. Selon une enquête de la BBC, 250 membres de Daesh, dont des étrangers, ont pu quitter Raqqa parmi des convois de civils évacués le 12 octobre, soit quelques jours avant la libération du fief syrien de l'organisation jihadiste par la coalition internationale. Ceux-ci ont emmené avec eux plusieurs tonnes d'armement. 

Cette exfiltration a été rendue possible par un accord passé entre les Forces démocratiques syriennes et Daesh. Dès lors, une question se pose: que vont devenir ces combattants?

Un convoi immense

Le 17 octobre, la ville de Raqqa, bastion syrien de Daesh, était reprise par l'alliance de combattants kurdes et arabes soutenue par les Etats-Unis, après trois ans passés sous le joug des jihadistes. Quelques jours seulement avant cette victoire majeure, interprétée comme un signe de l'effondrement du califat auto-proclamé, un accord avait été passé entre les forces démocratiques syriennes et Daesh pour que des civils soient évacués de la ville. 

Selon l'enquête de la BBC, un convoi composé de bus, de camions et de pick-ups, a ainsi évacué près de 4.000 civils, hommes, femmes et enfants, des zones de combat. Mais plusieurs centaines de combattants de Daesh auraient réussi à prendre place dans des véhicules. En effet, selon les témoignages des chauffeurs ayant participé au convoi, composé dans le détail de 50 camions, 13 bus, et plus d'une centaine de véhicules de type pick-up appartenant à Daesh, des jihadistes étrangers se trouvaient notamment parmi eux.

Les chauffeurs ont expliqué que des milliers de dollars leur ont été promis pour réaliser cette évacuation, à condition qu'elle reste secrète. Le reportage montre des combattants jihadistes en train d'embarquer dans des camions ou des pick-ups, certains portant des armes, d'autres brandissant des bannières de Daesh. 

Lourdement armés

La BBC indique en effet que les jihadistes sont montés dans les camions avec des "tonnes" d'armes et de munitions. Pourtant, l'accord trouvé avec les Forces démocratiques syriennes précisait que les jihadistes ne devaient embarquer qu'avec leur arme personnelle, autrement dit leur kalachnikov, considérée comme une arme légère. 

Mais comme l'explique la chaîne britannique, les jihadistes ont emmené avec eux tout l'armement possible. Dix camions auraient ainsi été entièrement chargés d'armes lourdes et de munitions. Des séquences vidéos filmées secrètement et diffusées par la BBC montrent les jihadistes juchés au sommet des véhicules du convoi (voir à 4 minutes, dans la vidéo ci-dessous)

"Ils ont emmené les mitrailleuses, les lance-roquettes RPG, et les fameuse mitrailleuses lourdes DShK, qui trouent les murs", détaille sur BFMTV le reporter Paul Moreira, qui s'est rendu plusieurs fois en Irak et en Syrie. "C'est un peu inquiétant car c'est une petite armée qui a bougé", estime-t-il. 

Des Français parmi les fuyards 

Un des chauffeurs, interrogé par le reporter de la BBC Quentin Sommerville, estime que des membres de Daesh d'origine française, turque, pakistanaise, saoudienne, chinoise, tunisienne et égyptienne, font partie de ces combattants ayant pu évacuer les lieux. 

Interrogé sur la question, le porte-parole de la coalition anti-Daesh dirigée par les Etats-Unis, le colonel Ryan Dillon, n'a pas démenti ces révélations de la BBC. "De ce que nous avons compris, il y avait 3.500 membres de familles, et 300 combattants de Daesh. Nous ne le savions pas", a-t-il affirmé. 

Où vont-ils aller?

Ces jihadistes sont aujourd’hui encore en liberté. Suivant les cas, ces fuyards ont choisi l'une ou l'autre de ces deux routes: soit celle menant à des poches de résistance disséminées sur le territoire que le "califat" occupait auparavant, en Irak par exemple, soit celle de la frontière turque. 

Face au risque de leur retour en Europe pour commettre des attentats, la frontière avec la Turquie est placée ces derniers mois sous très haute-surveillance.

"A mon sens, l'information de la BBC sur le fait que des jihadistes français auraient déjà traversé la frontière syrienne et se trouveraient en Turquie mérite vérification. C'est très inquiétant. Mais j'ai un doute car la Turquie a érigé un mur infranchissable, elle vient de le finir. Pour passer la frontière, il faudrait des complicités turques", estime à ce sujet Paul Moreira. 

A l'heure actuelle, une dizaine de jihadistes français, dont des femmes, auraient été arrêtés sur place et seraient détenus, en Syrie et en Irak. Un décompte qui n'inclut pas les enfants. Le droit international va s'appliquer pour ces individus. Ceux qui ont été interpellés en Irak seront jugés sur place, mais ce sera beaucoup plus compliqué pour ceux arrêtés en Syrie, le régime de Bachar al-Assad n'étant pas reconnu par le droit international. A ce sujet, le président de la République Emmanuel Macron indiquait la semaine dernière que le traitement serait fait au "cas par cas"

Adrienne Sigel