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Après la chute de Raqqa, quel sort pour les jihadistes français sur place?

Après quatre mois de bataille, la ville de Raqqa, en Syrie, a été totalement reprise des mains de Daesh ce mardi matin, une victoire majeure contre l'organisation terroriste. La question du sort des jihadistes français et de leur éventuel retour en France fait désormais débat.

La ville de Raqqa a été le théâtre de combats depuis le 29 juin 2014, date à laquelle l’Etat islamique y a débuté son règne de la terreur, entraînant la mort de 3.250 personnes. Une coalition arabo-kurde soutenue par l’aviation américaine avait lancé la reconquête de la ville en novembre 2016. Ce mardi, l’ancien fief de Daesh a finalement été libéré.

"Neutraliser le maximum de jihadistes"

Mais il reste une question importante à régler: que vont devenir les quelque 700 combattants jihadistes toujours présents sur place? "Ils ont le choix: se rendre ou mourir", a déclaré la porte-parole de l’offensive de Raqqa, cette opération visant à reprendre la ville que Daesh tenait prisonnière.

Les jihadistes doivent-ils être éliminés avant de pouvoir revenir sur le territoire français? Les autorités redoutent particulièrement le retour de ces combattants, qui pourraient commettre de nouveaux attentats. Cette crainte est d’autant plus justifiée lorsque l’on sait que plusieurs actes terroristes, comme celui du Bataclan ou du Stade de France, ont été organisés depuis Raqqa.

La coalition internationale a affirmé ne pas accepter la reddition des combattants. A l’échelle nationale, l’objectif est de "neutraliser le maximum de jihadistes", comme l’a soutenu Florence Parly sur Europe 1. "S’il y a des jihadistes qui périssent dans ces combats, je dirais que c’est tant mieux", a poursuivi la ministre des Armées.

Des questions juridiques et morales

Mais les combattants ennemis peuvent-ils être individuellement ciblés de la sorte? Pour Vincent Nouzille, journaliste d’investigation et auteur de Erreurs fatales, cela pose "des questions juridiques et morales". Juridiques, parce que ces personnes auraient pu être "poursuivies par la justice", et morales, car "cela s’appelle appliquer une forme de peine de mort avant qu’il n’y ait eu un quelconque jugement", affirme-t-il sur Franceinfo.

Cette pratique ne semble pourtant pas taboue. Dans son livre Un président ne devrait pas dire ça, l’ancien chef de l’Etat, François Hollande, confiait avoir "décidé au moins quatre" assassinats ciblés, ajoutant que "d’autres présidents en ont décidé davantage", faisant référence à ces exécutions ciblées.

La création d’un "Guantanamo français", comme l’ont fait les Américains avec les militants d’Al-Qaïda après le 11 septembre 2001, a été envisagée pendant un temps, explique Ulysse Gosset, notre spécialiste des questions internationales. Mais cette décision n’a pas été prise du fait du faible nombre de revenants en France, que l’on estime à 237.

Le destin des familles

Des familles françaises se sont réfugiées dans des camps non loin de la ville de Raqqa. Des milliers de mères et leurs enfants, dont les passeports ont été confisqués, disent vouloir "rentrer à la maison", rapporte Franceinfo. Peu de solutions s’offrent à ces familles de jihadistes pour le moment.

Nicole Belloubet a expliqué sur France Inter ce mardi que les familles françaises réfugiées au nord de Raqqa seraient "judiciarisées" si elles rentrent en France. Des "mesures extrêmement strictes et rigoureuses" seront appliquées, a prévenu la ministre de la Justice. Quant aux enfants, ils seront "placés" ou "pris en charge".

Concernant les "combattants étrangers" de Daesh, un accord d'évacuation conclu ce samedi a permis à une partie de quitter Raqqa, alors en passe d'être libérée. Ils pourraient possiblement rejoindre des territoires de la province de Deir Ezzor, toujours aux mains de Daesh.

Justine Beauvais