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Libération d'un sergent américain: Bowe Bergdahl déserteur ou héros?

Le sergent de l'armée américaine Bowe Bergdahl lors de sa libération

Le sergent de l'armée américaine Bowe Bergdahl lors de sa libération - -

Le sergent Bowe Bergdahl a été libéré samedi 31 mai après cinq ans de captivité en Afghanistan. Il était le dernier prisonnier de guerre américain dans le monde. Pour la diplomatie de l'administration Obama, c'est une grande victoire. Pourtant, depuis l'annonce de sa libération, des voix discordantes se font entendre. Bowe Bergdahl est même accusé de désertion...

Depuis l'annonce de la libération du sergent de l'armée américaine Bowe Bergdahl, les Etats-Unis semblent frappés de ce que l'on pourrait qualifier de syndrome Homeland: dans cette série à succès d'outre-Atlantique, un soldat américain est arraché des griffes de ses geôliers irakiens, après huit années de captivité. Sans aller jusqu'à accuser Bowe Bergdahl d'être devenu un taliban, son "cas" alimente un grand nombre de questions.

Bowe Bergdahl est-il un héros?

Oui, si l'on en croit les autorités d'Hailey, sa ville natale, une petite cité de l'Idaho où ont fleuri de nombreuses pancartes célébrant sa libération. "Bowe enfin libre !" peut-on lire sur la devanture des magasins. Selon Fox News, les autorités municipales ont déjà prévu des réjouissances quand l'enfant du pays sera réellement de retour chez lui.

Chez lui? C'est ici que commencent les questions. Selon les sources, Bowe Bergdahl serait né à Hailey, tandis que pour d'autres, il aurait vu le jour à Sun Valley (c'est notamment ce qui dit sa page Wikipédia), à 30 minutes de route. Mais on peut aussi lire que le sergent serait né à Boise, Idaho, à près de trois heures de voiture.

Quoi qu'il en soit, pour l'administration Obama, Bowe Bergdahl est, à défaut d'un héros, un symbole particulièrement fort. Que ce soit à la Maison Blanche ou au Pentagone, on se félicite d'avoir honoré la promesse de ne pas laisser un camarade sur le terrain et d'avoir récupéré un soldat prisonnier depuis cinq ans, quitte à l'avoir échangé contre cinq cadres talibans.

> Bowe Bergdahl est-il un déserteur?

Selon certains militaires, y compris des membres de sa propre unité, la réponse est oui. Lecteur assidu, il voulait avant tout porter assistance aux opprimés. Eduqué à la maison par ses parents, il avait tenté le voyage à Paris pour s'engager dans la Légion Etrangère, qui l'avait refusé.

Brutalement ramené sur terre lors de son déploiement en Afghanistan après avoir vu un Hummer rouler sur un enfant, cet idéaliste aurait pu craquer, selon certains de ses camarades. Les circonstances de sa disparition, le 30 juin 2009, alors qu'il est stationné dans un poste avancé de la province de Paktika sont en effet troubles. Un ancien officier qui a participé aux recherches, Nathan Bradley Bethea, l'accuse même de désertion, dans une tribune publiée sur le site du Daily Beast. "Il est en sécurité et il est maintenant temps de dire la vérité", écrit-il. "Et la vérité est que Bergdahl était un déserteur et que des soldats de son unité sont morts en tentant de le retrouver".

Tout en faisant part de sa "compassion", il décrit le départ du soldat de la "Blackfoot Company", à pied, sans casque ni fusil, juste avec une boussole et un couteau. Un membre de son unité, le soldat Jose Baggett a tenu le même discours sur CNN: "Il s'est barré. Il était là-bas pour nous protéger et au lieu de ça, il a décidé de tracer son propre chemin". Sur Facebook, un groupe intitulé "Bowe Bergdahl is NOT a hero" se fait le relais d'une pétition pour demander de "punir" le soldat pour abandon de poste.

Pourtant, les autorités n'ont jamais considéré sa disparition comme un abandon de poste ou une désertion. Le colonel Steven Warren, un porte-parole du Pentagone, explique quand même "qu'il y aura un temps à l'avenir de gérer toutes ces questions". Sur CNN et par la voix d'un porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby, Les instances ont aussi reconnu n'avoir "toujours pas d'idée précise sur ce qui a provoqué son départ de la base cette nuit-là".

> Bowe Bergdahl court-il un risque ?

Oui, si les autorités américaines sont convaincues qu'il a bien voulu déserter. La désertion en temps de guerre reste théoriquement passible de la peine de mort aux Etats-Unis.

En 2004, le sergent Charles Robert Jenkins, qui avait quitté son poste à la frontière intercoréenne en 1965 et passé près de 40 ans dans les mains des Nord-Coréens avant d'être libéré, avait été condamné à 30 jours de détention. Sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux à considérer que, quelles que soient ses actions passées, Bowe Bergdhal a assez souffert après cinq ans en captivité.

Mais Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, a confirmé qu'une enquête aurait bien lieu. "Le département de la Défense va continuer à évaluer toutes les circonstances entourant sa détention initiale et sa captivité", a-t-il déclaré lundi.

> Bowe Bergdahl est-il un enjeu politique ?

A l'évidence, oui. Si le président Obama a affirmé avec force dans son allocution annonçant la libération du sergent Bergdahl, que "les Etats-Unis n’abandonnent jamais nos hommes et femmes en uniforme", ses adversaires républicains se sont étranglés de rage devant le prix à payer en échange: la libération de cinq cadres talibans jusqu'alors détenus à Guantánamo.

Mike Rogers, président républicain de la commission des renseignements de la Chambre des Représentants, s'insurgeait contre ce qu'il qualifiait de "rupture" avec la politique américaine. "Quand on négocie comme cela, on envoie le message à tous les groupes d’Al-Qaïda à travers le monde que les otages ont une vraie valeur marchande, c’est dangereux. Et nous avons maintenant fixé le prix d’un Américain: pour un Américain pris, on obtient cinq des siens", a-t-il expliqué sur CNN.

"Les États-Unis ont toujours eu une règle sacrée: nous ne laissons pas derrière nous nos hommes et femmes en uniforme", a martelé le président Obama lorsqu'on lui a posé la question lors d'un point presse à Varsovie. "Si un Américain est en captivité, nous devons le ramener. Point. Point final", a insisté le commandant en chef des forces armées. Et ce, même s'il y a des zones d'ombre dans l'histoire qui n'est pas sans rappeler le scénario d'une fameuse série à succès.

G.C. avec AFP