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Sergent américain libéré en Afghanistan: l'inconnue Bowe Bergdahl

Le sergent Bowe Bergdahl, libéré samedi après cinq ans de captivité en Afghanistan.

Le sergent Bowe Bergdahl, libéré samedi après cinq ans de captivité en Afghanistan. - -

PORTRAIT - Bowe Bergdahl, considéré comme le seul prisonnier de guerre américain dans le monde, a été libéré samedi après cinq ans de captivité en Afghanistan. Mais aux Etats-Unis, sa libération n'a pas suscité une joie unanime. Explications.

Le 30 juin 2009, le sergent Bowe Bergdahl disparaît en Afghanistan. Ce sous-officier de l'armée américaine se trouvait sur une base près de la frontière du Pakistan, dans une zone connue comme un bastion taliban. Cinq ans s'écouleront avant que le président Obama n'annonce, samedi, sa libération. Mais les conditions de sa capture et de sa libération, qui évoquent évidemment la trame de la série Homeland, interrogent.

La jeunesse de Bowe Robert Bergdahl, né dans l'Idaho en mars 1986, ne laissait pas présager ce destin. Ses parents, qui ont eux-même bâti leur corps de ferme, sont protestants pratiquants. Ils ne pas scolarisent pas leurs deux enfants et d'assurent eux-même leur instruction dans les principes de leur foi: "l'éthique et la moralité", raconte en 2012 le père de Bowe au magazine Rolling Stone (lien en anglais), alors que son fils se trouve en captivité.

Mais cette jeunesse préservée a forgé, en réaction, un esprit d'aventurier chez le jeune Bowe: à 20 ans, il s'envole pour Paris dans le but de coiffer le béret vert de la Légion étrangère. Mais, selon son père, son profil de "garçon élevé à la maison" ne séduit pas les instructeurs et sa demande est rejetée. Il s'engage finalement dans les rangs de l'armée américaine début 2007, et termine ses classes à l'automne 2008.

Le seul prisonnier de guerre américain

Puis vient l'Afghanistan. Bowe Berghal sert comme sous-officier dans un régiment de fantassins de l'Alaska. Il n'a été débarqué que depuis cinq mois quand il est kidnappé par les talibans, le 30 juin 2009.

Trois semaines plus tard, une première vidéo de lui est diffusée. Vingt-huit minutes au cours desquelles le soldat apparaît effrayé, note à l'époque la presse américaine. Peu après sa diffusion, le Pentagone identifie les talibans comme les geôliers de Bowe Berdahl, et le considèrent comme "otage". Le jeune homme devient dès lors un sérieux enjeu de négociation entre le Pentagone et les talibans. Il est en effet le seul prisonnier de guerre américain dans le monde. Il faut sauver le sergent Bergdahl...

Il ne faut que quelques mois aux autorités pour connaître les revendications des geôliers de leur soldat. Plusieurs autres vidéos suivent la première; dans l'une d'elles, publiée en 2010, le jeune homme demande la libération de prisonniers afghans détenus à Guantanamo et à Bagram.

Échangé contre cinq prisonniers talibans

C'est ce prix qu'a finalement payé l'administration américaine pour obtenir sa libération. Quand Barack Obama annonce, samedi la libération de Bowe Bergdahl, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel fait de manière simultanée part de l'élargissement de cinq prisonniers de Guantanamo, transférés vers le Qatar, pays qui a joué les intermédiaires.

De vives critiques ont aussitôt suivi ce "deal". Pour le républicain Mike Rodgers, président de la commission du Renseignement à la Chambre des représentants, un tel accord constitue "un signe d'encouragement donné aux terroristes du monde entier pour qu'ils enlèvent davantages d'Américains." "En négociant comme on l'a fait ici, on envoie à tous les groupes Al-Qaïda dans le monde le message selon lequel les otages ont encore plus de valeur qu'avant. C'est dangereux", a-t-il pointé sur CNN.

Mais les adversaires politiques de Barack Obama n'ont pas été les seuls à pointer du doigt la gestion de cette crise. Dans les rangs de l'armée, certains dénoncent aussi les risques pris par Washington pour sauver le sergent Bergdahl.

Pour certains camarades, il a déserté

Plusieurs voix s'élèvent en effet sur le comportement du sous-officier le jour où il a disparu. Pris en otage? Pour certains de ses camarades, qui ont témoigné dimanche sur CNN, le sous-officier tentait de déserter. Pour ces soldats, Bergdahl a du moins quitté le poste d'observation où il était de garde ce jour-là.

Le ressentiment émane des troupes. Les camarades de Bergdahl insistent sur le fait que six soldats américains ont été tués en cinq ans de recherche et que, dans les jours et les semaines qui sont suivi sa disparition, la fréquence des attaques contre les unités américaines ont augmenté dans la région.

La ville de Hailey, 7.000 habitants, n'a cure de ces critiques. Elle attend avec impatience le retour de Bowe Bergdahl. Dès samedi, des responsables américains ont tenu a signaler que le jeune homme, aujourd'hui âgé de 28 ans, était "en bonne santé et capable de marcher seul". Depuis, la ville célèbre avec émotion la libération de l'enfant du pays.

Mathilde Tournier