BFMTV

Liste de recrues de Daesh: une arme pour les services de renseignement occidentaux

Un Falcon de l'US Air Force de la coalition internationale de lutte contre Daesh survole l'Afghanistan, le 29 décembre 2015.

Un Falcon de l'US Air Force de la coalition internationale de lutte contre Daesh survole l'Afghanistan, le 29 décembre 2015. - Staff Sgt. Corey Hook / US Air Forces Central Command - AFP

La chaîne de télévision Sky News affirme détenir un fichier de 22.000 noms de recrues de Daesh, que les autorités occidentales entendent bien retourner contre l'organisation terroriste.

Le fichier de 22.000 noms de recrues de Daesh qu'affirme détenir la chaîne d'information britannique Sky News pourrait devenir une véritable arme contre l'organisation terroriste. S'il est authentifié, il pourrait être très utile aux autorités occidentales.

Une "mine d'or" pour les autorités occidentales

"C'est un coup fantastique", s'est réjoui l'ancien chef du contre-terrorisme britannique, Richard Barrett, sur Sky News. "Ces informations sont une véritable mine d'or, en termes d'informations mais aussi de compréhension. Elles vont intéresser beaucoup de monde, en particulier les services de sécurité et de renseignement".

Grâce aux noms et autres informations de ces questionnaires remplis par les recrues de Daesh, les autorités vont tenter de localiser les individus en question. Une tâche facile pour certains, qui sont déjà connus des services de renseignement. Pour d'autres s'annonce un minutieux travail de recoupement.

"Tout est exploitable", précise Jacques Di Bona, consultant BFMTV pour les questions de lutte antiterroriste. "On a vu comment ça s'est passé après les attentats de novembre, à partir d'un nom vous vous retrouvez avec des adresses, des numéros de téléphone, vous remontez des filières entières. Ils sont très nombreux. Ils ne sont jamais tout seuls, ce sont des fratries, des gens des mêmes quartiers".

"Les inconvénients d'être un Etat et une bureaucratie"

On savait déjà que Daesh avait un réseau de financement varié, et des grilles de salaires précises. Plus d'un an après que le groupe a annoncé vouloir frapper sa propre monnaie, on a aujourd'hui la preuve, si elle est authentique, qu'il a également construit une véritable administration. Daesh pourrait alors payer le prix de cette organisation.

"Plus l'Etat islamique se développe, plus ça devient, forcément, une bureaucratie", analyse François-Bernard Huyghe, directeur de recherche à l'Iris, sur le plateau de BFMTV. "Et si vous êtes une bureaucratie, vous faites des dossiers, vous remplissez des informations, vous fichez les gens. Et si ça fuite c'est évidemment utile à votre adversaire. Donc là, c'est une sorte de crise de croissance de l'Etat islamique. Ils voulaient être un Etat, ils vont découvrir les inconvénients d'être un Etat et une bureaucratie".

Un des obstacles que rencontrent les services de renseignement occidentaux est en effet quantitatif, selon le chercheur. Fin novembre, le Premier ministre Manuel Valls rappelait par exemple que 20.000 individus étaient fichés S en France. Les comparer avec ce fichier permettra alors de "trier et de concentrer les efforts sur ceux qui sont vraiment dangereux", prédit François-Bernard Huyghe.

Le fichier à l'étude en Allemagne

Outre-Rhin en tout cas, les autorités sont déjà à pied d'oeuvre. Le ministre de l'Intérieur allemand, Thomas de Maizière, a en effet d'ores et déjà affirmé que la liste était authentique, selon les services de renseignement de son pays.

"Cela fait deux jours que la police ici travaille sur ces listes de noms, puisque lundi trois médias allemands ont affirmé avoir obtenu ces questionnaires pour les recrues de l'Etat islamique à la frontière turco-syrienne", explique Adeline Percept, correspondante de BFMTV à Berlin. "Documents qui sont aussi en possession des services de renseignement allemands. Il s'agirait en fait d'une partie des 22.000 documents que possède Sky News".

Pour l'instant, aucun commentaire n'a été fait sur le sujet par les autorités françaises. Selon RTL, le fichier contiendrait des informations sur 500 ressortissants de l'Hexagone.

H. M. avec Diane Gouffrant, Emeline d'Harcourt et Sébastien Savoye