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Intrusion dans le Capitole: qui sont les émeutiers?

"QAnon Shaman", à l'intérieur du Capitole à Washington, le 7 janvier 2020

"QAnon Shaman", à l'intérieur du Capitole à Washington, le 7 janvier 2020 - Saul LOEB / AFP

Plusieurs manifestants pro-Trump ayant pénétré dans le Capitole mercredi à Washington ont été identifiés comme des figures de mouvements américains conspirationnistes et/ou racistes.

Chaos au Congrès. Parmi les milliers de manifestants pro-Trump, protestant devant le Capitole de Washington mercredi, plusieurs dizaines ont pénétré de force à l'intérieur du bâtiment, interrompant la session qui devait confirmer la victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle. Des bureaux d'élus ont été saccagés par les émeutiers, et une femme a trouvé la mort, après avoir été blessée par balle par un policier. Trois autres personnes sont mortes dans des circonstances encore à clarifier.

Parmi les individus ayant pénétré à l'intérieur du bâtiment, plusieurs figures ont été identifiées comme appartenant au mouvement complotiste QAnon et à celui des Proud Boys, une organisation américaine néo-fasciste. D'autres membres de groupes et groupuscules d'extrême-droite américains étaient présents dans le Capitole.

· La mouvance conspirationniste QAnon

Des membres du mouvement QAnon ont été repérés par les médias américains parmi les émeutiers. Les membres de cette mouvance proche de l’extrême droite sur l’échiquier politique sont très largement adeptes des théories du complot, et un relai pro-Trump important sur les réseaux sociaux. Ils soutiennent notamment la théorie d'une secte libérale mondiale composée de pédophiles satanistes.

Parmi eux, le plus remarqué mercredi a sans aucun doute été Jake Angeli, aussi surnommé "Qanon Shaman". Cet homme, apparu sur de nombreux clichés et vidéos mercredi, est une figure identifiée de ce mouvement, notamment grâce à son costume, devenu célèbre lors de l'assaut au Capitole: un visage peint et une peau de bête agrémentée de cornes.

Ces derniers mois, il a participé à plusieurs marches pro-Trump en Arizona, note CNN. L'un des tatouages qu'il porte sur son torse, représentant trois triangles entrecroisés, nommé Valknut, se réfère au Wotanisme, une forme d'idéologie tirée du panthéon nordique et germanique, désormais utilisée dans les sphères racistes, antisémites et néonazies.

· Les ultra-droites des Proud Boys

Plusieurs manifestants interrogés par l'AFP se sont présentés comme membres des Proud Boys mercredi, alors que le rassemblement n'avait pas encore dégénéré. La police, redoutant des violences potentielles à Washington, avait interpellé leur leader lundi, notamment pour la détention illégale de deux chargeurs de munitions à haute capacité.

Les Proud Boys sont identifiés comme une organisation américaine néo-fasciste, et "au cours des quatre dernières années, le groupe s'est engagé dans des affrontements dans des villes comme Portland, en Oregon, et Berkeley, en Californie, ainsi qu'à la célèbre marche néo-nazie à Charlottesville, en Virginie, en 2017" organisée par un de ses membres, écrit le New York Times. CNN a identifié, parmi les émeutiers, Nick Ochs, le fondateur de Proud Boys Hawaii.

· Des figures nationalistes et d'extrême droite

Plusieurs individus présents dans le Capitole ont été identifiés par la presse américaine, et font partie de groupes d'extrême droite, ou s'en revendiquent. Le nom de Jason Tankersley a par exemple été cité par le média américain Mashable. Le site Philly Antifa, qui expose certains militants d'extrême droite, le qualifie de "nazi", ayant été affilié à différents groupes prônant cette idéologie.

Plusieurs médias américains ont aussi repéré la présence du suprémaciste blanc Tim Gionet, surnommé "Baked Alaska", dans le Capitole, notamment parce qu'il a réalisé puis publié un live depuis l'intérieur du bâtiment mercredi. Il fait partie des figures connues ayant participé aux manifestations d'extrême droite à Charlottesville (Virginie) en 2017, qui avait provoqué des violence, et la mort d'une contre-manifestante antiraciste.

Fervent supporteur de Trump et militant pro-arme, Richard Barnett fait partie des personnes qui sont rentrées dans le Capitole. Il est même le protagoniste d'une photo qui a marqué mercredi soir, sur laquelle on le voit dans le bureau de la représentante démocrate Nancy Pelosi, les pieds sur la table. L'homme se revendique comme nationaliste blanc, et a partagé et publié sur ses réseaux sociaux de nombreuses fausses allégations assurant que l'élection présidentielle avait été truquée, note le Washington Post.

Richard Barnett le 6 janvier 2021 dans le bureau de Nancy Pelosi
Richard Barnett le 6 janvier 2021 dans le bureau de Nancy Pelosi © SAUL LOEB / AFP

· Des profils moins extrêmes

Tous les manifestants ayant pénétré dans le Capitole ne présentent pas forcément un profil de suprémaciste blanc et une appartenance à des groupes néo-nazis. Ashli Babbitt, tuée par balle par un policier dans le bâtiment, était une ancienne militaire, ayant effectué quatre déploiements avec l'armée de l'air américaine, selon des déclarations de son époux à la chaîne KUSI.

Interrogé par BFMTV, un manifestant masqué déclarant être entré dans la Capitole expliquait mercredi soir avoir pénétré dans les lieux pour filmer ce qui s'y déroulait, et documenter la soirée, "je n'ai pas été attaqué, j'étais plutôt dans une démarche journalistique", explique-t-il.

Notre correspondante sur place a également expliqué à plusieurs reprises que la majorité des manifestants, restée dehors devant le Capitole, était assez perplexe quant au déroulement de la soirée, et qu'une bonne partie avait choisi de quitter les lieux après que Donald Trump leur a demandé de "rentrer chez eux", et avant le couvre-feu mis en place à 18h par la maire de Washington.

De nombreuses rumeurs, alimentées par des pro-Trump, ont assuré que les assaillants du Capitole étant en réalité des anti-fascistes, réfutant ainsi la violence des manifestants de leur propre camp. Mais comme l'expliquent le New York Times, et Le Monde en France, ces informations sont fausses.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV