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Fusillade à Las Vegas: l'enquête avance 

L'hôtel Mandalay à Las Vegas

L'hôtel Mandalay à Las Vegas - Mark RALSTON / AFP

Dimanche soir, Stephen Paddock tuait 58 personnes et en blessait plus de 500 en tirant sur une foule venue écouter un concert, depuis sa chambre d'hôtel à Las Vegas. Si ses motivations restent inconnues, la police cerne mieux le personnage et le déroulement de la tuerie.

Bien que les raisons qui ont poussé Stephen Paddock, sexagénaire aisé et joueur invétéré, à emporter la vie de 58 personnes et à en blesser plus de 500 à Las Vegas dimanche soir restent inconnues, l'enquête de la police américaine avance. La presse américaine s'en est fait l'écho ce mercredi. Du système aussi meurtrier que défensif qu'il a mis en place dans sa chambre d'hôtel à son passé tant personnel que professionnel en passant par sa relation avec sa compagne Marilou Danley, les éléments de ce terrifiant puzzle commencent à s'assembler. 

Ecriteau, vidéosurveillance et armes à feu

Dimanche, au moment où en contrebas, une foule écoutait les dernières mesures d'un concert country, Stephen Paddock a brisé la fenêtre de sa suite avant de faire feu. Comme le note ce mercredi le Washington Post dans cet article notamment, l'assassin avait pris ses précautions au préalable. Pour surveiller l'éventuel assaut de la police, il avait dissimulé trois caméras: l'une au niveau du judas de sa porte d'entrée, deux autres dans le couloir dont l'une dans un chariot de service. 

Il avait également mis en place un autre dispositif, plus rudimentaire, pour assurer sa tranquillité durant ses préparatifs, selon le New York Times: à son arrivée jeudi dernier dans sa suite, il avait placé un écriteau signalant qu'il ne voulait pas être dérangé à la porte d'entrée. Ce simple stratagème a pu décourager le personnel chargé de l'entretien de la chambre et qui aurait été susceptible d'y découvrir l'arsenal, vingt-trois armes dont des fusils trafiqués pour pouvoir tirer des rafales similaires à celles éjectées par les armes automatiques, qu'il y avait entreposé. 

Les modalités de l'acheminement de cette armada jusqu'à son lieu de résidence dans l'hôtel ont d'ailleurs retenu l'attention des observateurs et des enquêteurs dans les heures qui ont suivi le drame. Le journal new yorkais avance une explication: une dizaine de mallettes gisaient sur le sol de sa location. Il a pu les utiliser pour transporter son matériel. 

Un mystérieux versement vers les Philippines 

Selon le quotidien de Washington, les enquêteurs ont mis au jour une intrigante transaction. Dans les semaines précédant son crime, il a envoyé environ 100.000 dollars vers les Philippines. Les investigations planchent sur cette somme. Il faut cependant noter que sa petite amie Marilou Danley était elle-même d'origine philippine, bien que dotée d'un passeport australien, et qu'elle se trouvait dans l'archipel au moment de la tuerie. Elle était arrivée à Manille le 25 septembre, selon la presse américaine et est rentrée aux Etats-Unis mardi soir, accueillie par les forces de l'ordre. Alors qu'elle est interrogée par celles-ci, son avocat a d'ailleurs assuré que sa cliente ignorait le projet de son compagnon. Dans une déclaration qu'il a lue, Matthew Lombard a ainsi relayé les paroles de Marilou Danley qui a déclaré avoir connu en Stephen Padock un "homme gentil, attentif, tranquille". "Il ne m'a jamais rien dit" laissant entrevoir "que quelque chose d'horrible allait se passer", a-t-elle également livré. 

Interviewée à la télévision australienne, l'une des soeurs de Marilou Danley a estimé que cet argent était le signe que celle-ci n'était au courant de rien et qu'elle avait été "envoyée au loin" par son compagnon: “Elle a été envoyée au loin. Il l'a éloignée pour qu'elle n'interfère pas avec son plan". Le frère cadet du tireur, Eric Paddock, y a vu une preuve d'amour et la volonté de Stephen Paddock de permettre à sa petite amie de vivre à l'étranger après le carnage. "Ils étaient adorables, grand bonhomme, petite femme. Il l'aimait. Il en était fou", a-t-il dit. 

  • Paddock-Danley: couple idyllique ou humiliation permanente? 

Cet amour, et l'harmonie du couple, sont cependant sujets à caution. Le Washington Post a enquêté sur cette relation dans cet article. Marilou Danley, aujourd'hui âgée de 62 ans, a rencontré Stephen Paddock, alors qu'elle exerçait le métier d'hôtesse au Club Paradise dans un casino de Reno, dans le Nevada, un établissement que le joueur fréquentait. Ils ont emménagé ensemble en août 2013, alors même que Marilou Danley était encore mariée à un homme dont elle n'a divorcé qu'en 2015. Stephen Paddock avait, lui, déjà divorcé par deux fois. 

Si Stephen Paddock était souvent jugé "bourru, taciturne, distant" selon des termes recueillis par les reporters américains, Marilou Danley était populaire auprès du voisinage. En revanche, des témoins ont évoqué des scènes désagréables, lors desquelles son compagnon la rabaissait en public, telle cette gérante d'un café de Mesquite, ville de résidence principale de Stephen Paddock qui se souvient que, "souvent", lorsque Marilou Danley lui demandait à utiliser sa carte de casino pour faire un règlement: "Il la toisait, avec un regard méchant, et disait: 'Tu n'en as pas besoin. Je paye tes verres, comme je paye pour toi'. 

Le passé familial de Paddock se dévoile

Lundi, quelques heures après l'horreur, Daesh revendiquait ce geste fou. Mais cette proclamation des islamistes, assurant que le tireur s'était converti à l'islam quelques mois plus tôt et était un "soldat du Califat", est jusqu'ici rejetée par les autorités américaines. Aucun lien tangible entre Stephen Paddock et le jihadisme n'a été relevé à ce stade de l'enquête. Mais Stephen Paddock, inconnu des services de police, a été exposé très jeune à la violence à travers son père. Ce dernier était braqueur et dans les années 60, l'un des hommes les plus activement recherchés par le FBI pendant un temps. 

Dans la presse américaine, une histoire vieille de 57 ans a refait surface. Le 28 juillet 1960, une de ses voisines avait emmené nager Stephen Paddock, âgé de sept ans, pour qu'il n'assiste pas à l'arrestation imminente de son père. Celui-ci s'est par la suite évadé par deux fois et n'a eu que peu de contacts avec ses enfants. A l'évidence, les liens étaient par ailleurs distendus dans cette fratrie. Stephen Paddock ne parlait plus, et encore, par SMS la majeure partie du temps, qu'à Eric et ignorait désormais ses autres frères, Bruce et Patrick. 

Son passé professionnel présente moins d'aspérités. S'il était désormais retraité et investisseur aisé dans le monde de l'immobilier, en 1976, il était facteur pour la société US Postal. Il a plus tard été agent du fisc américain puis a travaillé pour une agence procédant à des audits sur les contrats du département de la Défense. C'est cependant dans cette vie à la trajectoire tantôt anodine, tantôt nébuleuse que les enquêteurs fouillent pour en extraire l'élément déclencheur de la plus effroyable tuerie de l'histoire des Etats-Unis, à ce jour. 

Robin Verner