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Un navire de militants anti-migrants se dirige vers la Tunisie

Une banderole "Stop Human Trafficking" sur le C-Star, navire affrété par le groupe d'extrême-droite Génération Identitaire, août 2017, au large des côtes libyennes.

Une banderole "Stop Human Trafficking" sur le C-Star, navire affrété par le groupe d'extrême-droite Génération Identitaire, août 2017, au large des côtes libyennes. - Angelos Tzortzinis - AFP

Après avoir filé le navire d'une ONG au large de la Lybie, le bateau transportant des militants d'extrême-droite est en route vers la Tunisie, où des pêcheurs comptent leur interdire l'accès au port de Zarzis.

Un navire transportant des militants européens d'extrême droite voulant repousser les embarcations de migrants vers l'Afrique naviguait ce dimanche vers la Tunisie, après avoir brièvement filé samedi le bateau d'une ONG en mission de secours au large de la Libye.

Le C-Star, navire de 40 mètres loué par le groupe d'extrême droite "Génération identitaire", était arrivé samedi près des côtes libyennes. Des dizaines de milliers de migrants à bord d'embarcations de fortune, envoyées en mer par les passeurs, y ont été secourus ces dernières années par des garde-côtes, navires marchands ou ONG.

Leur mission "Défendons l'Europe" a été financée grâce à une campagne participative lancée par des jeunes militants anti-immigration français, allemands et italiens.

Une initiative dénoncée par les ONG

Sur son site internet, "Défendons l'Europe" accuse les ONG de "faire passer clandestinement des centaines de milliers de migrants illégaux en Europe, menaçant ainsi la sécurité et l'avenir de notre continent" et promet de "faire quelque chose pour s'y opposer". L'initiative a été dénoncée par les organisations humanitaires comme un coup de publicité potentiellement dangereux.

Un des militants identitaires français, Clément Galant, a posté sur Twitter le 1er août une vidéo tournée depuis le C-Star, expliquant que le bateau reconduirait vers les côtes africaines toutes les embarcations de migrants qu'il rencontrerait. Forcer un bateau croisant dans les eaux internationales à gagner la Libye serait illégal selon le droit maritime international.

Les gardes-côtes italiens considèrent que la Libye n'offre pas de "port sûr" au regard du droit maritime et organisent toujours le transfert vers l'Italie des migrants secourus sous leur coordination.

Des pêcheurs tunisiens se sont mobilisés dimanche dans le port de Zarzis, dans le sud-est de la Tunisie, pour "dire non" à un éventuel accostage de ce bateau.

"Nous, laisser entrer des racistes ici? Jamais"

"Nous sommes en train de suivre ses mouvements sur internet et à 80% il se dirige vers Zarzis", ville proche de la frontière libyenne, a déclaré le président de l'Association des marins pêcheurs, Chamseddine Bourassine.

S'il s'approche du port, "nous allons fermer le canal qui sert au ravitaillement. C'est la moindre des choses vu ce qui se passe en Méditerranée, la mort de musulmans et d'Africains" en mer, a-t-il ajouté.

"Comment? Nous, laisser entrer des racistes ici? Jamais", a de son côté dit à l'AFP un responsable du port de Zarzis sous couvert d'anonymat.

Vendredi, l'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) s'est dite opposée à ce que le C-Star "accoste dans les ports tunisiens" et a appelé "le gouvernement à ne pas coopérer avec son équipage raciste et dangereux".

Plus de 2 360 morts depuis janvier

Selon les derniers chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 111.000 migrants sont arrivés en Europe par la mer depuis le premier janvier, dont près de 93.500 en Italie. Plus de 2 360 sont morts en tentant la traversée.

Les bâtiments affrétés par les ONG ont aidé environ un tiers des quelque 100.000 personnes secourues cette année au large de la Libye et convoyées vers l'Italie, selon les garde-côtes du pays.

Mais certains reprochent aux ONG de faciliter le travail des passeurs en garantissant un passage en toute sécurité vers l'Europe.

L'Italie a averti jeudi les organisations secourant les migrants en Méditerranée centrale qu'elles ne pourraient pas poursuivre leur mission si elles ne se conformaient pas à un "code de conduite" élaboré par Rome.

L.A., avec AFP