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Référendum: comment la Crimée prépare l'après-Ukraine

A Sébastopol, une affiche annonçant le référendum du 16 mars, en Crimée, assimile le gouvernement de Kiev à un gouvernement nazi.

A Sébastopol, une affiche annonçant le référendum du 16 mars, en Crimée, assimile le gouvernement de Kiev à un gouvernement nazi. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Les députés du parlement pro-russe de Crimée ont proclamé mardi l'indépendance de la péninsule, étape préalable avant le référendum du 16 mars, qui pourrait déboucher sur le rattachement de la Russie. Une perspective qui divise selon qu'on soit pro-ukrainien ou pro-russe.

A quatre jours du référendum sur le rattachement à la Russie, les autorités séparatistes de Crimée préparent le terrain. Mardi, les députés du Parlement pro-russe de la péninsule ont ainsi adopté à la quasi unanimité une déclaration d'indépendance. Une mesure préalable à la consultation populaire de dimanche, considérée comme "illégitime" par le gouvernement de Kiev et l'Occident. Mercredi, le G7 a ainsi dénoncé ce qu'il appelle une "annexion" de la Crimée par la Russie.

"Pure formalité"

En déclarant que la Crimée sera indépendante si le "oui" l'emporte au référendum, les députés pro-russes préparent en effet le rattachement à Moscou. "Ce référendum ne sera qu'une pure formalité, c'est tout à fait ce que ses organisateurs souhaitent", analyse Anne Nivat, grand reporter et spécialiste de la Russie, interrogée mercredi matin sur RMC. D'autant que certains médias comme la Tribune de Genève rapporte que le référendum ne prévoit pas de bulletin "non" pour ce référendum.

"Tout porte à croire que l'administration locale de Crimée, non reconnue par les autorités de Kiev, ni par personne à part Moscou, mène vers une annexion. (...) Ce qu'il s'est passé mardi, le fait que les députés de ce Parlement pro-russe de Crimée déclarent leur péninsule indépendante du reste de l'Ukraine, était tout à fait prévisible", juge Anne Nivat.

Les Criméens divisés

Une méthode qui encourage les partisans pro-russes, comme BFMTV a pu le constater en interrogeant des passants à Simféropol, la capitale de la Crimée. "Bien sûr que je vais voter pour l'indépendance avec la Fédération de Russie. Le futur sera meilleur qu'avec l'Ukraine", explique ainsi un habitant. "Cela nous garantira la stabilité dont nous avons besoin", poursuit une autre.

Mais tous les Criméens ne partagent pas cet avis. Pour les rares pro-ukrainiens qui ont osé parler face à notre caméra, pas question de participer à un référendum qu'ils jugent illégal. "Faire partie de la Russie, c'est dangereux, on ne va pas avoir beaucoup de perspectives. Aujourd'hui, c'est l'Ukraine qui nous fournit en eau et en électricité, on ne va plus progresser", fait valoir une jeune femme.

Lancement d'un site dédié au référendum en .ru

Page d'accueil du site lancée par les autorités pro-russes de Crimée en vue du référendum du dimanche 16 mars.
Page d'accueil du site lancée par les autorités pro-russes de Crimée en vue du référendum du dimanche 16 mars. © Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Preuve de l'anticipation des autorités criméennes, un site entièrement consacré au référendum a été lancé mardi, pour garantir une visibilité maximum à ce rendez-vous crucial pour l'avenir de la péninsule. Particularité: son nom de domaine n'est pas en .ua, comme les sites ukrainiens, mais en .ru, ce qui, en langage Internet, place déjà la Crimée en Russie.

Un message affiché mardi précisait que le site avait été lancé avec un nom de domaine ukrainien, avec comme adresse initiale "referendum2014.org.ua", mais qu'il avait subi immédiatement une attaque informatique, attribuée aux nouvelles autorités de Kiev. "C'est une atteinte à la liberté d'expression", indique une déclaration de "journalistes ukrainiens indépendants" affichée sur le site. "Aussi avons-nous été obligés de passer sur un domaine russe jusqu'à nouvel ordre", ajoute le texte.

Quid de la réaction de Kiev?

Mardi, le président ukrainien par interim, Olexandre Tourtchinov, a jugé que le référendum organisé dimanche est une "farce" décidée dans les "bureaux du Kremlin". "Ce qu'ils appellent le référendum ne se déroulera pas en Crimée mais depuis les bureaux du Kremlin", a-t-il déclaré lors d'un entretien à l'AFP, dénonçant un scrutin joué d'avance. Olexandre Tourtchinov a toutefois précisé que l'Ukraine n'interviendrait pas militairement, préférant garantir la sécurité de sa frontière est face aux militaires russes.

Mais selon Petro Poroshenko, ancien ministre des Affaires étrangères ukrainien et candidat sérieux à la future élection présidentielle du 25 mai, cité par Anne Nivat, le sommet de l'Etat est très ennuyé de la situation en Crimée, et serait prêt, contrairement à ce qui se dit, à une intervention armée, "si jamais elle était inévitable". "On s'avance vers cela. Les officiels ukrainiens ne sont absolument pas prêts à laisser filer la Crimée dans le giron russe", estime pour sa part Anne Nivat.

Et la spécialiste de conclure: "Si cette annexion administrative continue, il va y avoir une réaction de la part de Kiev. Les soldats ukrainiens présents dans la péninsule sont prêts à se battre, même si pour l'heure, l'ordre de ne rien faire est encore valable. Tout le monde attend de voir ce qu'il va se passer dimanche".

Adrienne Sigel