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Guerre en Ukraine: ce que l'on sait des "kadyrovtsy", ces milices tchétchènes réputées pour leur violence

Membre de la fédération de Russie, la Tchétchénie a annoncé avoir envoyé 12.000 hommes dans le cadre de l'invasion russe. En Ukraine, la population craint des exactions.

Le 25 février, au lendemain du début de l'invasion russe en Ukraine, le quotidien moscovite Novaïa Gazeta partage une vidéo tournée à Grozny, capitale de la Tchétchénie. On y aperçoit des milliers de soldats réunis face à Ramzan Kadyrov, le dirigeant autoritaire de cette république à majorité musulmane du Caucase, membre de la fédération de Russie.

Dans cette vidéo, Kadyrov, que l'on sait fidèle à Poutine, annonce le déploiement de milliers de ses soldats - surnommés les kadyrovtsy du fait de la loyauté qu'ils vouent à leur chef - sur le front ukrainien. "Je veux donner un conseil au futur ex-président de l'Ukraine Zelensky. Il faut qu'il appelle notre président le commandant suprême Poutine et qu'il demande des excuses", proclame-t-il face à des soldats gagnés par la clameur.

Une réputation sanguinaire

"Ils font partie des forces de sécurité intérieures russes, car la Tchétchénie est une république qui appartient à la fédération russe. Leur présence en tant que supplétif cherche peut-être à effrayer, à avoir un effet psychologique sur les forces ukrainiennes en face", explique au micro de BFMTV Wassim Nasr, journaliste spécialiste des mouvements jihadistes.

Car les kadyrovtsy ont la réputation d'être de sanguinaires mercenaires, responsables de nombreuses exactions en Tchétchénie, ce territoire russe accusé de torturer et d'exécuter ses citoyens homosexuels. Des hommes à ne cependant pas assimiler à des jihadistes. Leur lutte contre les insurgés du Daghestan, une zone qui a fourni un important contingent de soldats à l'état islamique, fait d'eux des apostats aux yeux des mouvances terroristes, comme le rapporte Le Figaro.

La réputation de ses hommes, savamment entretenue par le Kremlin, semble en tout cas susciter la crainte chez une partie des Ukrainiens. C'est en tout cas ce qu'évoque Alice, une jeune franco-ukrainienne rencontrée à Kiev par les équipes de BFMTV.

"Je pars. Il y a les Tchétchènes qui arrivent. Je les crains car je sais qu'ils peuvent venir nous violer et nous dépecer. Ils s'en foutent", expliquait-elle, alors qu'elle tentait de fuir la capitale.

Identifiés dans plusieurs zones de combats

"Les Tchétchènes ont une réputation de barbares. C'est en quelque sorte pour dire, 'tenez-vous bien, on vous envoie des gens qui vont vous égorger'", analyse encore Jérôme Pellistrandi, consultant défense BFMTV. "Kadyrov est un sanguinaire", abonde de son côté l'historien Jean-François Colosimo.

Leur présence a pour l'instant été attestée à plusieurs endroits. Dans les alentours de la zone de l'ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl, au nord de la capitale Kiev et à Odessa.

Mardi, sur Telegram, Ramzan Kadyrov a annoncé que deux d'entre eux avaient été tués, et six autres blessés.

"Malheureusement, il y a déjà des pertes parmi les natifs de la République tchétchène. Deux sont morts (que Dieu pardonne leurs péchés), six autres ont été blessés à des degrés divers", a-t-il écrit.

Un rôle à jouer dans de futurs combats urbains?

Ce n'est pas la première fois que ces soldats sont envoyés combattre aux côtés de soldats russes. "Ils ont toujours eu un rôle dans les opérations extérieures de la Russie. En Syrie, ils ont fait office de police militaire", explique Wassim Nasr.

Une mission qu'ils ne devraient cependant pas exercer en Ukraine, toujours selon le journaliste. De confession musulmane, ces soldats auraient du mal à s'imposer au sein d'une population majoritairement chrétienne.

Ils pourraient néanmoins avoir un rôle à jouer dans de futurs combats urbains. "On voit qu’ils mettent en avant des insignes distinctifs, pour une distinction tactique au combat. Ce sont des préparatifs pour aller se confronter aux Ukrainiens", soutient-il au micro de BFMTV.

Dans une vidéo partagée par un de leur leader, on voit ce dernier à l'intérieur de ce qu'il présente comme une caserne militaire ukrainienne, se réjouissant d'avoir privé l'ennemie d'une quantité importante d'armement.

Dans une autre, on aperçoit des soldats tchétchènes prier au milieu de la forêt située à proximité de Tchernobyl, quand leurs collègues du même convoi s'affichent grand sourire.

"Ne fuyez pas, on veut en finir avec vous"

Sur son compte Telegram, le dirigeant Tchétchène Kadyrov inonde son compte de déclarations témoignant de son soutien indéfectible à Vladimir Poutine. En réponse aux sanctions occidentales, il menace ainsi le Premier ministre Boris Johnson de "reconnaître qu'il n'y a pas de thé anglais".

Avant d'adopter un ton plus menaçant. Ce matin, sur Instagram, il a partagé une nouvelle vidéo de ses soldats. Avec comme message adressé aux Ukrainiens: "ne fuyez pas, on veut en finir avec vous".

Jules Fresard