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Catalogne: que peut-il se passer après la victoire du "oui" au référendum sur l'indépendance?

Au lendemain du référendum controversé sur l'indépendance de la Catalogne, l'Espagne s'enfonce dans la crise. Plusieurs scénarios se dessinent.

Après la victoire du "oui" au référendum sur l'indépendance de la Catalogne, une crise politique et institutionnelle menace l'Espagne. Comment sortir du blocage, et quelles décisions vont être prises ces prochains jours? Le point sur la suite des événements.

> La Catalogne bientôt indépendante?

Le président de la Catalogne, Carles Puigdemont, a laissé peu de place au doute: après le résultat du référendum, il a clairement l'intention de proclamer l'indépendance de la Catalogne. Les plans du gouvernement séparatiste prévoient que le Parlement régional déclare l'indépendance 48 heures après la publication officielle des résultats. Ensuite, il se lancerait dans une phase de "transition", pour négocier avec Madrid sa sortie de l'Espagne.

Mais une indépendance de la Catalogne ne serait pas sans conséquences. La maire de Barcelone, Ada Colau, qui était pour la tenue du référendum, prévient elle-même qu'une déclaration unilatérale d'indépendance serait "une erreur". Madrid dispose de moyens légaux pour empêcher une telle issue. A l'aide de l'article 155 de la Constitution, Mariano Rajoy peut ainsi suspendre l'autonomie de la Catalogne et en reprendre la direction.

> Des sanctions judiciaires

Sans le nommer, le Premier ministre espagnol a désigné Carles Puigdemont comme l'un des responsables des événements de la journée, estimant qu'il avait promu "la violation de la loi et la rupture du vivre-ensemble". "Ne cherchez pas d'autre coupables, il n'y en a pas".

Il est donc probable que Mariano Rajoy décide de réagir, et sa réaction pourrait passer par des sanctions judiciaires. Carles Puigdemont et l'ensemble de l'exécutif catalan sont déjà visés par une enquête pénale pour "désobéissance, prévarication et détournement de fonds publics", en lien avec l'organisation du référendum.

Le 25 septembre dernier, le procureur général espagnol avait suggéré que l'arrestation du leader de Catalogne restait une possibilité, même si elle n'était pas envisagée dans l'immédiat. Carles Puigdemont risque 15 à 30 ans de prison et une privation de ses droits civiques.

> Des manifestations en Espagne, la communauté internationale mobilisée

Lundi, plus de 15.000 personnes ont manifesté à Barcelone et dans d'autres villes pour dénoncer les violences policières en catalogne la veille. La Commission européenne a invité "tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue", estimant qu'en aucun cas la violence ne peut être "un instrument en politique", comme le Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Zeid Ra'ad Al Hussein qui a demandé une enquête et appelé au "dialogue politique". 

Madrid et Berlin ont défendu l'unité de l'Espagne, mais l'Allemagne a aussi espéré des "discussions entre les deux parties".

> Une grève générale en Catalogne

C'est aussi dans la rue que la tension pourrait connaître une nouvelle escalade. Dimanche soir, plusieurs syndicats et partis politiques ont appelé à une grève générale mardi. L'objectif: avec une forte mobilisation, ils pourraient tenter de négocier sur les questions de leur autonomie et du financement de la Catalogne. 

Autre possibilité, avancée par Gabriel Colomé, professeur de sciences politiques à l'Université autonome de Barcelone: une dissolution du Parlement catalan, qui mènerait à des élections régionales anticipées. Les indépendantistes en profiteraient pour obtenir une majorité plus forte au Parlement régional.

Et l'Europe, dans tout ça? Les indépendantistes souhaitent son intervention: lundi, Carles Puigdemont a appelé à une médiation internationale "pour être efficace", tout en souhaitant un "climat plus détendu". La France, par la voix d'Emmanuel Macron, a rappelé de son côté n'avoir qu'un seul interlocuteur en la personne de Mariano Rajoy. "Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue", a déclaré de son côté le porte-parole de l'Union Européenne, Margaritis Schinas. Pas de quoi encore faire sortir le pays de la crise.

Ariane Kujawski avec AFP