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États-Unis: la baisse du nombre de naissances serait-elle (en partie) liée à Netflix?

Image d'illustration - L'accoutumance aux écrans pourraient avoir des conséquences sur le taux de fécondité, selon plusieurs études.

Image d'illustration - L'accoutumance aux écrans pourraient avoir des conséquences sur le taux de fécondité, selon plusieurs études. - Pixabay

S'endormir devant un épisode, être trop pris par une scène, vouloir rester concentré sur l'histoire... L'addiction aux plateformes de streaming pourrait avoir un lien avec la baisse du taux de natalité américain.

"Le streaming vidéo est-il responsable de la baisse du taux de fertilité des Américains?", se demande The Wall Street Journal. Dans un article mêlant témoignages de couples et avis scientifiques, le média américain met en avant la possibilité que la baisse du taux de fécondité aux États-Unis - soit le nombre d'enfants par femme - soit corrélé à l'explosion des visionnages sur les plateformes de streaming.

La proportion d'Américains n'ayant eu aucune relation sexuelle dernièrement a atteint un record en 2018, notamment chez les hommes de 18 à 29 ans. Selon des chiffres de l'institut General Social Survey fin mars, 28% des hommes interrogés ont déclaré ne pas avoir eu de relation sexuelle dans l'année écoulée, 18% des femmes. En parallèle, les chiffres de la natalité baissent chaque année. Environ 3,8 millions de bébés sont nés aux États-Unis en 2017, soit 100.000 de moins qu'en 2016.

La tentation des écrans

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cette baisse continue, comme la crise économique, ou le fait que beaucoup de jeunes adultes vivent tard chez leurs parents. Mais dans une étude pour The Wall Street Journal, l'institut Survey Monkey souligne une autre raison potentielle. Selon son sondage, un adulte sur quatre en couple choisit de regarder une série plutôt que de se lancer dans une partie de jambes en l'air. Chez les Américains de 18 à 38 ans, ce pourcentage grimpe même à 36%.

Cette dernière tranche d'âge est plus touchée en raison de sa proportion plus importante à regarder les écrans. 66% des personnes de ces âges assurent ainsi regarder de la télévision en streaming "presque tous les jours", alors que seulement 42% des personnes plus âgées affirment la même chose. 

"L'un de nous finit toujours par s'endormir"

Ainsi, même dans un couple qui souhaite avoir un enfant, la tentation de l'écran semble plus attrayante. "Quand il a commencé à lui faire des avances, elle a hésité, puis a continué de regarder" l'écran, ou "l'un de nous finit toujours par s'endormir", racontent des couples au WSJ.

David Spiegelhalter, statisticien à l’université de Cambridge, a observé les comportements sexuels de différents couples âgés de 16 à 64 ans. Ainsi, en 1990, la moyenne était de cinq parties de jambes en l'air par mois, puis 4 en 2000, 3 en 2010. En cause, selon lui: l'hyper-connectivité, les écrans, les séries et autres réseaux sociaux.

"Il y a quelques années, la télévision était éteinte à 22h30 et il n'y avait plus rien d'autre à faire. Alors qu'aujourd'hui, on peut passer une soirée, dans son lit, devant un écran", déclare le chercheur.

"Nous sommes en concurrence avec le sommeil"

La spécificité des plateformes de streaming comme Netflix, Amazon, Hulu ou HBO est notamment l'absence de publicité à l'intérieur ou entre des épisodes d'une série. "Il n'y a pas de publicité, moment où vous pourriez regarder votre partenaire et lancer "Ma chérie tu es très jolie ce soir'", déclare au WSJ, le docteur en psychologie Jean Twenge. Il s'agit d'une des techniques pour accrocher le téléspectateur le plus longtemps possible sur le site.

Lors d'une conférence de presse en juin 2017, Reed Hastings, cofondateur et directeur de Netflix, déclarait d'ailleurs que l'ennemi de la plateforme était le sommeil: "Vous avez une émission ou un film que vous avez vraiment envie de regarder et vous finissez par rester éveillé tard le soir. Nous sommes donc en concurrence avec le sommeil... Et nous gagnons!"

Ces statistiques entrent en résonance avec les nombreuses études qui pointent du doigt l'importante accoutumance des nouvelles générations avec les écrans, et ses conséquences. La prévention actuelle se centre particulièrement sur les enfants et les risques de retards cognitifs liés à une trop grande exposition aux écrans.

Salomé Vincendon