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Entre joie, confusion et dédain, les Catalans partagés après le discours de Carles Puigdemont

Des partisans de l'indépendance de la Catalogne écoutent le discours de Carles Puigdemont devant l'Arc de Triomphe de Barcelone, le 10 octobre 2017

Des partisans de l'indépendance de la Catalogne écoutent le discours de Carles Puigdemont devant l'Arc de Triomphe de Barcelone, le 10 octobre 2017 - Jorge Guerrero-AFP

Réactions partagées des Catalans après le discours de Carles Puigdemont qui a annoncé mardi soir l'indépendance de la région tout en suspendant la procédure.

Satisfaction pour certains, colère pour d'autres: les Catalans sont partagés après le discours en demi-teinte du président de la région. Quand elle a entendu Carles Puigdemont évoquer l'"indépendance de la Catalogne", Merce Hernandez a versé des larmes d'émotion. "Quelle émotion, c'est un jour historique. Je suis satisfaite". Un autre, lui, n'avait que dédain pour le discours du président de la région: mardi, les Barcelonais étaient loin de communier dans la même ferveur.

Le discours du président catalan "m'a semblé parfait, c'est ce que j'attendais", lâche Albert Llorens, un retraité de 69 ans. Et pourtant les partisans de l'indépendance sont loin d'être complètement à la fête, car Carles Puigdemont assortit son discours d'une "suspension des effets d'une déclaration d'indépendance afin de pouvoir entreprendre dans les prochains jours un dialogue".

"Ça a été un discours très ambigu"

"Au fond, nous sommes contents, mais nous attendions plus", dit Pere Valldeneu, 66 ans, venu écouter le président catalan avec son épouse Antonia, 64 ans. Pour les plus radicaux, Carles Puigdemont n'est pas allé assez loin. Pour la CUP, une formation de gauche radicale, son porte-parole a déploré "une occasion perdue de déclarer l'indépendance". Arran, mouvement de jeunesse de cette famille politique, s'est montré plus amer encore sur Twitter, évoquant une "trahison inadmissible". "Aujourd'hui, Carles Puigdemont freine le mandat populaire clair du référendum."

"Il ne va rien se passer parce que Madrid ne le permettra pas", se lamente-t-il. Et Sheila Ulldemolins, 28 ans, résume le sentiment général de cette soirée. "Ça a été un discours très ambigu", dit-elle.

Depuis le 1er octobre et le "référendum" interdit d'autodétermination en Catalogne, où le "oui" l'a emporté à plus de 90% selon les autorités indépendantistes, Carles Puigdemont est sous une pression extrême: d'un côté celle des tenants d'une rupture immédiate avec Madrid, de l'autre celle du gouvernement espagnol conservateur qui juge illégal l'ensemble du processus, et des Catalans qui veulent rester Espagnols.

Des partisans de l'indépendance de la Catalogne écoutent le discours de Carles Puigdemont diffusé sur un écran devant l'Arc de Triomphe de Barcelone, le 10 octobre 2017
Des partisans de l'indépendance de la Catalogne écoutent le discours de Carles Puigdemont diffusé sur un écran devant l'Arc de Triomphe de Barcelone, le 10 octobre 2017 © Jorge Guerrero-AFP

Les Catalans divisés sur l'indépendance

La crise effraye aussi les milieux économiques. Plusieurs entreprises ont déjà transféré leur siège social hors de Catalogne. La troisième banque espagnole a pris la décision de quitter la région. Aucun dialogue n'a été possible et l'Espagne s'est retrouvée plongée dans sa pire crise depuis le retour à la démocratie en 1977.

Les Catalans eux-mêmes sont divisés sur la question. Une majorité d'entre eux se déclarait même contre l'indépendance dans un sondage réalisé en juillet. À l'image de Sergio Palacios, serveur dans le quartier de Barcelone, qui penche du côté du maintien du statu quo.

"Lorsque j'ai entendu Puigdemont parler de 'République', je me suis pris la tête entre les mains", dit-il. "Jusqu'à maintenant, il n'y avait aucun problème, mais maintenant le fossé est plus large", entre les partisans et les opposants de l'indépendance.

C.H.A. avec AFP