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Enquête pour agression sexuelle sur un représentant du pape, une affaire qui tombe mal pour François

Saint-Pierre-de-Rome - Image d'illustration

Saint-Pierre-de-Rome - Image d'illustration - AFP

Dans quelques jours doit s'ouvrir une réunion mondiale, convoquée par le pape en personne, sur "la protection des mineurs dans l'Eglise."

Une enquête pour "agressions sexuelles" a été ouverte le 24 janvier par le parquet de Paris à l’encontre du nonce apostolique, ambassadeur du pape en France, apprend-t-on ce vendredi de source judiciaire, confirmant une information initiale du Monde.

La mairie de Paris avait signalé la veille au parquet, en vertu de l'article 40 du code de procédure pénale, qu'un jeune cadre municipal s'était plaint d'attouchements répétés de Mgr Luigi Ventura, un prélat italien de 74 ans, lors de la cérémonie des vœux à l'Hôtel de Ville le 17 janvier, selon des sources concordantes.

"Il y a eu un incident lors des vœux aux autorités diplomatiques et rapidement la décision a été prise de le signaler au procureur de la République", a déclaré Me Patrick Klugman, maire adjoint chargé des relations internationales.

À la suite de ces révélations, le journal La Croix dit avoir recueilli d'autres témoignages de jeunes hommes, dont beaucoup sont proches de l'Église, qui "disent avoir subi les mêmes gestes - mains sur les fesses ou les cuisses, gestes équivoques - de la part de Mgr Ventura". Pour "ces faits supposés, tous datés de moins d'un an", ils "n'ont pas porté plainte, pour des raisons diverses", écrit le quotidien catholique.

Le magazine Têtu a également publié vendredi le récit d'un autre homme qui accuse le nonce d'attouchements sexuels en janvier, lors d'une autre réception: "Il m'a salué de la main droite et effleuré les fesses de la main gauche", témoigne-t-il.

"Moment de vérité, de pardon, de réflexion" au Vatican

Une affaire qui tombe mal pour le Vatican, alors que doit s’ouvrir la semaine prochaine une réunion mondiale convoquée par le Pape sur "la protection des mineurs dans l'Eglise."

Cette rencontre, qui regroupe tous les présidents de conférence épiscopales du monde, "va être un moment de vérité, de pardon, de réflexion", avait assuré ce mercredi Mgr Georges Pontier, président de la Conférence des évêques de France (CEF), auprès de l'AFP. Il s'agira "de regarder dans le gouvernement de notre Eglise les changements, les progrès qu'il nous faut faire pour que notre maison Eglise devienne sûre pour les enfants, les jeunes".

L'objectif est de "créer un climat [pour] qu'aucune victime n'ait peur de s'exprimer à ce sujet. Ce serait une conversion profonde", a-t-il espéré, jugeant que s'agissant de l'écoute des témoignages des victimes, "dans [la] famille, dans [l'] environnement, dans l'Eglise (...) il y a une espèce d'omerta qui a été dramatique".

Au cours de cette rencontre, plusieurs questions devraient également être abordées: les mesures de prévention, la relation entre législation civile et législation canonique (droit de l'Eglise), la gouvernance, le traumatisme spirituel des victimes, la prescription, l’accompagnement des coupables...

Avant le voyage, Mgr Georges Pontier avait eu l’occasion de rencontrer plusieurs victimes qui lui ont proposé la mise en place de nombreuses propositions, dont la création d’un "statut de victime" qui passerait par "le droit, pour chacune d'entre elles, à un procès canonique pénal", et "la mise en place d'un fonds d'indemnisation interdiocésain national" pour les réparations financières, a affirmé à l'AFP Olivier Savignac, l'une des victimes du prêtre Pierre de Castelet, condamné en novembre à Orléans à trois ans de prison dont un avec sursis pour agressions sexuelles sur mineurs.

"Nous travaillons sur ce dossier"

Ce n’est pas la première fois cette année que le Vatican doit se faire face à des accusations d’agressions sexuelles. Début février, la pape François a reconnu, dans l'avion qui le ramenait d'un voyage aux Emirats arabes unis, que des prêtres et des évêques avaient agressé sexuellement des religieuses, répondant à une question d'une journaliste.

"Il y a eu des prêtres et aussi des évêques qui ont fait cela", a convenu le pape, qui n'avait jamais abordé directement cette problématique et l'a jugée encore d'actualité au sein de l'Eglise.

Selon lui, ce phénomène peut se rencontrer "partout", mais il est plus présent dans "quelques congrégations nouvelles et dans quelques régions".

"Cela fait longtemps que nous travaillons sur ce dossier. Nous avons suspendu plusieurs clercs qui ont été renvoyés en raison de cela", a dit le pape François, sans citer de noms ou de pays.

La question des agressions sexuelles commises sur des sœurs commence à faire surface dans les médias. En Inde, en particulier, une sœur a accusé un évêque catholique de l'avoir violée à de nombreuses reprises. Début février, un haut responsable de la Congrégation pour la doctrine de la foi, accusé par une ancienne religieuse allemande d'avoir été trop pressant dans un confessionnal, avait annoncé sa démission, quatre ans après un procès canonique qui lui avait valu un simple avertissement.

Hugo Septier avec AFP