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Comme le craint Dominique de Villepin, le risque de guerre dans le monde est-il sous-estimé?

Dominique de Villepin considère qu'il ne faut pas sous-estimer le risque de guerre "qui monte dans le monde". Après cette mise en garde de l'ancien Premier ministre, invité mardi matin sur BFMTV et RMC, des spécialistes de la défense relativisent l'ampleur de la menace. Décryptage.

"Ne sous-estimons pas le risque de guerre qui monte dans le monde", a prévenu Dominique de Villepin mardi matin sur BFMTV et RMC. Invité de Jean-Jacques Bourdin, l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac a évoqué plus précisément la menace de conflit "qui monte en Europe orientale et en mer de Chine".

Une escalade entre Washington et Moscou

Pour le général de division Jean-Claude Allard, qui a occupé plusieurs postes à responsabilité au sein de l'armée, évoquer le risque de guerre est "déphasé par rapport à la réalité". "De nombreux pays sont déjà en guerre, y compris la France", assure le spécialiste des questions de défense à BFMTV.com. Mais selon lui, plusieurs zones sont particulièrement préoccupantes, comme la mer de Chine, qui voit s'opposer Washington et Pékin.

"C'est un point de tension qui couve depuis longtemps", précise Jean-Claude Allard. "Il y a d'un côté la volonté des États-Unis de garder leur domination tout en refusant la montée en puissance de la Chine, qui souhaite quant à elle reprendre la main sur cet espace."

Autre point de tension: l'Ukraine. "Il y a une escalade à laquelle se livrent Washington et Moscou depuis une dizaine d'années le long de la frontière russe qui va du cercle polaire arctique à la mer Noire, et qui est arrivée aujourd'hui à un sommet", remarque-t-il. Pourtant, selon lui, cette crise aurait dû être réglée par les Ukrainiens.

Des crises régionales aux enjeux internationaux

C'est également le point de vue de Jean-Dominique Merchet, auteur du blog Secret défense et spécialiste des questions militaires. Selon le journaliste, le risque de conflit mondial réside avant tout dans l'envenimement d'affrontements régionaux.

"Il y a des crises locales, dont certaines peuvent être très graves comme en Syrie. Le risque, c'est que ces crises aux enjeux régionaux ne s'aggravent et dépassent largement leurs frontières", explique-t-il à BFMTV.com.

Il dénonce ainsi l'absence de régulation internationale et cite l'exemple du siège de Sarajevo au début des années 90. "Il semblait insensé qu'un conflit mondial éclate à Sarajevo, comme il le semblait pour le Donbass, entre l'Ukraine et la Russie, ou les îlots de mer de Chine. Et pourtant." Selon Jean-Dominique Merchet, l'Europe est affaiblie et les États-Unis n'ont pas la capacité d'assurer ni d'imposer un leadership. "En réalité, personne ne l'a. Ni la Russie, ni la Chine. Le danger vient de cette faiblesse plus que de la superpuissance d'un État."

"La bataille pour une hégémonie mondiale"

Des tensions locales qui peuvent ainsi devenir le tremplin pour de grands enjeux géopolitiques, considère Jean-Claude Allard, qui cite l'exemple de l'offensive en cours sur Raqqa, en Syrie. Une bataille qui, outre l'affaiblissement du groupe terroriste Daesh, apparaît aussi comme une opportunité pour les États-Unis de devancer la Turquie et de l'empêcher de reprendre la main sur la région.

"C'est une situation comparable à celle de la guerre froide, avec des petits conflits locaux qui sont l'occasion pour la Chine, la Russie et les États-Unis de s'impliquer afin de les réutiliser à leur avantage, réduire l'influence de leurs concurrents et s'imposer dans la bataille pour une hégémonie mondiale." 

Céline Hussonnois-Alaya