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Coincé entre jusqu'au-boutistes et modérés, le président de la Catalogne temporise

Carles Puigdemont.

Carles Puigdemont. - BFMTV

Mercredi soir, Carles Puigdemont a prononcé un discours, appelant tout à la fois à une médiation avec le gouvernement espagnol et à l'application du référendum sur l'indépendance de la région où le "oui" l'a emporté dimanche. Le président catalan essaye d'équilibrer une équation difficile, entre modérés et partisans d'une indépendance immédiate.

Carles Puigdemont, mercredi soir lors de son discours télévisé, a exécuté un curieux pas de deux. Dans cette prise de parole consécutif au référendum d'autodétermination sur l'indépendance de la Catalogne tenu dimanche, consultation lors de laquelle les partisans du "oui" l'ont emporté par environ 90% des suffrages, il a notamment laissé la "porte ouverte" à "un processus de médiation" avec le gouvernement espagnol, ce dont ce dernier ne veut pas entendre parler, tout en appelant à l'application des résultats du référendum. "Nous allons montrer que nous avons des institutions en Catalogne qui appliquent les résultats du référendum. Nous sommes un peuple capable de vivre le rêve qu’il s’est donné", a-t-il dit. On a connu plus clair.

Ce jeudi, la justice espagnole a par ailleurs suspendu la séance plénière prévue lundi prochain par le parlement catalan qui envisageait de procéder à une déclaration unilatérale d'indépendance au cours de ces débats. Auparavant, lors d'un entretien à la BBC, Carles Puigdemont avait d'ailleurs laissé à penser que cette initiative interviendrait d'ici la fin de cette semaine... tout en ménageant la possibilité de porter la chose au début de la suivante. 

L'arithmétique politique est délicate

Ce flottement apparent tient à une arithmétique politique délicate, comme le souligne ici France 24 sur son site internet. La coalition au pouvoir en Catalogne qui comme son nom l'indique, "Junts Pel Si" ("Ensemble pour le oui"), est unie par la perspective de la sécession, mêle principalement la gauche républicaine de l'ERC et les centristes, dont Carles Puigdemont, du Parti démocrate européen catalan. Au sein de cette équipe dissemblable, on s'exprime en faveur d'une déclaration d'indépendance dans la semaine...tout en se laissant quelques mois pour la rendre effective. L'idée serait de profiter de ce temps de latence pour parler avec Madrid et l'Union européenne.

Mais Carles Puigdemont ne peut ignorer l'avis de l'aile la moins aventureuse de son propre mouvement où l'on plaide pour la tenue d'élections en Catalogne pour épauler et valider, en cas de victoire des séparatistes, les résultats du référendum. 

La pression de la gauche radicale et de la rue

Mais la gauche radicale catalane, incarnée par la Candidature d'unité populaire (CUP), est moins accommodante. Ses membres veulent une indépendance immédiate, appuyée en cela par les associations de l'ANC et Omnium Central. Or, ces trois formations sortent de démonstrations de force. Elles ont été les chevilles ouvrières de la grève générale de mardi et des manifestations monstres de ces derniers jours. 

Une partie de la presse espagnole a d'ailleurs les yeux rivés sur la CUP. Ainsi, selon le site du média espagnol libéral El Confidencial, Puigdemont est confronté à la pression de ce parti qui craint que "la porte ouverte" évoquée pour une médiation avec Madrid ne finisse par déboucher sur l'évacuation d'une déclaration d'indépendance. El Confidencial pointe toutefois en direction d'un autre facteur possible de la temporisation de Puigdemont: l'opposition au séparatisme d'une bonne partie de la population catalane qui s'est fait entendre, durant le discours du président de la Généralité de Catalogne, par une bruyante "casserolade" dans les rues de Barcelone. 

Robin Verner