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Les indépendantistes sont-ils majoritaires en Catalogne?

Fort du résultat obtenu lors du référendum de dimanche et du soutien populaire, le gouvernement catalan se dit prêt à enclencher le processus d'indépendance alors même que les Catalans pour l'autonomie restent minoritaires dans la région. Une situation qui pourrait évoluer si Madrid refuse toutes négociations.

Plébiscite du "oui" lors du référendum d'autodétermination, manifestations monstre dans les rues de Barcelone pour défier le gouvernement espagnol... De l'extérieur, les Catalans semblent, tous, totalement acquis à la cause indépendantiste. La réalité est pourtant plus nuancée. En Catalogne, une majorité ne rêve pas d'indépendance. Mais leurs voix restent peu audibles.

Lors des élections régionales de 2015, les indépendantistes catalans obtiennent 72 sièges, soit la majorité absolue de l'assemblée. Un résultat remporté grâce à l'alliance entre la liste "Ensemble pour le oui" et une autre liste d'extrême-gauche, "Candidature d'unité populaire". Argument fièrement brandi par les indépendantistes, ce résultat est pourtant toujours contesté. En effet, cette majorité de siège ne repose pas sur une majorité de voix. Les deux listes avaient obtenu au total 47,8% des suffrages.

Majorité silencieuse

Si les aspirations indépendantistes ne sont pas nouvelles et reposent largement sur des revendications économiques, notamment en raison du manque d'investissement de l'état espagnol dans l'une des régions les plus importantes en terme de PIB, elles seraient même en baisse ces dernières années. Les derniers sondages post-référendum montraient que le oui l'emportait avec 44,1%, contre 37,1% pour le non et 17,8% de bulletins nul et blanc. En clair, une majorité certes, mais relative. Si 90% des votants ont répondu oui au référendum d'autodétermination, la participation était elle que de 42,3%.

"Dans le catalanisme politique, l'indépendantiste a toujours été minoritaire", rappelle Christian Hoarau, économiste et professeur titulaire de chaire du Conservatoire national des Arts et Métiers*, qui livre des chiffres provenant de sondages commandés par le gouvernement catalan. "Plus de 30% des Catalans veulent conserver le statut actuel, 35% veulent un état indépendant, dans les années antérieures elles étaient 48,5% et 22% se prononcent pour une Espagne fédérale."

"Aujourd’hui, une seule couleur politique est visible dans la région", confirme à France 24 Miriam Tey, vice-présidente de la Société civile catalane, une association qui oeuvre pour la cohésion entre les Catalans et le reste du pays. Selon elle, les médias locaux participeraient à ce traitement partial de la répartition entre pro et anti-indépendance.

Immobilisme de Madrid

Défense d'une culture, d'une langue... même si cette volonté n'est pas nouvelle, les indépendantistes combattent notamment le refus de Madrid de faire évoluer le modèle fiscal de la région mais aussi le manque d'investissement, notamment en terme d'infrastructures, de l'Etat espagnol en Catalogne. Et la ferveur pour une sécession viendrait plus de cette attitude que d'un rêve d'indépendance. "Le soutien populaire aux indépendantistes vient de l'immobilisme de Madrid, analyse Christian Hoarau. Le meilleur allié de ces indépendantistes, ça a toujours été Mariano Rajoy (le Premier ministre espagnol, NDLR) quand il a développé une politique d'immobilisme."

Le référendum interdit de dimanche pourrait également changer la donne. Selon les sondages, près de 80% des électeurs souhaiteraient un référendum légal et accordé avec l'État. Et les violences policières qui ont émaillé le scrutin favoriseraient la cause indépendantiste. Certes elles ont été condamnées timidement par l'Union européenne, mais ont eu un impact fort dans l'opinion. "Les violences renforcent la cause des indépendantistes, confirme le chercheur. Des gens qui votaient non, vote oui aujourd'hui. On se dirige vers une situation imprévisible."

* Christian Hoarau, auteur de La Catalogne dans tous ses états, aux éditions L'Harmattan.

Justine Chavalier