BFMTV

Indépendance: que peut-il se passer en Catalogne?

Carles Puigdemont, le 2 octobre 2017. Le président de la Catalogne a fait savoir que la région pourrait proclamer son indépendance d'ici la fin de la semaine.

Carles Puigdemont, le 2 octobre 2017. Le président de la Catalogne a fait savoir que la région pourrait proclamer son indépendance d'ici la fin de la semaine. - Lluis Gene - AFP

Le président de la Catalogne l'a affirmé ce mardi face au Parlement catalan: sa région a obtenu le droit à l'indépendance après le référendum mouvementé du 1er octobre, que le "oui" aurait remporté à 90%. Mais il a également offert un sursis à Madrid, en ouvrant la porte au dialogue.

Et maintenant, que va-t-il se passer en Espagne? Le torchon brûle plus que jamais entre Madrid et Barcelone alors que le pays s'enfonce chaque jour un peu plus dans la crise, après la tenue mouvementée du référendum d'autodétermination en Catalogne, sévèrement réprimé par la police nationale. Alors que les indépendantistes revendiquent une victoire du "oui" à 90% (sur 42,3% de participation), le gouvernement espagnol a assuré qu'il ferait "tout ce que permet la loi" pour empêcher une déclaration d'indépendance de la part de la Catalogne. Dans une très rare allocution télévisée, le roi Felipe avait accusé les dirigeants catalans de s'être placés "en marge du droit et de la démocratie".

Des propos cinglants qui n'ont cependant pas stoppé les indépendantistes: ce mardi soir, le président de la Catalogne, l'indépendantiste Carles Puigdemont, s'est exprimé face au Parlement régional, estimant que la Catalogne avait "obtenu le droit à l'indépendance" après le vote du 1er octobre. "La Catalogne sera indépendante", a-t-il assuré, tout en appelant Madrid au dialogue et en suspendant "les effets" d'une déclaration d'indépendance. 

Dès lors s'ouvre un sursis pour l'Espagne, mais aussi une grande période d'incertitude, alors que l'opposition frontale entre Madrid et Barcelone s'est installée, et que le gouvernement espagnol a d'ores et déjà fait savoir qu'une médiation avec Carles Puigdemont n'est "pas envisageable". Plusieurs scénarios pourraient alors entrer en jeu en Espagne, si le dialogue échoue et que le président catalan décide de proclamer l'indépendance. Explications.

> L'article 155 de la Constitution enclenché

Déterminé à ne pas reconnaître le résultat d'un référendum jugé comme illégal, le gouvernement espagnol pourrait employer les grands moyens, pour contrer la proclamation d'indépendance de la Catalogne, qui ouvrirait la voie à une sécession de la région. Parmi les premières options dont dispose Madrid pour répliquer et imposer son autorité: l'invocation de l'article 155 de la Constitution espagnole.

"Si une Communauté autonome ne remplit pas les obligations que la Constitution ou les autres lois lui imposent ou agit de façon à porter gravement atteinte à l’intérêt général de l’Espagne, le Gouvernement (...) pourra (...) prendre les mesures nécessaires pour la contraindre à respecter ces obligations ou pour protéger l’intérêt général mentionné", dit le texte.

En clair, le Premier ministre Mariano Rajoy pourra prendre la direction de la Catalogne, si la proclamation d'indépendance est prononcée. Il aura par exemple le pouvoir de remplacer des membres du gouvernement, ou de prendre le contrôle de la police locale, les Mossos. Là encore, le risque d'escalade existe. Les indépendantistes catalans, qui ne reconnaissent pas la suprématie de la Constitution espagnole et ont donc pris la voie insurrectionnelle, pourraient s'y opposer et refuser de se soumettre aux ordres venus de Madrid. Ils seraient alors accusés d'actes de rébellion et risqueraient d'être arrêtés et emprisonnés.

> Des manifestations massives

Si les dirigeants catalans viennent à être interpellés, Madrid devra s'inquiéter d'une désapprobation populaire, qui se traduira par des manifestations massives dans les plus grandes villes de Catalogne.

Un aperçu de la grogne a été donné mardi, lorsque 700.000 Catalans ont défilé dans les rues de Barcelone à l'occasion de l'appel à la grève générale, et pour protester contre les violences de la police espagnole. La méthode répressive employée par le gouvernement a choqué l'opinion populaire en Catalogne, y compris chez les abstentionnistes du scrutin de dimanche.

Une telle mobilisation de la rue viendrait renforcer et crédibiliser le mouvement indépendantiste catalan. "Cela le ferait passer de la logique de l'indépendance à celle de la défense de la démocratie contre un Etat répressif", estime Gabriel Colomé, professeur en sciences politiques à l’université autonome de Barcelone, cité par Europe 1.

> La chute de Mariano Rajoy

Déjà affaibli par les images des violences policières perpétrées le 1er octobre contre des électeurs, Mariano Rajoy pourrait être fragilisé, voire menacé, par cet épisode de crise politique. Sa formation, le Parti populaire (PP), ne dispose pas d'une majorité absolue au Parlement espagnol. Une majorité parlementaire constituée des socialistes (PSOE), de Podemos, et des nationalistes catalans et basques, pourrait se réunir pour renverser le chef du gouvernement avec une motion de censure.

Toutefois, ce scénario semble peu plausible, les socialistes restant très divisés sur la question catalane, et plutôt favorables à une application de la Constitution.

> Des législatives anticipées en Catalogne

Enfin, la Catalogne pourrait choisir de dissoudre son Parlement régional et d'organiser des élections législatives anticipées. Mais il faudrait pour cela que Barcelone se décide vite, avant que le gouvernement espagnol ne déclenche l'application de l'article 155.

La manœuvre, qui consisterait à renoncer au référendum et à son résultat pour prendre une voie plus institutionnelle, serait à double tranchant pour les indépendantistes: soit la ferveur observée dans la rue depuis le début de la crise se manifeste dans les urnes, et leur offre une large majorité au Parlement catalan, leur permettant ainsi de peser efficacement face au gouvernement espagnol. Soit la peur de l'avenir et de l'instabilité effraie les électeurs, qui finalement ne votent pas en masse pour les pro-indépendance, et le pari est donc perdu.

Adrienne Sigel