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Le roi d'Espagne met tout son poids contre les indépendantistes catalans

Ce mardi soir, le roi d'Espagne, Felipe VI, s'est exprimé lors d'une allocution solennelle sur la situation en Catalogne, qui menace de faire sécession et a tenu un référendum mouvementé au sujet de son indépendance éventuelle dimanche.

Le roi d'Espagne a pris la parole à la télévision ce mardi soir après que des centaines de milliers de personnes (300.000 exactement selon la police locale) ont défilé dans des cortèges serrés à Barcelone ce même jour, tandis que la Catalogne observait un journée de grève générale. Les manifestants protestaient vigoureusement contre les violences policières qui ont émaillé la tenue du référendum, illégal du point de vue du droit espagnol, de dimanche sur la question de l'indépendance de cette province du nord-est de l'Espagne. Selon le gouvernement régional séparatiste, plus de 90% des 2,2 millions de votants se sont prononcés pour la naissance d'une République de Catalogne, ce dont bien sûr Madrid et le Premier ministre Mariano Rajoy ne veulent pas entendre parler. 

Le roi hausse le ton

Le 13 septembre, une quinzaine de jours avant le référendum, le roi d'Espagne, Felipe VI, s'était borné à dire qu'il était convaincu que "la Constitution (prévaudrait) sur toute rupture de la coexistence en démocratie". Ce mardi soir, lors d'une allocution enregistrée de cinq minutes, le souverain a adopté un ton autrement plus offensif. Après avoir blâmé le "comportement irresponsable" du gouvernement régional dirigé par Carles Puigdemont, qu'il a accusé de "fracturer" la Catalogne, il a lâché:

"Ses autorités se sont placées en marge de la démocratie et de l’Etat de droit espagnol". Il a lancé: "En définitive tout cela a mené à une appropriation inacceptable des institutions historiques de la Catalogne". "Face à cette situation d’extrême gravité, c’est la responsabilité de l’Etat de garantir l’ordre constitutionnel et le fonctionnement normal des institutions", a-t-il justifié.

Il a d'ailleurs voulu présenter le royaume d'Espagne comme un bouclier protégeant, notamment, les Catalans n'ayant pas choisi la voie de l'indépendantisme: "Je sais qu’en Catalogne il y a aussi beaucoup d’inquiétude et de préoccupation vis-à-vis de autorités régionales. Ces Catalans ont notre soutien et la garantie absolue de notre Etat de droit". il a également posé: "Aux citoyens catalans, je veux insister sur le fait que depuis des décennies nous vivons dans un Etat démocratique qui donnent des voies constitutionnelles pour que chacun puisse exprimer ses opinions dans le respect de la loi."

"Cette Espagne que nous voulons tous"

Il a par ailleurs souhaité que son discours outrepasse la seule Catalogne: "A tous les Espagnols qui vivent avec tristesse cette situation, je transmets un message de tranquillité, et d’espoir. Nous croyons dans notre pays et nous sentons fiers de ce que nous sommes". "La Catalogne fait partie de cette Espagne que nous voulons tous", a-t-il encore déclaré. Il a conclu en réitérant "l'engagement ferme de la Couronne en faveur de la Constitution et la démocratie", et le soutien de la monarchie à "l'unité et à la permanence de l'Espagne". 

Barcelone attendait peu du discours mais tout de même...

Sur notre plateau, Christophe Barret, historien spécialiste de l'Espagne, a estimé après l'écoute de ce discours: "Le roi est encore dans sa fonction arbitrale ce soir." Mais le consultant de BFMTV pour les questions internationales, Ulysse Gosset, a d'abord retenu la fermeté du propos. Il a ensuite noté: "Felipe VI est dans son rôle. C'est le garant de l'Etat et de l'union de l'Espagne. Et en même temps, il veut rassurer les Catalans en leur disant qu'ils ont leur place dans le royaume d'Espagne."

A Barcelone, notre correspondante Amélie Rosique a expliqué que si les manifestants catalans n'attendaient pas grand-chose des mots royaux, ils ont tout de même été déçus par le registre adopté. L'un d'entre eux a commenté à son micro: "C’était un discours conciliateur (…) mais avec certaines nuances qui ont prêté à comprendre qu’il était prêt à appliquer l’article 155 (ndlr: ce texte permet de suspendre le statut d’autonomie de la région et à l'Etat de reprendre en main l'administration locale), ce qui signifierait pour la Catalogne être dans une situation difficile politiquement et socialement. Je ne sais pas ce qu’il se passerait si cet article était appliqué mais le message était dur. Il a parlé de démocratie, de la loi mais il m’est apparu très inflexible." Il a aussi déploré que le monarque n'ait pas regretté le traitement réservé parfois par les forces de l'ordre aux manifestants dimanche dernier: "La société espagnole, du gouvernement au roi, semble avoir trouvé que l’action policière était normale. J’estime que les policiers sont allés trop loin." 

Robin Verner