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Carles Puigdemont, l'homme qui peut faire basculer le destin de l'Espagne

Le président de Catalogne Carles Puigdemont, dimanche soir à Barcelone.

Le président de Catalogne Carles Puigdemont, dimanche soir à Barcelone. - Lluis Gene - AFP

Carles Puigdemont, le président de la Généralité de Catalogne, est l'homme du référendum du 1er octobre. Fils de pâtissier, centriste, ancien journaliste, sa biographie n'est pas celle d'un révolutionnaire mais montre bien que la cause indépendantiste catalane est le combat de sa vie. Ce mardi, il pourrait proclamer l'indépendance de la Catalogne au cours d'une séance du Parlement régional.

La crise ouverte le 1er octobre dernier par le référendum d'autodétermination sur l'indépendance de la Catalogne a été comparée, par son ampleur, à celle qu'avait déclenchée en Espagne la tentative de coup d'Etat en 1981.

Ce 23 février-là, la nouvelle du putsch dirigé à Madrid par le lieutenant-colonel Tejero parvient jusqu'au village catalan d'Amer. Le jeune Carles Puigdemont, qui est né ici même dix-neuf ans plus tôt et deviendra président de la Généralité (région) de Catalogne trente-cinq ans plus tard, propose alors à l'un de ses amis, raconte le Vanity Fair espagnol sur son site internet, d'en profiter pour accrocher symboliquement un drapeau catalan en haut d'un ermitage proche de la commune. L'affaire ne se fera pas: les deux jeunes ne trouvent pas de drapeau. 

Un journaliste aux convictions affirmées

Il faut dire que si, en ces jours post-référendum, la bannière jaune et orange se porte bien à Barcelone, la cause indépendantiste n'avait pas alors la même dimension, loin de là. Pourtant, elle a mené la vie de Carles Puigdemont tout du long. La version espagnole de la BBC retrace ici le début du parcours de ce fils de pâtissier d'Amer. Enfant, il suit l'éducation des plus classiques parmi les élèves catalans de son temps. Dans une école catholique, on lui enseigne ce qu'il doit savoir en espagnol, mais à la maison on s'exprime en catalan. 

Il n'attend pas longtemps pour se lancer sur la scène publique. A un échelon modeste d'abord: à 16 ans, écrit Libération qui revient sur son parcours journalistique, Carles Puigdemont devient correspondant du journal Los Sitios à Gérone, bastion séparatiste dont il deviendra maire en 2011 et où il continue à vivre. Il fonde par la suite une agence de presse consacrée à l'actualité locale, l'Agencia Catalana de Noticies (Agence catalane d'informations en lange catalane) puis prend les rênes d'un média anglophone, Catalonia Today, à présent aux mains de son épouse d'origine roumaine, Marcela Topor, journaliste et philologue et ancienne comédienne qu'il a rencontrée en 1998 lors d'un festival de théâtre.

Entre-temps, il a travaillé au journal El Punt Avui. Après son intronisation comme président de la Généralité de Catalogne en janvier 2016, ses anciens collègues du Punt Avui, dans un supplément de ce média relayé ici à nouveau par Vanity Fair, se sont souvenus du juron que proférait Carles Puigdemont lorsqu'il perdait au flipper: il poussait alors un très ordurier "Puta española!" qu'il est inutile de traduire. 

Puigdemont et Don Quichotte 

Son indépendantisme, qu'il a déjà chevillé au corps à l'époque au point qu'il a créé, avec d'autres, la Joventut Nacionalista de Catalunya (Jeunesses nationalistes de Catalogne) dans les années 80, guide sa carrière politique. Ainsi, il y a un an, dans une interview où on lui demandait s'il était disposé à aller en prison au nom de l'organisation du référendum sur l'indépendance, il répond: "Oui".

Pourtant, son arrivée à la tête de la région était rien moins qu'évidente. Carles Puigdemont s'inscrit au sein du Parti démocrate européen catalan, une formation politique séparatiste de centre-droit. Il est d'abord le disciple de l'ancien président de la Catalogne entre 1980 et 2003, Jordi Pujol, mais n'en est pas pour autant l'héritier en politique. Cette place de dauphin est revenue à Artur Mas, auquel il a succédé à la direction de la Généralité et actuellement interdit de l'exercice de tout mandat électif pour avoir organisé une consultation sur l'indépendance en novembre 2014. 

Interviewé par le New York Times, Carles Puigdemont résume lui-même son accession au pouvoir catalan: "une arrivée accidentelle de dernière minute par la porte de derrière". Cette faculté à ne pas se faire d'illusion sur son compte n'a pas empêché Mariano Rajoy, le Premier ministre espagnol avec lequel il est désormais à couteaux tirés, de lui offrir en 2016 lors de leur première rencontre le récit des exploits d'un "chevalier à la triste figure" dont la lucidité n'est pas le fort: Don Quichotte.

Ce mardi, l'intervention de Carles Puigdemont face au Parlement catalan, lors de laquelle il pourrait prononcer l'indépendance de la "République de Catalogne", dira s'il tient ou non du héros de Cervantes. Une chose est sûre, ce ne sont pas des moulins qu'il défiera mais toutes les institutions madrilènes et la monarchie espagnole. 

Robin Verner