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Le président de la Catalogne demande une médiation, le gouvernement refuse

Espagnols et Catalans sont déchirés au sujet du référendum d'autodétermination tenu dimanche sur la possibilité de déclarer l'indépendance de la Catalogne. Mardi soir, le roi d'Espagne s'était montré très ferme, appelant à l'unité du royaume. Ce mercredi soir, c'était au tour du président de la région de Catalogne, séparatiste, de prendre la parole. il a plaidé pour une médiation, que le gouvernement espagnol a plus tard indiqué ne pas vouloir accorder.

C'est peu dire que ce discours était très attendu à Barcelone ou Figueiras, comme à Madrid ou Valence. Ce mercredi soir, Carles Puigdemont, président de la région de Catalogne et figure du séparatisme local, a fait entendre sa voix dans un discours, vingt-quatre heures après que le roi Felipe VI l'a rabroué lui et l'ensemble des autorités catalanes et a appelé à l'unité de l'Espagne. Fort d'un référendum illégal aux yeux de Madrid, perturbé par des violences policières, tenu dimanche où le "Oui" à l'indépendance de la "République de Catalogne" était arrivé en tête avec 90% des suffrages selon le gouvernement catalan, Carles Puigdemont a commencé par s'emporter contre le comportement policier dimanche contre des manifestants séparatistes: "Nous poursuivons une cause: le refus de la violence et des charges injustifiables de la police contre une population civile qui ne faisait que défendre ses droits".

Felipe a "décu beaucoup de Catalans", selon Carles Puigdemont

Il a aussi voulu galvaniser les partisans de l'indépendance: "Les centaines de milliers de personnes dans la rue qui malgré les menaces ont eu une attitude pacifique doivent nous rendre forts et nous gagnerons si nous conservons cette attitude non violente. Les Catalans reçoivent l’admiration de l’étranger grâce à cela", a-t-il dit. 

Il a aussi critiqué la tonalité et la teneur du discours royal de la veille. "Je m’adresse à sa Majesté, je le sais. Il comprend le Catalan. Vous avez déçu beaucoup de Catalans, nous sommes dans un moment difficile et attendions un dialogue, que vous défendiez la concorde", a-t-il lancé, accusant le roi de ne pas s'être adressé à des millions de Catalans. "Le roi adopte le discours et les politiques du gouvernement (de Mariano) Rajoy qui ont été catastrophiques pour la Catalogne et ignore délibérément des millions de Catalans qui ne pensent comme eux". 

Une feuille de route encore floue

Il a donné une feuille de route, encore énigmatique: "Ce que nous allons faire c’est ce que d’autres populations ont déjà fait et feront dans le futur: vivre démocratiquement avec des droits". Il a plaidé pour le début de discussions: "Je souhaite une médiation. Beaucoup connaissent ma disposition en faveur d’un processus de médiation", a-t-il martelé. 

Si Carles Puigdemont n'a donc pas déclaré l'indépendance de la Catalogne, il a tout de même conclu d'une manière très équivoque: "Nous allons montrer que nous avons des institutions en Catalogne qui appliquent les résultats du référendum. Nous sommes un peuple capable de vivre le rêve qu’il s’est donné."

"C'est un coup d'Etat au ralenti!" assure l'ambassadeur d'Espagne

Sur notre plateau, Fernando Carderera, ambassadeur d'Espagne en France, a donné le fond de sa pensée, à l'issue de ce discours: "Il essaie de nous vendre la société catalane comme une société uniforme et pas comme une société plurielle. Une minorité de la société catalane est indépendantiste, monsieur Puigdemont a séquestré l’opinion publique de la Catalogne. Il gouverne contre plus de la moitié de la société catalane." il a ensuite enfoncé le clou: "Ce qu’il fait est d’une gravité extrême, il joue un coup d’Etat au ralenti. Il met en question le pacte démocratique espagnol. C’est encore plus grave que le coup d’Etat de 1981, car c’est un gouvernement qui le fait."

Ulysse Gosset, consultant de BFMTV pour les questions internationales, a quant a lui jugé le discours de Carles Puigdemont "plutôt modéré". Il a ensuite développé: "Ce qui me semble important dans le contexte, c’est ce qu’il n’y a pas dans la déclaration du président de la Catalogne. Il ne proclame pas l’indépendance, il n’annonce pas les résultats du référendum contesté. Il demande une médiation pour sortir de la crise."

Le gouvernement espagnol est inflexible

Le gouvernement espagnol a plus tard rejeté toute médiation dans la crise catalane. "Si M. Puigdemont veut parler ou négocier, ou envoyer des médiateurs, il sait parfaitement ce qu'il doit faire auparavant : se remettre dans le chemin de la loi, qu'il n'aurait jamais dû quitter", a réagi le gouvernement dans un communiqué.

Le gouvernement conservateur dirigé de Mariano Rajoy prévient Carles Puigdemont qu'il "n'acceptera aucun chantage. (...) Retirez la menace de la rupture", a-t-il poursuivi. 

Robin Verner