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Catalogne: une proclamation d'indépendance d'ici "à la fin de la semaine"

Dans une interview à la BBC, le président de la Catalogne Carles Puigdemont affirme que cette proclamation pourrait intervenir d'ici "à la fin de la semaine". De quoi inquiéter une partie de la population qui y reste hostile.

Le bras de fer continue entre le pouvoir central espagnol et la Catalogne. Le président de la région et séparatiste Carles Puigdemont a assuré, dans une interview diffusée mercredi, que son gouvernement s'apprêtait à déclarer l'indépendance de cette région de l'Espagne probablement "à la fin de la semaine". Une précision qui ajoute à l'inquiétude d'une partie de la population, majorité silencieuse préférant un maintien de la Catalogne au sein du Royaume.

"Nous allons déclarer l'indépendance 48 heures après le décompte des résultats officiels" du référendum, a-t-il annoncé dans un entretien à la BBC, le premier diffusé depuis le vote. "Cela va probablement se terminer quand nous aurons récupéré les votes de l'étranger", a-t-il précisé, "donc nous agirons à la fin de la semaine, ou au début de la semaine prochaine".

Mise en garde adressée à Madrid

Une réaction d'opposition de la part du gouvernement central constituerait "une nouvelle faute" qui s'ajouterait à "une longue liste d'erreurs", a affirmé le chef de l'exécutif catalan.

"Après chacune de ces erreurs, nous sommes sortis renforcés", a estimé le dirigeant séparatiste. "Pas seulement parce que le temps a passé, mais aussi parce que chaque semaine, à chaque erreur, nous obtenons plus de soutien de la société."

Dimanche, à l'issue du scrutin, Carles Puigdemont avait assuré que des "millions" de personnes s'étaient mobilisées pour participer au référendum d'autodétermination de la région, en dépit de son interdiction formelle. Avec cette consultation, les citoyens de Catalogne ont "le droit d'avoir un État indépendant qui prenne la forme d'une République", avait-il dit.

Ce référendum n'était pourtant assorti d'aucune des garanties qui accompagnent les scrutins électoraux, l'État espagnol ayant visé toute l'infrastructure qui lui aurait permis de présenter des résultats crédibles. Aucune commission électorale n'a supervisé l'organisation, le recensement n'était pas transparent, le vote n'était pas secret, etc.

Les légitimistes font (un peu) entendre leur voix

Outre la méconnaissance volontaire du Code électoral, le référendum n'avait pas l'assentiment d'une majorité de Catalans. Beaucoup craignent un appauvrissement de la région si elle venait à sortir de l'Euro. "On nous vend ici un nouveau Danemark, mais ce sera plus une nouvelle Serbie. On ne va pas récupérer que l'argent il y aussi les dettes. Qui va payer les retraites, qui va payer le chômage?", fait valoir Alexandre, franco-Espagnol qui travaille dans le secteur du tourisme, interrogé par BFMTV.

Si la Catalogne est la plus riche région d'Espagne, au coude à coude avec Madrid, elle est aussi très endettée. Selon le pouvoir central, l'indépendance de la Catalogne causerait un appauvrissement brutal de la population.

L'exécutif catalan visé par une enquête pénale

Le 6 septembre, le Parlement catalan avait adopté une loi pour organiser ce référendum malgré son interdiction, arguant du fait que les indépendantistes le réclamaient depuis 2012.

Dimanche soir, Mariano Rajoy avait, sans le nommer, désigné Carles Puigdemont comme un des responsables des événements de la journée, estimant qu'il avait promu "la violation de la loi et la rupture du vivre-ensemble". "Ne cherchez pas d'autres coupables, il n'y en a pas", avait-il ajouté. Carles Puigdemont et l'ensemble de l'exécutif catalan sont déjà visés par une enquête pénale pour "désobéissance, prévarication et détournement de fonds publics", en lien avec l'organisation du référendum.

L'Espagne - déjà exposée à l'indépendantisme d'une partie de la société basque au nord - vit depuis le début du mois de septembre sa pire crise politique depuis le coup d'Etat militaire avorté du 23 février 1981.

David Namias avec AFP