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Eau bénite et hypnose pour "soigner" les homosexuels en Russie

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Ozan Kose-AFP

En Russie, bien que l'homosexualité ne soit plus considérée comme une maladie mentale, de nombreux thérapeutes et religieux proposent des "traitements" à base d'hypnose et d'eau bénite.

Eau bénite, prière et hypnose. En Russie, nombreux religieux et thérapeutes proposent des "traitements" contre l'homosexualité. Depuis 1993, elle n'est plus considérée comme un crime et depuis 1999, elle n'est plus sur la liste des maladies mentales. Pourtant, l'homosexualité reste encore largement taboue dans ce pays.

Un "traitement" de huit à dix-huit mois

Un psychothérapeute a assuré avoir "soigné" 78 homosexuels et 8 transexuels à l'aide d'une méthode développée durant l'Union soviétique. Ce dernier a expliqué à la BBC que le "traitement" durait entre huit et dix-huit mois. Les séances d'hypnose peuvent durer jusqu'à huit heures.

"Quand un patient vient me voir, je lui montre des cas similaires: comment ils étaient et comment ils sont maintenant. Le patient est alors rempli d'espoir et comprend qu'il a besoin d'être soigné."

Yuri, 40 ans, qui a subi l'un de ses "traitements", assure que le résultat a été "sans aucun doute catastrophique et néfaste". Aucun scientifique n'a jamais reconnu de "traitement" contre l'homosexualité, qui, faut-il le rappeler, n'est pas une maladie. "Vous ne pouvez pas changer votre orientation sexuelle", a rappelé un psychologue, qui travaille avec des associations LGBT. Tenter de le faire peut être extrêmement préjudiciable, a-t-il indiqué à la radio britannique.

"Ils me frappaient avec des baguettes"

Des organisations religieuses proposent également d'autres types de soins contre l'homosexualité. Un pasteur moscovite promet d'aider les homosexuels à "rejeter" leur sexualité, symptomatique d'une "haine spirituelle", selon lui. Et diffuse même des vidéos sur internet d'hommes qui se sont "libérés du péché". De nombreuses familles russes se tournent vers ce type de personnes. Ce qu'a subi Maria, 27 ans. Elle a été contrainte d'aller à l'église à l'âge de 13 ans pour la "soigner" d'être lesbienne. De l'eau bénite était versée sur elle pendant que des fidèles récitaient des prières.

"Je pleurais toutes les larmes de mon corps. Ils continuaient de lire des prières et me forçaient à aller à l'église, où l'on me disait que mon attirance pour les filles venait de Satan, a-t-elle témoigné pour la BBC. Ils me forçaient à boire de l'eau bénite. Parfois, ils me frappaient avec des baguettes. C'est comme s'ils m'avaient brisée."

Un Russe sur deux pense qu'il faut punir l'homosexualité

Le dernier film de Disney, La Belle et la Bête, a été interdit aux moins de 16 ans après qu'un député russe réputé pour ses positions homophobes a écrit au ministre de la Culture estimant que ce film faisait une "propagande flagrante et éhontée du péché et des relations sexuelles perverses".

Depuis 2013, dans le pays de Vladimir Poutine, la "propagande pour les relations sexuelles non traditionnelles devant mineur" est condamnée par une amende, voire une peine de prison. Selon un sondage de l'institut Vtsiom, 88% des Russes approuvent cette mesure. Et plus de la moitié de la population considère qu'il faut punir l'homosexualité.

Récemment, c'est la Tchétchénie -dont le président Ramzan Kadyrov est un fidèle de Vladimir Poutine- qui a été accusée d'arrêter, de torturer et d'avoir fait disparaître des homosexuels. Au moins une centaine d'hommes homosexuels ont été arrêtés et brutalisés. Depuis fin mars, une vaste opération de répression à leur encontre a été lancée, affirme le journal Novaya Gazeta. Une information confirmée par l'ONG Human Right Watch. Face à ses accusations, un porte-parole de la présidence tchétchène avait rétorqué que "l'homosexualité n'existe pas ici".

C.H.A.