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Asia Argento accusée d'agression sexuelle: quelles conséquences pour #MeToo?

L'actrice et réalisatrice italienne Asia Argento, le 26 mai 2013 à Cannes.

L'actrice et réalisatrice italienne Asia Argento, le 26 mai 2013 à Cannes. - Loïc Venance - AFP

"Hypocrisie incroyable", "arroseur arrosé", mais aussi appels à la mesure. Après l'accusation d'agression sexuelle contre Asia Argento, pilier de #MeToo, les réactions pleuvent et certains s'interrogent sur les conséquences possibles sur le mouvement.

En octobre dernier, l'actrice et réalisatrice Asia Argento accusait, de même que plusieurs autres femmes, le producteur Harvey Weinstein de l'avoir violée quand elle avait 21 ans. Une prise de parole qui avait initié la libération de celle de milliers d'autres victimes d'agressions sexuelles et de viol, notamment grâce au mouvement #MeToo dont Asia Argento est devenue l'un des fers de lance.

"Parmi vous, dans le public il y a ceux que l'on devrait pointer du doigt à cause de leur comportement envers les femmes, un comportement indigne de cette industrie, de n'importe quelle industrie. Vous savez qui vous êtes. Plus important encore, nous nous savons qui vous êtes", avait lancé la cinéaste lors de la cérémonie de clôture du festival de Cannes, en mai dernier.

C'est pourtant au tour d'Asia Argento de se retrouver dans la position d'accusée à la suite de révélations du New York Times, le 19 août. Une source non identifiée a envoyé au quotidien américain des documents révélant qu'en début d'année, la réalisatrice avait donné plus de 330.000 euros à un jeune homme l'accusant d'agression sexuelle et menaçant de la poursuivre. Ces documents ont été authentifiés par trois personnes au courant de l'affaire, précise le quotidien américain.

Au moment des faits, qui se seraient déroulés dans un hôtel californien en mai 2013, la réalisatrice avait 37 ans et l'accusateur, Jimmy Bennett, 17. Outre l'accusation d'agression sexuelle, l'âge légal du consentement est fixé à 18 ans dans l'Etat américain. Ce mardi, Asia Argento a nié toute relation sexuelle avec le jeune homme et affirmé que l'argent versé avait été pour l'aider.

"On ne se méfie jamais assez des marchands de vertu"

Pour des détracteurs d'Asia Argento, comme le journaliste et éditorialiste Franz-Olivier Giesbert, ces révélations font de la cinéaste une "arroseuse arrosée".

"On ne se méfie jamais assez des marchands de vertu, des donneurs et des donneuses de leçons. Ce sont les les pires ennemis de leur cause", a-t-il tweeté le 20 août.

Asia Argento l'avait vivement repris alors qu'il avait déclaré sur C8 que les femmes "convoquées" par Harvey Weinstein "dans sa robe de chambre (...) (savaient) très bien d'ailleurs pourquoi il (les) convoqu(aient)".

Sa crédibilité atteinte

Cette révélation est aussi accueillie comme du pain béni par la défense d'Harvey Weinstein. Selon Benjamin Brafman, avocat du producteur, "cet épisode révèle un niveau d’hypocrisie incroyable de la part d’Asia Argento, l’une une des principales voix à avoir tenté de détruire" son client.

"La simple duplicité de sa conduite est tout à fait extraordinaire et devrait démontrer à tout le monde à quel point les allégations contre M. Weinstein ont été mal vérifiées", affirme-t-il.

"C'est accablant parce que ça va affaiblir la parole des toutes les autres victimes #MeToo", a estimé sur Twitter François Laborde, membre du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes et présidente du réseau "Pour les femmes dans les médias". "Comment peut-on se présenter en justicière quand on se sait coupable?", s'est-elle interrogée.

"Il est vrai que compte tenu du parcours d'Asia Argento et sa crédibilité à porter ce type de message, si c'est avéré ça va être extrêmement compliqué de la voir continuer à porter des messages de fermeté contre des agresseurs sexuels", a réagi sur Franceinfo Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminisme.

Néanmoins, la militante "ne pense pas que cela pourrait nuire à la cause #MeToo et au mouvement général d'écoute de la parole des femmes victimes d'agressions sexuelles et sexistes".

"Une femme se relèvera toujours pour prendre le relais"

"Ce qui parasite #MeToo en France, c’est la faiblesse des ressources journalistiques mises à disposition pour enquêter, et la résistance particulièrement élevée de la classe des hommes de pouvoir français à ce mouvement, pas Asia Argento", fait également valoir sur Twitter Alice Coffin, ancienne co-présidente de l'association française des journalistes LGBT et membre du collectif féministe La Barbe.

"Evidemment ça donne des billes à ceux qui ont déjà toujours voulu détruire ce mouvement-là", a-t-elle poursuivi sur notre antenne. "#MeToo, ce sont des millions d'Asia Argento. Une femme se relèvera toujours pour prendre le relais, c'est ça qui est assez beau dans #MeToo. Ce n'est pas une seule individualité, c'est un collectif", a fait valoir Alice Coffin.

"Je pense que la manière dont c'est arrivé au New York Times, par courrier anonyme, pose question", a soulevé sur BFMTV Sandrine Rousseau, ancienne secrétaire nationale EELV et présidente de l'association Parler, qui accompagne les victimes de violences sexuelles pour déposer plainte.

"Si elle a fait une faute elle a fait une faute, il n'y a pas de doute là-dessus, mais soyons aussi conscients que ça n'arrive pas par hasard", a-t-elle avancé.

Et qu'en pense la créatrice du mouvement #MeToo (avant qu'il ne devienne un hashtag sur les réseaux sociaux), la militante Tarana Burke?

"J'ai dit et répété que le mouvement #MeToo est pour tout le monde, y compris pour ces jeunes hommes courageux qui parlent aujourd'hui. (...) Les violences sexuelles sont une question de pouvoir et de privilège. Ça ne change pas si l'agresseur est votre actrice, votre militant ou votre professeur préférés, de quelque genre que ce soit", a-t-elle martelé.

"Pas une seule manière d'être survivant"

La militante a rappelé qu'il n'y avait "pas qu'une manière d'être coupable", ni "une seule manière d'être survivant". "Des gens utiliseront ces histoires pour discréditer le mouvement", a-t-elle prévenu. "Ne les laissez pas faire ça. C'est justement le but du mouvement, ce n'est pas un sport de spectateurs, cela vient des gens."

De son côté, l'actrice Rose McGowan, qui a elle aussi accusé Harvey Weinstein de viol, a dit avoir "le coeur brisé". "J'ai fait la connaissance d'Asia Argento il y a dix mois. Notre point commun est la douleur d'avoir été agressées par Harvey Weinstein. (...) Je continuerai mon travail au nom de victimes partout dans le monde", a-t-elle écrit sur Twitter.

Avant d'ajouter, quelques heures plus tard: "Aucun d'entre nous ne connaît la vérité et je suis sûre que de plus amples révélations sont à attendre. Soyez prudents."
Liv Audigane