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Trump et la Syrie: un revirement en quatre actes

Donald Trump, le 6 avril 2017.

Donald Trump, le 6 avril 2017. - Jim Watson - AFP

La violence de la frappe américaine et sa rapidité ont surpris les chancelleries occidentales qui approuvent de manière plus ou moins ouverte les représailles contre le régime de Bachar al-Assad.

Par l'envoi de 59 missiles Tomahawk, non pas directement sur Damas, mais sur une base militaire du régime de Bachar al-Assad située dans la province d'Idleb, l'administration Trump donne le ton d'un spectaculaire revirement géopolitique. Contrairement à Barack Obama qui avait évoqué en 2012 une "ligne rouge" à ne pas franchir, soit une interdiction formelle faite à l'armée syrienne d'utiliser des armes chimiques interdites par les conventions internationales, mais face à laquelle il n'avait pas opposé la réponse militaire pourtant évoquée, Donald Trump a répondu par la manière forte.

Une chose est claire: cette soudaine hausse de ton a surpris tout le monde. Si tout est allé très vite et que beaucoup - Royaume-Uni, Israël, Allemagne, Arabie Saoudite, Australie et d'autres membres de la communauté internationale - se félicitent de l'initiative américaine alors qu'ils prônaient auparavant une solution orchestrée dans le cadre des Nations unies, la volte-face reste le fruit d'une évolution. Rapide, peut-être motivée par l'émotion, mais dont on peut néanmoins retracer les paliers.

> Fin mars, l'administration Trump résignée fait "avec Assad"

Le secrétaire d’Etat Rex Tillerson prend la parole le 30 mars, lors d'un voyage en Turquie. Il assure alors que "le sort du président Assad, à long terme, sera décidé par le peuple syrien". Donald Trump l'avait dit lors de la campagne pour la présidentielle américaine. En juillet 2016 dans le New York Times il avait certes qualifié Bachar al-Assad de "sale type" qui "a fait des choses horribles". Mais il disait aussi vouloir focaliser son action future sur la lutte contre le terrorisme islamiste et plus particulièrement contre Daesh.

Dans un même élan, Nikki Haley précise que Washington doit "choisir ses batailles". "Quand vous regardez la situation, il faut changer nos priorités, et notre priorité n’est plus de rester assis là, à nous concentrer pour faire partir Assad", ajoute-t-elle.

> Le tournant de l'attaque du 4 avril

Le 4 avril, un raid aérien frappe Khan Cheikhoun, une petite ville contrôlée par des rebelles et des jihadistes dans la province d'Idleb au nord-ouest du pays. Il fait au moins 86 morts, dont 27 enfants, et plus de 160 blessés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

Ce raid est, selon l'OSDH, la deuxième "attaque chimique" la plus meurtrière depuis le début du conflit après celle au gaz sarin qui avait fait plus de 1.400 morts dans la banlieue de Damas en 2013.

Selon des médecins sur place, les symptômes relevés sur les patients sont similaires à ceux constatés sur des victimes d'une attaque chimique, notamment avec des pupilles dilatées, des convulsions et de la mousse sortant de la bouche. 

> Dès le lendemain, Trump menace de passer à l'action

Le président américain Donald Trump menace dès le 5 avril de passer à l'action. "Ces actes odieux par le régime d'Assad ne peuvent pas être tolérés", affirme le président, qui reconnaît que son "attitude vis-à-vis de la Syrie et d'Assad a nettement changé".

Qu'importe, Nikki Haley, ambassadrice américaine à l'ONU brandit, lors d'une réunion en urgence du Conseil de sécurité, des photos d'enfants morts en Syrie pour dénoncer l'injustice et la cruauté de l'attaque. Plusieurs journaux du monde placardent ces images sur leur une.

Le 6 avril, Moscou affirme que Washington ne dispose pas d'information "objective", "fiable" et "réaliste. Vladimir Poutine juge "inacceptable" d'accuser sans preuve le régime. Qu'importe, le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson annonce que Washington "envisage une réponse appropriée". 

> Trump frappe dans la nuit du 6 au 7

Dans la nuit de jeudi à vendredi, 59 missiles de croisière Tomahawk sont tirés par deux navires américains en Méditerranée vers la base aérienne d'Al-Chaayrate dans le centre du pays. Donald Trump appelle toutes les "nations civilisées" à œuvrer pour faire cesser le bain de sang.

Moscou condamne vivement l'opération et suspend l'accord avec Washington sur la prévention d'incidents aériens.

David Namias