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Les dix succès et échecs de la présidence Obama

Barack Obama, en octobre 2016.

Barack Obama, en octobre 2016. - Jim Watson - AFP

L'ère Obama à la Maison Blanche prendra fin le 20 janvier. En huit ans, le président démocrate s'est auréolé de quelques succès notoires, mais aussi de nombreux échecs, en raison des freins imposés par le Congrès républicain.

Il fait ses adieux ce mardi. Après huit ans de bons et loyaux services, Barack Obama prononcera dans la soirée, à Chicago, la ville où il a débuté sa fulgurante ascension politique, son ultime discours de président des Etats-Unis. Une allocution aux airs de révérence, dix jours avant de passer le flambeau à son successeur, Donald Trump. 

Ses huit années à la Maison Blanche auront été marquées par quelques beaux succès, comme la mise en place de l'Obamacare, la légalisation du mariage homosexuel, ainsi que la main tendue à Cuba, après plus d'un demi-siècle de crise diplomatique. Mais malgré son double mandat, et sa bonne volonté, Barack Obama aura globalement peiné à mettre en place ses réformes les plus emblématiques. Bridé par un Congrès majoritairement républicain, il n'a pu mener à bien certaines de ses promesses phares, telles que la fermeture de Guantanamo, ou la législation sur les armes à feu. BFMTV.com fait le point sur les réussites et les échecs de huit ans de présidence Obama. 

  • Le plan de relance de l'économie

Il s'agit de la première réforme menée par Barack Obama à son arrivée à la Maison Blanche. En février 2009, le 44e président des Etats-Unis a fait adopter au Congrès américain un plan de relance économique de 787 milliards de dollars, pour dynamiser de nouveau le pays, qui sortait à peine de la crise économique de 2008. Derrière, Barack Obama est parvenu à relancer les Etats-Unis, en faisant régresser le chômage, avec un taux qui est passé sous la barre des 5% en novembre dernier.

Mais ses efforts pourraient ne pas être suffisants. Sur la fin de son second mandat, les Etats-Unis ont connu un ralentissement de la croissance économique, qui pourrait se transformer en panne. C'est en tout cas ce que prévoit le Fonds monétaire international, qui table sur une évolution du PIB inférieure à celle de la zone euro en 2017.
  • L'Obamacare 

Barack Obama a réussi là où Bill Clinton avait échoué quinze ans avant lui. Le 1er janvier 2014, Barack Obama instaure l'Obamacare, une réforme du système de santé américain qui accorde à toute personne habitant aux Etats-Unis une couverture santé, même aux revenus les plus modestes. Cette réforme, qui oblige les Américains à avoir une assurance maladie, offre des subventions pour rendre plus abordable la couverture santé aux plus jeunes.

Elle interdit également aux compagnies d'assurances de refuser une couverture santé aux personnes atteintes de maladies chroniques, et autorise les jeunes adultes à rester sur la couverture de leurs parents jusqu'à leurs 26 ans.
  • L'échec du réchauffement diplomatique avec la Russie

Plusieurs fois au cours de ses deux mandats, Barack Obama a tenté de réchauffer les relations diplomatiques avec Moscou. Lorsqu'il accède à la Maison Blanche, le président des Etats-Unis parvient à se rapprocher de la Russie. En 2010, il signe avec Dmitri Medvedev un accord de désarmement. Les deux hommes engagent ensemble des discussions sur le nucléaire et la situation en Afghanistan. Mais le retour au pouvoir de Vladimir Poutine en 2012 tend de nouveau les relations entre Moscou et Washington, le président russe souhaitant garder ses distances avec les Etats-Unis.

La situation se tend entre les deux pays. En 2013, Barack Obama refuse de rencontrer Vladimir Poutine après que la Russie a accordé l'asile à Edward Snowden. Crispation encore quelques mois plus tard, pendant la crise ukrainienne: l'attitude de la Russie pousse Barack Obama à prendre des sanctions à son encontre. Enfin, plus récemment, l'ingérence russe dans l'élection présidentielle du 8 novembre a poussé le président américain à s'attaquer à son homologue.
Vladimir Poutine et Barack Obama, en septembre 2016.
Vladimir Poutine et Barack Obama, en septembre 2016. © ALEXEI DRUZHININ / SPUTNIK / AFP
  • L'échec à fermer Guantanamo

En 2008, Barack Obama promettait de faire fermer la prison de Guantanamo, ouverte après le 11-Septembre sur l'île de Cuba. Mais cette proposition de campagne était trop difficile à tenir. Freiné par un Congrès à majorité républicain, Barack Obama n'est jamais parvenu à faire passer une mesure qui aurait permis la fermeture du camp de haute sécurité. 

Mais l'ex-sénateur de l'Illinois sera tout de même parvenu à vider la prison de la quasi-totalité de ses occupants: après un ultime transfert de 18 prisonniers annoncé fin décembre, 42 détenus y resteront incarcérés après son départ, contre 242 en janvier 2009, au moment de son arrivée à la Maison Blanche.
  • La légalisation du mariage homosexuel 

Si l'autorisation du mariage homosexuel ne résulte pas directement d'une décision de Barack Obama, elle a été un événement majeur de son second mandat. Le 26 juin 2015, la Cour suprême américaine légalise le mariage homosexuel sur l'ensemble du territoire des Etats-Unis, affirmant ainsi que le droit à l'union entre personnes de même sexe doit être reconnu dans tout le pays.

"C’est une victoire pour les alliés, les amis et les soutiens du mariage gay qui ont passé des années, voire des décennies, à travailler et prier pour que le changement intervienne. Et cette décision est une victoire pour l’Amérique", avait réagi Barack Obama, qui s'était prononcé en 2012 en pleine campagne pour son deuxième mandat, en faveur du mariage gay.
  • Aucune loi contre les armes à feu

Alors que les fusillades continuent d'être quasi-quotidiennes aux Etats-Unis, Barack Obama ne sera pas parvenu à légiférer sur l'utilisation des armes à feu, pourtant l'une des priorités de son second mandat. En décembre 2012, après la tuerie à l'école primaire Sandy Hook, il s'était engagé à instaurer un contrôle renforcé concernant les ventes en ligne. Mais, comme pour la fermeture de Guantanamo, le président américain a perdu son bras de fer avec le Congrès, qui a rejeté définitivement le projet de loi en avril 2013.

Début janvier 2016, Barack Obama a repris le combat, résolu à agir sur la question avant la fin de sa présidence. Il a ainsi annoncé une batterie de décrets visant à mieux contrôler les ventes d’armes, tout en préservant le fameux deuxième amendement de la Constitution américaine, qui garantit le droit de porter des armes, farouchement défendu par les Américains pro-armes.
  • Des violences raciales et policières qui persistent

L’élection d’un Noir à la Maison Blanche n’y aura rien changé: les Etats-Unis n’en ont pas fini avec la question raciale, ni avec les tensions entre minorités et forces de l'ordre. Les assassinats d’Afro-Américains par des policiers blancs, qui ont émaillé les années 2014 et 2015, entraînant des émeutes et le lancement du mouvement Black Lives Matter, en sont la preuve.

Outre-Atlantique, la question raciale et celle de la vente libre des armes restent intrinsèquement liées, laissant planer un sentiment d’insolvabilité. Pour tenter d’apaiser la situation, Barack Obama, politiquement impuissant sur ces questions, rappelle régulièrement aux Américains leurs valeurs et leurs aspirations communes, en les invitant à prendre de la hauteur.

En juin 2015, il avait entonné Amazing Grace, en hommage aux victimes de la tuerie de Charleston, où huit fidèles et le pasteur d'une église fréquentée par la communauté noire avaient été froidement abattus par un suprématiste blanc.

  • Le rapprochement historique avec Cuba 

En décembre 2014, Barack Obama et son homologue cubain Raul Castro annoncent un rapprochement diplomatique historique entre Washington et La Havane, après plus de 50 ans de gel. Déblocages commerciaux, réouverture de l'ambassade américaine, levée des restrictions encadrant les voyages, implantations de compagnies américaines, arrivées de navires et d'avions en provenance des Etats-Unis, sont autant de conséquences de ce dégel observé depuis deux ans. 

La visite de Barack Obama à Cuba marque l'apogée de ce réchauffement. L'image était en effet encore impensable quelques années plus tôt: le 20 mars 2016, l'Air Force One se pose sur le tarmac de l'aéroport de La Havane. Une première depuis 90 ans. 
Barack Obama et Raul Castro, le 21 mars 2016, à La Havane.
Barack Obama et Raul Castro, le 21 mars 2016, à La Havane. © Nicholas Kamm - AFP
  • L'enlisement du conflit syrien

Dès le mois d'août 2012, Barack Obama avait mis en garde Bachar al-Assad contre une "ligne rouge" à ne pas franchir en Syrie: si le président syrien employait la force chimique dans le conflit, les Etats-Unis répliqueraient. Un an plus tard, le 21 août 2013, Washington se retrouve face au fait accompli, lorsque Damas lâche du gaz sarin sur La Ghouta, un quartier rebelle de la capitale, faisant plus de 1.400 morts. 

La France, par la voix de François Hollande, somme les Etats-Unis d'intervenir. Malgré un franchissement évident de la fameuse "ligne rouge", Barack Obama, hésitant, décide finalement de consulter le Congrès, ce qui écarte toute intervention militaire à court terme. L'épisode se solde par la conclusion d'un accord entre la Russie et les Etats-Unis, le 14 septembre 2013, portant sur un plan d'élimination des armes chimiques syriennes.

En août 2014, les Etats-Unis s'engagent militairement en Irak et en Syrie, dans le cadre de la coalition internationale. Mais leur objectif a changé: l'organisation jihadiste Daesh est la cible de leurs frappes aériennes. 

  • L'échec à faire élire Hillary Clinton 

Le 8 novembre dernier, à l'heure où le monde entier attendait une victoire d'Hillary Clinton, le coup de théâtre se produit: alors que les sondages prédisaient une tout autre issue depuis des mois, la candidate démocrate est largement battue par le républicain Donald Trump, avec 304 grands électeurs remportés, contre 227. La victoire du magnat de l'immobilier, qui n'a jamais exercé de mandat politique, sonne comme une lourde défaite pour Barack Obama.

Malgré la vigueur de son soutien à Hillary Clinton dans la dernière ligne droite de la campagne, et celui de son épouse Michelle, le président démocrate voit son bilan totalement remis en cause par ce revers électoral, certes indirect. Des Etats traditionnellement démocrates, et qui avaient voté pour Barack Obama en 2008 et 2012, se sont cette fois-ci tournés vers Donald Trump. 

Le démocrate ne s'imaginait certainement pas devoir briefer le milliardaire sur les principaux dossiers à suivre, et lui remettre les clés de la Maison Blanche, le 20 janvier prochain. D'autant plus que Donald Trump a d'ores et déjà promis de défaire un certain nombre des mesures-clés de son prédécesseur, à commencer par l'Obamacare.

Donald Trump rencontre Barack Obama à la Maison Blanche, le 10 novembre.
Donald Trump rencontre Barack Obama à la Maison Blanche, le 10 novembre. © Jim Watson - AFP
Adrienne Sigel et Florian Huvier