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Armes, Guantanamo, racisme: les trois grands échecs de Barack Obama

Barack Obama lors de son investiture, le 20 janvier 2009.

Barack Obama lors de son investiture, le 20 janvier 2009. - Charles Ommanney - Getty Images North America - AFP

GOODBYE OBAMA 5/5 - Bloqué par un Congrès en majorité républicain, Barack Obama, qui arrivera prochainement au terme de son second mandat, a échoué à mettre en place bon nombre de réformes, parmi lesquelles certaines de ses promesses phares.

Malgré son double mandat, il aura peiné à mettre en place ses réformes. Bridé par un Congrès majoritairement républicain, Barack Obama, qui quittera bientôt la Maison Blanche, n'a pu mener à bien certaines de ses promesses de campagne, à commencer par la fermeture de la prison de Guantanamo. Son second mandat a été marqué par une recrudescence des tensions entre forces de l'ordre et minorités, révélatrice de la persistance de la question raciale aux Etats-Unis. Là encore, le président américain, impuissant sur la question des armes, n'a pu que constater son échec, dans un combat pour lequel il incarnait pourtant l'espoir. 

> Fermer Guantanamo

Pendant huit ans, il n’aura pas réussi à faire bouger le dossier. La fermeture du camp de Guantanamo, à Cuba, était pourtant l’une des promesses du candidat Obama lors de sa campagne de 2008. L’ex-sénateur de l’Illinois voulait se débarrasser de cette prison très coûteuse, où la torture a été régulièrement employée, bafouant les règles du droit international humanitaire.

L’idée était aussi de trancher avec son prédécesseur, George W. Bush, qui avait fait ouvrir cette prison militaire en janvier 2002, après les attentats du 11-Septembre, pour y incarcérer et y interroger les terroristes présumés, transférés d’Afghanistan, d’Irak ou du Yémen. Jusqu’à 680 prisonniers ont été enfermés dans le camp, au plus fort de son utilisation, en 2003.

S’il ne reste aujourd’hui que 80 détenus à Guantanamo, et que les transferts des prisonniers vers d’autres pays se sont accélérés, le camp est toujours ouvert, et la probabilité que Barack Obama réussisse à obtenir la fermeture avant son départ de la Maison Blanche, en janvier prochain, est très faible, tant le Congrès bloque le processus. En février, le président américain a présenté un nouveau plan pour fermer la prison, proposant de transférer les détenus restants vers 13 prisons de haute sécurité situées sur le sol américain. Mais l’idée a été très mal reçue dans le camp républicain, qui a dénoncé une menace à la sécurité nationale. Reste à savoir si Obama forcera la main du Congrès par décret, pour obtenir la fermeture avant la fin de son mandat.

Un mirador de la prison de Guantanamo.
Un mirador de la prison de Guantanamo. © Paul J. Richards - AFP

> Légiférer sur les armes à feu

L’autre grand combat inachevé de Barack Obama est la législation sur les armes à feu, dont il a fait l’une des priorités de son second mandat, sans jamais réussir à obtenir gain de cause. Alors que les fusillades sont quotidiennes aux Etats-Unis depuis 2013, que les armes à feu y font près de 30.000 morts chaque année, et que le pays a connu sa pire fusillade de masse le 12 juin dernier avec l’attentat perpétré contre le club Pulse, à Orlando, le Congrès bloque toujours toute évolution sur la question, influencé par le puissant lobby des armes, la NRA.

Après le choc de la tuerie de l’école primaire Sandy Hook, à Newtown, en décembre 2012, Barack Obama s'était engagé à mettre en place un contrôle renforcé autour de la vente en ligne, ainsi qu’une interdiction de vente de fusils d’assaut au grand public. Mais une fois l’indignation passée, il s’était heurté à l’avis défavorable de la population américaine sur la question, puis au rejet définitif du projet de loi par le Congrès, en avril 2013.

Début janvier, Barack Obama a repris le combat, résolu à agir sur la question avant la fin de sa présidence. Il a ainsi annoncé, non sans émotion, une batterie de décrets visant à mieux contrôler les ventes d’armes, tout en préservant le fameux deuxième amendement de la Constitution américaine, qui garantit le droit de porter des armes, farouchement défendu par les Américains pro-armes.

Au cœur des mesures, le contrôle des antécédents judiciaires et psychiatriques des acheteurs d’armes, inexistant pour la vente en ligne. Et ce alors que les ventes ont bondi près les attentats de Paris et San Bernardino. "Chaque fois que je pense à ces enfants de CP, à Sandy Hook, cela me rend fou", avait déclaré Barack Obama, les larmes aux yeux.

Stopper les violences raciales et policières

L’élection d’un Noir à la Maison Blanche n’y aura rien changé: les Etats-Unis n’en ont pas fini avec la question raciale, ni avec les tensions entre minorités et forces de l'ordre. Les assassinats d’Afro-Américains par des policiers blancs, qui ont émaillé les années 2014 et 2015, entraînant des émeutes et le lancement du mouvement Black Lives Matter, en sont la preuve. Cette plaie des tensions entre minorités et forces de l’ordre s’est brusquement réouverte au début de cet été, avec la mort de deux Noirs tués par des policiers dans le Minnesota et en Louisiane, suivie d’une fusillade contre des policiers à Dallas, déclenchée par un réserviste de l’armée afro-américain qui voulait venger les victimes.

Les faits sont intervenus presque un an jour pour jour après le vibrant hommage rendu par un Barack Obama impuissant face aux neuf victimes de la tuerie de Charleston, où huit fidèles et le pasteur d'une église fréquentée par la communauté noire avaient été froidement abattus par un suprématiste blanc, le 17 juin 2015. Le président américain avait alors entonné Amazing Grace, ce chant chrétien repris dans les églises noires. Quelques semaines plus tôt, à Selma, dans l’Alabama, il avait dénoncé la persistance du racisme aux Etats-Unis, 50 ans après la répression d’une marche pour les droits civiques.

Outre-Atlantique, la question raciale et celle de la vente libre des armes restent intrinsèquement liées, laissant planer un sentiment d’insolvabilité. Pour tenter d’apaiser la situation, Barack Obama, politiquement impuissant sur ces questions, rappelle depuis plusieurs mois aux Américains leurs valeurs et leurs aspirations communes, en les invitant à prendre de la hauteur. Le 12 juillet, à Dallas, lors de l’hommage rendu aux cinq policiers abattus, il s’est voulu rassurant et rassembleur, appelant à "rejeter le désespoir". "Je suis ici pour insister sur le fait que nous ne sommes pas aussi divisés qu'il y paraît", a-t-il déclaré, tout en laissant percer une forme de lassitude face à la répétition du scénario.

Des manifestants à Ferguson, dans le Missouri, après la mort de Michael Brown, tué par un policier.
Des manifestants à Ferguson, dans le Missouri, après la mort de Michael Brown, tué par un policier. © Scott Olson - Getty Images North America - AFP
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