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Syrie: les frappes américaines modifient les règles du jeu avec les Russes

Donald Trump annonce des frappes américaines en Syrie, le 6 avril 2017.

Donald Trump annonce des frappes américaines en Syrie, le 6 avril 2017. - JIM WATSON / AFP

Alors qu'il avait toujours refusé toute intervention directe en Syrie, le président américain a ordonné jeudi des frappes sur des installations de Bachar al-Assad. Une décision qui remet en cause le rapport de force entre les Etats-Unis et la Russie, principal allié du régime syrien.

Quarante-huit heures après une attaque chimique de grande ampleur en Syrie, qui a fait au moins 86 morts dont 27 enfants, le président américain a ordonné jeudi des frappes contre des installations du régime de Bachar al-Assad. Une décision unilatérale, alors que le Conseil de sécurité des Nations Unies ne parvenait pas à se mettre d'accord sur une résolution pour condamner cette attaque.

"Ce soir, j'ai ordonné des frappes militaires sur l'aéroport d'où est partie l'attaque chimique. Ces frappes sont dans l'intérêt vital de la sécurité nationale des Etats-Unis pour empêcher et stopper l'utilisation et la diffusion des armes chimiques", a déclaré le président américain.

La semaine dernière, l'administration Trump restait pourtant sur sa ligne: aucune intervention directe ne serait menée en Syrie, affirmant même que Bachar al-Assad pouvait rester au pouvoir. "Tout le monde a été surpris par la soudaineté de cette riposte", assure notre correspondant à Washington, qui évoque une "réaction émotionnelle" du président américain face aux images terrifiantes d'enfants agonisants.

Moscou dénonce "une agression contre un Etat souverain"

Donald Trump avait prévenu que cette attaque ne resterait pas impunie. L'ambassadeur russe Vladimir Safronkov avait alors averti des "conséquences négatives" en cas d'intervention militaire. "Si il y a des actions militaires, toute la responsabilité sera sur les épaules de ceux qui auront initié une telle entreprise tragique et douteuse", avait-il indiqué à l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité.

Le porte-parole du Kremlin a déclaré vendredi matin que les frappes américaines en Syrie causent un "préjudice considérable" aux relations entre Moscou et Washington qui "sont déjà dans un état lamentable". "Elles constituent une "agression contre un Etat souverain", a-t-il indiqué.

Si l'administration Trump a estimé que "la Russie avait manqué à ses responsabilités en Syrie", le Pentagone a toutefois prévenu la Russie à l'avance de ces frappes pour éviter que ne soient touchés des militaires russes présents sur la base syrienne.

Une décision unilatérale qui modifie le rapport de force avec la Russie

Pour le Général Dominique Trinquand, expert militaire interrogé sur BFMTV, le président russe Vladimir Poutine est un homme "qui ne comprend que les rapports de force". "Il a compris qu'avec Donald Trump, les règles du jeu avaient changé", assure-t-il. Alors que la Russie bénéficiait d'une position de force en Syrie, le président américain montre qu'aujourd'hui, il est capable d'avoir l'ascendant sur ses opposants, de décider rapidement et de manière unilatérale, et de mettre en oeuvre des moyens considérables.

"Le rapport de force se place aujourd'hui au-delà des moyens militaires et humains", estime le Général pour qui le rapport de force entre les Etats-Unis et la Russie s'est aujourd'hui déplacé "au niveau psychologique entre les deux chefs d'Etat". "Vladimir Poutine sait désormais qu'il a face à lui quelqu'un qui est capable de réactions très brutales et immédiates", conclut Dominique Trinquand, qui estime que les Russes n'ont aucun intérêt à une escalade du conflit en Syrie.

Mélanie Rostagnat