BFMTV

Syrie, Afghanistan, Donald Trump a-t-il pris goût à l'interventionnisme?

Donald Trump, le 12 avril 2017.

Donald Trump, le 12 avril 2017. - Nicholas Kamm - AFP

En l'espace d'une semaine, le président américain a ordonné deux interventions militaires majeures, en Syrie et en Afghanistan. Une stratégie qui contraste nettement avec le discours isolationniste qu'il avait tenu durant sa campagne. Quelles sont les raisons qui peuvent pousser Donald Trump à montrer les muscles?

Il avait pourtant tout misé sur l'isolationnisme américain pendant sa campagne. Mais depuis les frappes menées par les Etats-Unis sur une base de l'aviation syrienne, la semaine dernière Donald Trump semble avoir changé de ligne. En l'espace d'une semaine, les Etats-Unis ont réalisé deux impressionnantes frappes militaires. 

Dans la nuit du 6 au 7 avril, 59 missiles Tomahawk ont été lancés sur une base de l'aviation syrienne, en réponse à l'attaque chimique du 4 avril sur la ville de Khan Cheikhoun, imputée au régime de Damas. Moins d'une semaine après cette démonstration de force face à Bachar al-Assad, l'armée américaine a lâché la GBU-43/B, sa plus puissante bombe non-nucléaire, jeudi, sur une position de Daesh en Afghanistan, qui aurait tué 36 combattants jihadistes. Donald Trump, lui, s'est félicité d'un "nouveau succès". Mais pourquoi le président américain développe-t-il cet interventionnisme soudain? 

Démonstration de force à l'attention de Pyongyang

En mettant en oeuvre la puissance de frappe militaire des Etats-Unis, Donald Trump fait une démonstration de force, à l'heure où le climat est particulièrement tendu avec Pyongyang. Jeudi, le président américain a en effet affirmé que le problème de la Corée du Nord "sera traité", après qu'une activité sur le site de test nucléaire nord-coréen a été rapportée.

Ce vendredi, Washington a par ailleurs indiqué étudier les options militaires pour riposter à la poursuite du programme d'armement nord-coréen. Ce à quoi Pyongyang a répondu en promettant une "réponse sans pitié" à tout provocation américaine. Inquiets, Moscou et Pékin ont appelé à la retenue. 

Pour CNN, en agissant ainsi, Donald Trump, conscient que l'ensemble du monde le regarde, montre les muscles et envoie un message fort: il est un chef d'Etat qui ne rechigne pas à utiliser la force, et ses ennemis ne doivent pas l'oublier. Une manière de se différencier de son prédécesseur Barack Obama, et de s'affirmer comme un puissant commandant en chef. 

Détourner l'attention

Mais pour certains observateurs de la vie politique américaine, ainsi que pour ses détracteurs du camp démocrate, les récentes accélérations de Donald Trump sur la scène internationale et la satisfaction qu'il en tire sont une manière de détourner l'attention.

La représentante démocrate de Californie Jackie Speier a ainsi accusé la Maison Blanche de mettre en scène des opérations militaires à l'étranger pour atténuer le peu de stature du président républicain en termes de politique intérieure. L'élue a également pointé du doigt l'absence d'explications par Donald Trump de sa stratégie aux Américains. 

Un avis non partagé par le camp républicain, qui approuve l'action militaire du président. "J'espère que les adversaires de l'Amérique regardent et comprennent désormais qu'il y a un nouveau shérif en ville", a ainsi commenté le sénateur républicain Lindsey Graham, sur Twitter

Asseoir son autorité

Enfin, comme le souligne CNN, l'attitude de Donald Trump sur la scène internationale peut être une manière d'asseoir sa stature politique, mise à mal au cours de ses premières semaines à la Maison Blanche, marquées par plusieurs revers, et ce alors que le milliardaire dépassera bientôt les 100 jours passés au pouvoir. 

Une première étape symbolique pour le républicain, qui avait fait de l'élimination de Daesh l'une de ses priorités, pendant sa campagne. Les sondages réalisés outre-Atlantique démontrent d'ailleurs que les frappes en Syrie ont été approuvés par une majorité d'Américains. Selon un sondage Washington Post-ABC publié le 10 avril, 51% déclarent soutenir les frappes, et 40% s'y disent opposés.

Des chiffres qui contrastent avec ceux, très bas, de la popularité du président. Fin mars, après deux mois passés à la Maison Blanche, le républicain enregistrait une impopularité record, en dessous des 40%. De quoi le conforter dans sa stratégie interventionniste. 

Adrienne Sigel