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Plan climat d'Obama: vraies annonces et vrais oublis

Barack Obama a voulu marquer lundi sa volonté d'engager les Etats-Unis dans la transition énergétique. Pourtant, les secteurs de l'industrie et des transports ne sont pas concernés par le plan du président américain.

A quatre mois de la COP21, François Hollande s'est félicité ce mardi des annonces du président américain concernant le climat. Barack Obama a insisté lundi soir dans un discours prononcé depuis la Maison Blanche sur l'urgence d'agir immédiatement pour le climat, avec des restrictions inédites sur les centrales électriques. Le président américain, qui avait laissé de côté les questions écologiques lors de ses quatre premières années à la Maison Blanche, atteindra bientôt la fin de son second - et dernier - mandat. Il souhaite probablement écrire une dernière ligne marquante sur son héritage politique.

Le Plan américain pour une énergie propre "constitue une contribution majeure au succès de la Conférence de Paris sur le changement climatique" organisée à la fin de l'année, a salué le président français. Mais, concrètement, que contient le plan américain contre la "grande menace" que fait peser le changement climatique sur la planète?

Ce qui va se passer concrètement

Barack Obama l'a déclaré solennellement, la lutte contre les changements climatiques est l'un des "défis-clés" de notre époque, surtout aux Etats-Unis, deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre derrière la Chine.

"Il n'y a pas de défi qui pose une plus grande menace pour notre avenir et pour les générations futures que le changement climatique", a-t-il affirmé.

Pourtant, le plan ne comporte qu'une seule mesure vraiment marquante. Une série de règles et de réglementations imposeront pour la première fois aux centrales électriques américaines de réduire de 32% d'ici à 2030 leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2), par rapport à 2005. La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, a salué sur BFMTV "un très bon signal" qui lève "un doute sur la volonté des Etats-Unis d'Amérique pour s'engager dans la lutte contre le réchauffement climatique".

37% de l'électricité américaine est encore produite par des centrales au charbon, selon l'Environmental Protection Agency, et les centrales électriques sont responsables de 40% des émissions américaines de dioxyde de carbone, le gaz qui contribue le plus au changement climatique. "C'est une belle annonce parce que les Etats-Unis tournent le dos au charbon", au profit des énergies renouvelables concède le climatologue Jean Jouzel interrogé sur BFMTV. Solaire, éolien, biomasse... leur part devrait en effet passer de 11% à 28% d'ici 2030, selon le plan.

Ce qui manque dans les annonces

Mais justement, comme le souligne Jean Jouzel, qui est également vice-président du Giec, "il faut remarquer que ce plan ne concerne que 40% des émissions de gaz carbonique qui elles mêmes ne constituent que 80% des gaz à effet de serre".

Ni les transports, ni l'industrie, pourtant respectivement responsables de 31% et 15% des émissions de CO2, n'ont été évoqués par Barack Obama. "C'est ambitieux mais pour une partie seulement des gaz à effet de serre des Etats-Unis, ce n'est pas encore suffisant", tient à préciser Jean Jouzel. Après avoir donné un "signal fort", Barack Obama "va continuer je l'espère sur les industries les plus polluantes et sur les transports", veut croire Ségolène Royal.

Mais, même concernant la production électrique, les ambitions fixées par Barack Obama "restent bien en-deçà de la responsabilité historique des Etats-Unis dans les émissions mondiales", note Célia Gautier, du Réseau Action Climat, interrogée par Libération.

Les Républicains font barrage

Le contexte est compliqué pour le président américain, qui a assez peu de marges de manoeuvre. Celui qui avait fait dès 2008 de l'environnement une de ses priorités, doit composer aujourd'hui avec une opposition peu encline à se préoccuper de l'environnement, voire carrément climato-sceptique. Le président du parti républicain Reince Priebus a fustigé des mesures qui pourraient avoir "des conséquences dévastatrices sur l'économie" américaine.

  • Les réductions des émissions de gaz à effet de serre sont en outre une question politiquement sensible car le charbon, l'une des sources d'énergie les plus polluantes, est un secteur industriel important aux Etats-Unis. Un lobby pro-charbon, l'American coalition for clean coal electricity, avait indiqué plus tôt lundi qu'elle pourrait poursuivre l'administration Obama en justice, car elle mène "un plan illégal pour faire grimper les prix de l'électricité".

Quoi qu'il en soit, une bataille devrait s'engager sous peu pour savoir si, oui ou non, Washington peut imposer des réformes aux Etats. Car, comme le rappelle Libération, les procureurs de plus d’une douzaine d’Etats se sont d'ores et déjà dits prêts à attaquer les nouvelles régulations en justice.

dossier :

Barack Obama

Aurélie Delmas avec AFP