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Boston: les services secrets russes connaissaient-ils les frères Tsarnaev?

Les frères Tsarnaev, auteurs présumés des attentats de Boston.

Les frères Tsarnaev, auteurs présumés des attentats de Boston. - -

Pour les médias russes, les frères Tsarnaev, auteurs du double attentat de Boston n'étaient pas inconnus des services secrets américains. Une information qui a son importance dans le jeu américano-russe en Syrie. Le décryptage du spécialiste en géopolitique de BFMTV.

Les attentats de Boston, une aubaine pour les Russes. Les services secrets russes ont fait savoir ce week-end qu'ils avaient alerté les autorités américaines sur le caractère dangereux de Tamerlan Tsarnaev, l'un des auteurs présumé des attentats, dès 2011. Lui et son frère Djokhar, installés aux Etats-Unis depuis 2003, se sont rendus au Daguestan, voire en Tchétchénie, en 2012, "pour voir de la famille", selon leur père. Et plusieurs fois auparavant.

Ces services secrets fort obligeants n'avaient pas trouvé nécessaire de les interroger en Russie même. Pourquoi? On se souviendra que la Tchétchénie et le Daguestan sont des "républiques", dans le langage hérité de l'URSS, c'est-à-dire l'équivalent d'un Land allemand ou d'une Province canadienne. Ces républiques n'ont pas le droit à la sécession (les Tchétchènes de Tchétchénie l'ont appris au prix d'une guerre terrible), et sont sous la souveraineté russe. Tamerlan n'était même pas citoyen américain, un statut que l'administration américaine lui a refusé pour cause de casier judiciaire non-vierge: il avait battu sa compagne en 2009, et la loi l'avait puni. Djokhar, lui, avait reçu la citoyenneté le 11 septembre 2012 (ironie du sort). Donc les Tsarnaev auraient pu être interrogés par le FSB.

Une manoeuvre stratégique russe

Si la presse officielle russe, Russia Today et Voice of Russia, nous parlent aujourd'hui de cette aimable alerte des services secrets russes aux Américains, il faut y voir un peu plus qu'une simple cordialité entre États bien élevés: une manœuvre stratégique.

Sans parler de complot, voici Poutine qui propose à Obama au téléphone une alliance dans la lutte contre le terrorisme d'al-Qaïda. Ou plutôt, il réitère. Parce que des déclarations bilatérales en ce sens existent déjà. Bonne idée à la base, sauf que l'effet envisagé par le Kremlin pourrait bien être machiavélique: amener la Maison Blanche à dépendre de l'aide russe pour lutter contre al-Qaïda. Si la Maison Blanche agit ainsi, alors elle pourra moins décrier l'aide russe donnée au régime de Bachar al-Assad pour combattre la rébellion en Syrie, rébellion armée menée essentiellement par des islamistes de tout poil. Oui, la Syrie où les combattants révoltés sont - pour un 10e, un 5e, ou une moitié selon les sources - , des jihadistes venus souvent de l'étranger, autant dire: al-Qaïda.

Les Etats-Unis, soutien du régime de Bachar al-Assad

Conclusion: toute alliance profonde entre le gouvernement américain et le Kremlin se fera à l'avantage du Kremlin, car la position russe sur la Syrie - soutenir le régime actuel contre al-Qaïda - sera consolidée. En s'alliant, Washington aura de la peine à ne pas entrer dans la nouvelle logique, ayant lui-même demandé le classement du groupe al-Nosra - fer de lance de la rébellion jihadiste en Syrie - sur la liste des organisations terroristes de la mouvance al-Qaïda! Et la résolution 1267 du conseil de sécurité de l'ONU peut ici jouer: les États doivent appliquer des sanctions aux organisations terroristes désignées sous la résolution 1267. Le Conseil de sécurité y travaille en ce moment-même. Donc Washington, en s'alliant avec le Kremlin, sauvera le régime baasiste!

Enfin, l'autre avantage pour le Kremlin d'un telle alliance: le Kremlin pourra continuer à faire oublier sa guerre ultra-sanglante en Tchétchénie, car les rebelles indépendantistes tchétchènes sont désormais des jihadistes, sans souvenir de leurs origines nationalistes. Le Kremlin réussira avec cette tactique.


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Harold Hyman