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Entre Trump et Tillerson, une guerre des mots qui ne dit pas son nom

Rex Tillerson et Donald Trump, le 20 septembre 2017, à New York.

Rex Tillerson et Donald Trump, le 20 septembre 2017, à New York. - Brendan Smialowski - AFP

Rappelé à l'ordre par Donald Trump, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson se retrouve sous pression, alors que la presse fait état d'une relation houleuse entre les deux hommes, et rapporte qu'il aurait traité le président des Etats-Unis de "débile".

Un ministre forcé de faire bonne figure. Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson se retrouve sous pression, après un rappel à l'ordre public de Donald Trump et de nouveaux articles de presse sur leurs relations tendues. A tel point que le chef de la diplomatie américaine a dû réaffirmer mercredi son soutien au président, pour épargner une énième crise à son gouvernement.

Trump, un "débile"

"Je n'ai jamais envisagé de quitter cette fonction", a déclaré Rex Tillerson lors d'une allocution solennelle organisée à la hâte au département d'Etat à Washington. "Mon engagement en faveur du succès de notre président et de notre pays est aussi fort que le jour où j'ai accepté de servir comme secrétaire d'Etat", a insisté l'ex-patron du géant pétrolier ExxonMobil, 65 ans, debout derrière un pupitre. 

Quelques instants avant cette déclaration, la chaîne NBC News venait de rapporter que le secrétaire d'Etat avait traité Donald Trump de "débile" à la fin d'une réunion au Pentagone cet été, et menacé de démissionner à la même époque en raison de différends profonds avec le président. Selon ce média, qui cite plusieurs hauts responsables américains, le vice-président Mike Pence l'a rencontré quelques jours après pour lui demander de faire retomber la pression.

Des choses "insignifiantes"

Interrogé, après son discours, sur le qualificatif de "débile", Rex Tillerson a balayé: "Je ne vais pas m'occuper de choses aussi insignifiantes", "cela n'a pas d'autre objectif que de diviser" "et je ne vais pas participer aux efforts pour diviser cette administration".

Le département d'Etat a ensuite apporté un démenti plus formel. "Il ne l'a pas dit", il "ne parle pas comme ça", a assuré sa porte-parole Heather Nauert, précisant que les deux hommes avaient eu une "bonne conversation" téléphonique après le discours de Rex Tillerson.

"Fake news"

Dans l'après-midi, Donald Trump a affirmé avoir "pleinement confiance en Rex" et critiqué "une histoire complètement bidon, fabriquée par NBC". Le président américain a posté deux tweets consacrés à cette histoire, dans lesquels il dénonce, comme à son habitude, des "fake news" ("fausses informations").

"NBC diffuse des fake news et est même encore plus malhonnête que CNN. Ils font honte au bon reportage. Pas étonnant que leurs audiences soient en chute libre", a ainsi écrit le président américain. Avant d'ajouter, dans un second message: "L'histoire de NBC vient d'être totalement réfutée par le secrétaire d'Etat Tillerson et le vice-président Pence. Ce sont des fake news. Ils devraient adresser leurs excuses à l'AMÉRIQUE!".

Eviter une nouvelle crise

L'administration américaine espère avoir tué dans l'œuf une nouvelle crise après les nombreux soubresauts qui ont marqué les huit premiers mois de Donald Trump à la Maison Blanche.

Il a perdu vendredi son ministre de la Santé Tom Price, emporté par un scandale lié à l'utilisation d'avions privés pour ses déplacements gouvernementaux, après avoir déjà dû se séparer de plusieurs conseillers et personnalités de premier plan.

Rex Tillerson lui-même avait dû démentir fin juillet des rumeurs de démission et a récemment dû défendre publiquement sa place face à l'offensive prêtée à l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, Nikky Haley, pour lui succéder au département d'Etat. La très médiatique Nikky Haley, vue par certains observateurs comme la véritable voix de la diplomatie américaine face au très discret Rex Tillerson, a de son côté démenti vouloir le remplacer.

Et dans la presse comme dans la communauté diplomatique de Washington, le ministre est régulièrement critiqué pour sa gestion du département d'Etat comme pour ses difficultés à s'imposer - un éditorialiste du Washington Post l'a taxé cette semaine, dans une tribune cinglante, de "chien de Trump".

Une relation tendue

Sur de nombreux dossiers du ressort du département d'Etat, la presse américaine a plusieurs fois rapporté l'existence de tensions entre Rex Tillerson et Donald Trump, et ce dernier a parfois semblé compliquer la tâche de son ministre avec des déclarations qui n'allaient pas dans le sens de la stratégie élaborée au département d'Etat.

Dimanche, dans une série de tweets, Donald Trump avait paru rabrouer publiquement Rex Tillerson, son "merveilleux secrétaire d'Etat", pour avoir évoqué publiquement l'existence de "canaux de communication" visant à "sonder" les intentions de Pyongyang quant à l'avenir de son programme nucléaire. "Il perd son temps à négocier", avait-il écrit. "Conserve ton énergie Rex, nous ferons ce que nous devons faire."

Adrienne Sigel avec AFP