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C'est quoi le scandale SNC-Lavalin au Canada, et que reproche-t-on à Justin Trudeau?

Justin Trudeau a redit sa volonté de pratiquer une "politique positive".

Justin Trudeau a redit sa volonté de pratiquer une "politique positive". - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Depuis le début de l'année, le Premier ministre canadien est mis en cause dans une affaire de conflits d'intérêts liée à son ancienne ministre de la Justice. Éclaboussé par ce scandale depuis plusieurs mois, Justin Trudeau a fortement chuté dans les sondages.

À moins de deux mois des élections législatives où conservateurs et libéraux sont au coude-à-coude, le Premier ministre canadien est toujours empêtré dans un scandale d'ampleur nationale, depuis qu'un rapport du Parlement l'accuse d'avoir violé la loi sur les conflits d'intérêts.

Ce lundi, le chef de l'opposition conservatrice Andrew Scheer a annoncé avoir demandé à la police fédérale canadienne de lancer une enquête criminelle pour lui suggérer d'enquêter sur une possible "obstruction de justice" du Premier ministre.

Un règlement à l'amiable dans un procès

Le rapport du Commissaire à l'éthique (un haut-fonctionnaire indépendant qui relève du Parlement), publié mercredi dernier, a fait l'effet d'une bombe dans le pays. Il accuse Justin Trudeau d'avoir fait pression sur Jody Wilson-Raybould, son ex-ministre de la Justice, pour qu'elle intercède en faveur d'une société québécoise, SNC-Lavalin, afin de lui éviter un procès criminel pour corruption.

"Nous savons qu'il a violé la loi" sur les conflits d'intérêts, a déclaré le chef du parti conservateur lors d'une conférence de presse. "Nous devons à présent savoir s'il a commis un crime."

SNC-Lavalin, qui emploie quelque 9000 salariés au Canada, a tenté d'obtenir du gouvernement un règlement à l'amiable des accusations de fraude et de corruption liées à ses activités en Libye, ce qui lui aurait permis de payer une amende et d'éviter des sanctions plus sévères en cas de procès.

Trudeau persiste et signe

À la lumière de ces révélations, Justin Trudeau avait dit "assumer ses erreurs" mais il a refusé de s'excuser, estimant qu'il avait agi pour "défendre les emplois des Canadiens".

"Même si je suis en désaccord avec certaines de ses conclusions, j'accepte pleinement ce rapport et assume la responsabilité de ce qui s'est passé (...) Nous ferons en sorte que cela ne se reproduise plus jamais sous aucun gouvernement au Canada", a poursuivi le Premier ministre mercredi dernier.

Le Premier ministre libéral a toujours nié avoir agi de manière inappropriée, mettant en avant les nombreuses pertes d'emploi liées à une éventuelle condamnation, qui priverait l'entreprise de juteux contrats publics pendant 10 ans.

"Je n'ai pas à m'excuser pour avoir défendu les emplois des Canadiens", a-t-il estimé lors d'une conférence de presse.

Rattrapé dans les sondages

Alors qu'il était en tête des sondages depuis son élection en 2015 face aux conservateurs, Justin Trudeau a vu son taux d'approbation chuter avec ce nouveau scandale. Les Libéraux, longtemps distancés, sont revenus au niveau des Conservateurs dans les intentions de vote. Deux hauts responsables proches du Premier ministre et deux ministres parmi lesquels Judy Wilson-Raybould ont également été expulsées du Parti libéral.

Fin 2017, le Premier ministre avait déjà été reconnu coupable d'avoir enfreint la loi sur les conflits d'intérêt pour être allé à deux reprises aux frais de son hôte sur l'île privée aux Bahamas de l'Aga Khan, chef spirituel des ismaéliens nizârites, un mouvement musulman.

Jeanne Bulant avec AFP